Martine Aubry, représentante spéciale pour les relations économiques avec la Chine

Aubry Chine (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence CC-BY 2.0)

Il y a quelque jours, Martine Aubry accompagnait le Président dans son voyage pour Pékin en qualité de représentante spéciale pour les relations économiques avec la Chine. Ah bon ?

Il y a quelque jours, Martine Aubry accompagnait le Président dans son voyage pour Pékin en qualité de représentante spéciale pour les relations économiques avec la Chine. Ah bon ?

Par Fang Shuo, depuis la Chine.

Nommée fin août 2012 par le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, apprend-on dans les colonnes du journal Le Monde, Martine Aubry accompagnait il y a quelques jours le Président de la République (qui peut la recevoir à l’Élysée et dans son avion puisqu’elle n’est pas pas parlementaire), oui enfin bref, en visite d’État en Chine.

Si l’on visite la page Wikipedia consacrée à ladite représentante, on s’étonne pourtant de ne trouver dans son cursus aucune trace d’une mission, d’un travail, ou d’une quelconque expertise portant sur la Chine, ou les relations internationales. On est à peine plus rassuré par son parcours tel que présenté sur son site internet, où la dernière (et première aussi d’ailleurs) expérience de la « compétition internationale » remonte à 1989-1991. Sans doute l’effondrement de son modèle, l’URSS, l’avait-il alors conduit à une profonde retraite spirituelle à partir de cette date.

Enfin bon. L’important, c’est que « dès sa jeunesse, elle s’engage à gauche » (et en gras, s’il vous plaît). Et ça, ça vaut bien toutes les expériences du monde, et ça suffit en soi à prouver que Martine, c’est une femme bien. Le reste, ce ne sont que des détails. Il est d’ailleurs rassurant de constater combien la gauche compte de femmes bien (c’est d’ailleurs un pléonasme) qui sont nommées en fonction de leurs seules compétences et qui rendent de grands services au pays. Et pas du tout en fonction des postes de leurs copains ou ex-mari. Par exemple celle-là.

Quant à son génie économique, le succès international indiscutable de la politique du Partage du Travail parle de lui-même. Peut-être ses affinités avec les idées communisto-marxistes l’ont-elles qualifiée pour ce poste ? Dans ce cas elle risque fort d’être déçue en constatant ici que la France est environ 237 fois plus communiste que ne l’est la Chine d’aujourd’hui. Peut-être essaiera-t-elle alors de se consoler en mettant en place un jumelage entre Lille et Pyongyang ?

On se réjouit néanmoins très sincèrement que le Président de la République française honore la Chine d’une visite d’État, aussi courte soit-elle. Il est vrai qu’à 58 ans, et après avoir été Premier Secrétaire du Parti Socialiste français pendant onze années, M. Hollande n’avait pas encore trouvé le temps de rendre visite au pays le plus peuplé du monde (1/5ème de la population mondiale), ni au premier atelier du monde, ni à l’un des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unis (vous connaissez ?), ni au premier fournisseur de la France, ni au premier partenaire économique de l’Union Européenne, ni à la future première puissance économique du monde (et Napoléon, Talleyrand et Peyrefitte, hommes d’États dont l’énarque normal est tout de même censé avoir au moins une vague connaissance, l’ayant tous prédit, on ne me reprochera pas l’anachronisme de cette dernière remarque).

Et cela fait un peu froid dans le dos quand on se souvient (et les Chinois s’en souviennent) de la virulence des remarques de l’intéressé sur les questions de politique intérieure chinoise, pourtant d’une complexité certaine. Dans le désordre : Tibet, droits de l’homme, peine de mort, etc.

Eh oui, gouverner un pays qui compte plus de 1350 millions d’habitants (22 fois la France), une cinquantaine d’ethnies (données non disponibles pour la France, ce concept étant nauséabond et nous rappelant les heures les plus sombres de notre histoire), 9,6 millions de kilomètres carrés (14 fois la France), c’est autre chose qu’être à la tête du PS. Ou faire du pédalo sur un lac de Corrèze, si vous préférez.

Cela peut contribuer à expliquer – sans excuser certes – que les gens d’ici n’aient pas le droit de vote (déjà en France avec quelques milliers d’électeurs on n’arrive pas à élire correctement le président d’un parti, alors imaginez ce que ça donnerait ici), et que les manifestations soient gérées au Panzer. On notera d’ailleurs avec perplexité que c’est depuis que cette dernière méthode a été abandonnée (dernière occurrence en 1989) que le nombre de maoïstes déclarés dans les rangs du Parti Socialiste français a commencé à chuter. Je dois bien avouer que personnellement je ne me l’explique pas.

Rien que le Parti Communiste Chinois et ses 100 millions de membres, c’est déjà à peu près deux fois le nombre de Français adultes. Juger la politique intérieure d’un État aussi immense et complexe que la Chine à l’aide des concepts et des préjugés franco-français qui fleurissent gaiement sur la rive gauche (elle aussi !) de la Seine, et sans jamais y avoir mis les pieds, c’est donc vraiment une drôle d’idée. Une idée qui ne devrait pas naître dans l’esprit d’un chef de l’État français.

Trente-sept heures chrono.

Oui, car dans son emploi du temps de ministre, enfin pardon de président, M. Hollande n’a réussi à dégager que trente-sept heures pour la Chine. Quand on sait que le premier poncif répété à l’envi (et avec raison) aux entrepreneurs français qui arrivent en Chine, c’est que l’établissement d’une relation avec un partenaire d’affaires chinois demande de passer du temps ensemble, beaucoup de temps ensemble…

Parce que les Chinois aiment développer des relations personnelles et échanger autour d’un bon repas et d’un grand nombre de verres de Baijiu. On comprendra si ces derniers se froissent de la visite pressée du président normal-qui-ne-fait-cependant-rien-comme-tout-le-monde. Certains en France l’ont d’ailleurs très bien compris comme par exemple M. Bruno Le Maire, qui est décidément un homme d’État d’une grande envergure, lui.

Le temps passé, c’est de la considération donnée à son interlocuteur. Et la phrase précédente, c’est du simple bon sens, dans le fond. La considération, on appelle ça aussi « la face », 面子 en chinois. Tiens, un deuxième poncif plein de bon sens ! Mais qu’apprennent-ils donc à l’ENA ?

Encore raté, donc.

Comme les Chinois sont des gens civilisés, ils ne feront pas part publiquement de leur déception. Et on peut en conclure que ce détail échappera aux conseillers techniques du présent gouvernement, qui de toute façon a bien d’autres chats à fouetter (comme diviser le pays en deux part égales, par exemple, ou encore coller des amendes aux entreprises françaises où la parité homme-femme n’est pas statistiquement visible). Oui, car la compétitivité, ça nous connaît : le meilleur moyen de motiver les gens, c’est encore de taper dessus. Toute ressemblance avec l’idéologie totalitaire en vigueur ici et là dans la triste histoire du monde (national et/ou populaire-socialiste) étant purement fortuite.

Nos amis de l’Empire du Milieu du Monde (c’est peut-être le plus grand point commun entre la Chine et la France, finalement : se prendre pour le centre du monde !) se consoleront donc avec Angela, grande copine du Président Français (ah non, pas elle, c’est vrai. Il faut dire qu’elle a de drôles d’idées économiques qui fonctionnent, c’est quand même pas normal ça, et c’est même un peu louche si vous voulez mon avis), qui, elle, vient régulièrement en Chine. Six visites dans les six dernières années, et en général pour cinq jours, d’après le journal Le Monde. Tiens, les entreprises allemandes rencontrent un succès impressionnant en Chine ? Comment cela est-il possible ? Elle n’a pourtant pas fait-sciences-po Angela !

« Ré-équilibrer la relation commerciale franco-chinoise »

C’était l’objectif officiel numéro 1 de la visite du président Français, et ça nous fait bien rigoler. Enfin pas tellement. Ré-équilibrer la relation économique franco-chinoise, en fait, c’est très simple : nos amis Chinois n’y sont pas pour grand chose, et c’est assez injuste que de leur reprocher la faible compétitivité de nos entreprises. La solution de la compétitivité française ne se règlera pas en Chine M. le Président, mais en France, par une politique courageuse en faveur de la liberté d’entreprise.

Et certainement pas grâce à des déclarations comme celle-ci : « La France ne fait pas assez de Lobbying politique en Chine » (Martine Aubry, janvier 2013). Eh oui. Elle l’a dit.

J’ai presque envie de paraphraser un admirable rhéteur du web, H16, et de dire dans un soupir : mon dieu ce pays est foutu.


Sur le web.

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