Les mafieux de Pyongyang

Kim Jong-Un

Le régime nord-coréen qui menace de bombarder les États-Unis est moins irrationnel qu'il n'y paraît.

Le régime nord-coréen qui menace de bombarder les États-Unis est moins irrationnel qu’il n’y paraît.

Par Guy Sorman.

Le régime nord-coréen qui menace de bombarder les États-Unis est moins irrationnel qu’il n’y paraît. Il ne veut pas la guerre mais de l’argent : ses menaces sont un racket. « Retenez-moi ou je fais un malheur », dit le Président nord-coréen. On le dit inexpérimenté mais il est sous contrôle de roublards, les militaires qui gèrent le pays. En plongeant la région dans l’incertitude, ceux-ci obligeront les Américains, les Sud-Coréens et les Chinois à leur signer un chèque, approvisionner en énergie et en riz. Ce ne sera pas la première fois : la méthode sert depuis quarante ans.

La période est propice aux Nord-Coréens : à Pékin et à Séoul, deux nouveaux chefs d’État sont des novices dont la priorité est d’éviter un conflit. Conflit entre amis : Chine, Corée du Nord. Conflit entre frères ennemis : Corée du Sud et du Nord.

Donc la Corée du Nord qui ne vit que d’expédients, obtiendra de nouveau les compensations qu’elle cherche par ses gesticulations. Faut-il céder ? La Chine n’a pas le choix : la Corée du Nord est un État tampon qui interdit à l’armée américaine de s’approcher de la frontière chinoise. La Corée du Nord est aussi un allié bien pratique pour déstabiliser la région et faire apparaître Pékin comme un pôle rassurant. La Corée du Sud n’a pas le choix non plus : le Nord par ses menaces décourage les investisseurs et les visiteurs. Mieux vaut acheter quelques années de tranquillité.

La réunification ? La Chine n’en veut pas et les Coréens du Sud en craignent le coût économique. Donc la réunification attendra. Les seules victimes du chantage nord-coréen, c’est le peuple : mais on ne l’entend pas, on ne le voit pas.

Qui pourrait démanteler la maffia nord-coréenne ? Le gouvernement chinois, seul, mais cela supposerait que ce gouvernement cynique se soucie des hommes et ce n’est pas sa priorité, ni en Corée du Nord, ni en Chine.


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