Christiane Taubira aura-t-elle sa photo sur le Mur de Cons ?

Justice (Crédits Michael Coghlan, licence Creative Commons)

La gestion du « Mur des Cons » du syndicat de la Magistrature par Taubira relève d’un exercice d’équilibriste qu’elle rate avec brio.

Panique chez les Tartuffes : un article d’Atlantico basé sur une vidéo d’un journaliste de France3 dévoile sans ambiguïté que le Syndicat de la Magistrature serait lourdement orienté à gauche. Émoi, palpitance, agitation au Ministère de la Justice : Christiane Taubira, le prétexte en charge du maroquin correspondant, est chargée d’éclaircir l’affaire et de calmer le jeu dans les rangs du gouvernement. Elle prend la parole et accroît la tempête. Hilarité.

Tout le monde s’en doutait fortement. Des articles, des livres même, en parlaient et expliquaient à qui voulait les lire qu’une partie de plus en plus importante de la Justice française a depuis bien longtemps choisi, discrètement mais sans tergiverser, le parti de construire la société à grand coup d’idéologie, favorisant parfois étrangement les délinquants et les criminels sur leurs victimes.

La publication de la vidéo n’avait donc rien de vraiment étonnant puisqu’elle venait confirmer l’idéologie socialiste et constructiviste en diable du Syndicat de la Magistrature. Il suffit d’ailleurs de revenir sur l’historique de ce syndicat pour en avoir tranquillement la confirmation ; un texte de 1974, par Oswald Baudot, alors substitut à Marseille et membre du Syndicat, ne laisse aucun doute :

«Soyez partiaux. Pour maintenir la balance entre le fort et le faible, le riche et le pauvre, qui ne pèsent pas d’un même poids, il faut que vous la fassiez un peu pencher d’un côté. (…) Ayez un préjugé favorable pour la femme contre le mari, pour l’enfant contre le père, pour le débiteur contre le créancier, pour l’ouvrier contre le patron, pour l’écrasé contre la compagnie d’assurances de l’écraseur, pour le malade contre la sécurité sociale, pour le voleur contre la police, pour le plaideur contre la justice.»

justice !

Et bien qu’à l’époque, l’auteur dut comparaître devant le Conseil Supérieur, il ne subit aucune sanction, tant il était soutenu par ses pairs. La situation, de nos jours, n’a certainement pas changé : pire, après des années où le socialisme le plus détendu s’est installé dans toutes les strates de la société, on a bien du mal à imaginer que la magistrature soit redevenue neutre.

Cependant, même si la vidéo ne fait que confirmer le biais politique évident, elle ajoute, au parti-pris évident du Syndicat, un mépris extraordinaire pour certaines victimes : par exemple, comment expliquer sur ce « mur de cons » la présence d’un père qui a défendu sa fille, violée et tuée par un tueur notoire ?

La suite, on la connaît puisque le déchaînement médiatique était alors facile à orchestrer, le nombre élevé de personnalités politiques (de droite, ça tombe bien) dans ce mur favorisant une bonne récupération par une opposition jusqu’à présent atone. Et c’est à partir de ce moment que les choses deviennent intéressantes. On ne peut qu’admirer les vols planés franchement disgracieux de certains, à commencer par Christiane Taubira, lorsqu’ils tentent de rattraper le problème soulevé par cette nouvelle mise à nu d’une évidente partialité chez certains des juges de la République : il faudra des journées entières d’analyses pour calculer le nombre de pieds et de tapis qui se sont pris les uns dans les autres.

D’un côté en effet, on voit mal comment restreindre la sacro-sainte liberté d’expression, surtout au sein d’un syndicat. De l’autre, cependant, on voit mal comment cette liberté peut s’accommoder du mépris des victimes et de l’absence de réserve qui sied à une profession dont, justement, la parole est déterminante pour le sort des individus dont elle se charge : s’il semble évident qu’un magistrat est un citoyen comme les autres et a le droit de s’exprimer politiquement, il semble aussi évident que cet engagement politique ne peut qu’aboutir à un conflit d’intérêt avec sa charge officielle et qu’il doit alors choisir. Il est en outre à parier qu’un syndicat ayant un « Mur des Juges Cons », se faisant ainsi repérer, aurait eu le droit à une tempête taillée aux petits oignons par la Magistrature outrée…

Taubira, en intervenant, devait donc faire preuve de la plus grande finesse, d’autant qu’elle doit faire d’immenses efforts pour prétendre à la moindre crédibilité. En effet, tout indique que la parole de la Garde des Sceaux est particulièrement entachée de ces torsions de la réalité qu’une République Irréprochable devrait interdire. Je passe rapidement sur sa déclaration de patrimoine parfaitement fantaisiste, qui oublie (pudiquement, peut-être) les quelques sociétés (Amazonite, Thetys Consulting) dans laquelle Mme Taubira a glissé ses petits doigts potelés et dont les patrimoines ne sont pas, bizarrement, déclarés dans la version officielle. L’écart total (150.000€ tout de même selon EconomieMatin) laisse planer un doute sur la probité exemplaire de la ministre.

En revanche, on n’aura aucun doute sur le mépris qu’elle peut avoir pour le contribuable et le citoyen de base en général : la présence des trois vélos dans sa déclaration participe du même foutage de gueule, du même mépris que celui qu’on a découvert sur le Mur de Cons.

Dès lors, comment interpréter autrement qu’en gaudriole sans impact les déclarations de la ministre qui entend, bien évidemment, saisir le Conseil supérieur de la magistrature ? Bien sûr, il sera saisi, mais aussi mollement qu’il peut l’être, tant la ministre est proche idéologiquement du Syndicat de la Magistrature incriminé ; après tout, plusieurs des conseillers du cabinet Taubira sont directement issus de ce syndicat et d’autres en sont des proches. On comprend que s’il y a « acharnement » judiciaire, il ne sera pas de même nature qu’avec un opposant politique, par exemple, et que les éventuelles sanctions seront minimalistes, constituées au mieux d’un gentil rappel à l’ordre. On tremble déjà pour les responsables.

christiane taubira : la justice est entre de bonnes mains

D’ailleurs, l’affaire est déjà pliée, au moins au plan judiciaire : le Syndicat se battra avec la dernière énergie pour que rien ne soit retenu contre lui. Et il a trouvé son angle d’attaque, évident : le syndicat, c’est du privé, cocotte, liberté d’expression et puis c’est tout. Et à cet angle, il suffira d’ajouter un petit tacle à celle qui était, il y a encore quelques jours, leur bonne amie, et de s’en prendre à celle qui aura « cédé à la pression » de la méchante droite et des médias et « choisi de vous en prendre à l’expression en privé d’une opinion ». Ben voyons.

Mieux : à mesure que l’affaire dévoile ses petits secrets, le très à gauche Syndicat de la Magistrature a réussi à obtenir le soutien d’un autre Syndicat, celui des Journalistes, lui aussi réputé pour sa neutralité et sa droiture morale exemplaire. La chasse à l’homme (le journaliste « de droite », à l’évidence, puisqu’ayant fuité une information nuisant à la gauche !) peut commencer. Notez au passage que le mot « déontologie », dont se barbouillent copieusement les plumitifs du syndicat en question lorsqu’il s’agit d’images « volées » dans un syndicat ami, n’a pas été trop entendu lorsque les mêmes professionnels réalisaient le même vol, cette fois-ci dans les locaux d’un parti politique opposé (FN pour ne pas le nommer). Dans un cas, c’est honteux, dans l’autre, c’est déontologique, les enfants. Allez, coco, emballe, c’est dans la boîte !

Que les deux syndicats aient tort ou raison, peu importe ici, puisqu’il ne s’agit finalement plus que d’une affaire politique. Mais au-delà de l’inévitable et ridicule match de boxe rhétorique auquel nous allons avoir droit, dans les prochains jours, entre la pathétique ministre, le syndicat ouvertement gauchiste et une opposition barbouillée de moraline, les passes d’armes auxquelles on assiste sont surtout la démonstration flagrante des influences du politique sur la Justice, dans des proportions que plus personne ne peut nier. Ces potacheries politiques et le mépris affiché de ces syndicats pour les victimes en disent très long sur l’état général de déliquescence du pays et l’éloignement de ces magistrats à une nécessaire rectitude morale et à une certaine hauteur de vue dont la Justice ne peut se passer.
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