« Chômeurs ou esclaves » de Philippe Simonnot

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Dans Chômeurs ou esclaves,  Philippe Simonnot se penche sur le problème français du chômage, et de la préférence pour le chômage du pays.

Dans Chômeurs ou esclaves,  Philippe Simonnot se penche sur le problème français du chômage, et de la préférence du pays pour celui ci.

Par Francis Richard.

Vous êtes-vous demandé pourquoi les Français sont les plus grands consommateurs d’antidépresseurs au monde ? Le dernier livre de Philippe Simonnot apporte un élément de réponse à cette lancinante interrogation.

En effet les Français auraient une vision du monde à nulle autre pareille. Leur dilemme dans la vie serait d’être ou chômeurs ou esclaves. Une vision enthousiasmante, à tous points de vue. Encore que.

Au tout début de son livre Philippe Simonnot pose les termes du problème : le chômage en France augmente inexorablement depuis trente ans, par paliers successifs, sans jamais redescendre, par effet de cliquet : « Le chômage en France, de fait, est devenu un mode de régulation de la crise sociale. Les chômeurs sont silencieux, ayant honte de leur état, ils descendent peu dans la rue, ils n’ont aucun moyen de pression. Outsiders par excellence, ils ne sont défendus par personne ; de plus, la menace du chômage pèse sur l’ensemble des salariés et fait qu’ils se tiennent cois comme des esclaves. »

Comment a-t-on pu en arriver là ?

En France tout le monde, ou presque, est anticapitaliste, même les patrons, qui n’osent pas s’affirmer comme tels. Il faut dire que les Français, dans leur grande majorité, conçoivent les patrons comme des exploiteurs, des spéculateurs, guidés par la seule cupidité. Ils l’apprennent tout petits, à l’école, et ils écoutent sans broncher cette antienne jusque sur les bancs de la fac : »Le peuple français est peut-être le peuple le plus inculte économiquement. Il reste le champion de l’anticapitalisme. » Il n’est pas étonnant que le premier d’entre eux, celui qui porte le nom d’un autre pays, n’aime pas les riches.

Cet anticapitalisme primaire, l’auteur le fait remonter au Code Civil de Napoléon dont les rédacteurs craignaient que le salariat ne rétablisse l’esclavage. Aussi dans leur grande incompétence, distinguaient-ils travail manuel, qui pouvait faire l’objet d’un échange marchand, et travail intellectuel, qui ne pouvait être rétribué que par des honneurs… Distinction intenable aujourd’hui. À l’époque les auteurs du Code Civil pensaient que pour ne pas devenir esclaves il fallait que les salariés puissent résilier leur contrat de travail unilatéralement. Si le contrat était conclu ad vitam, c’était le retour à l’esclavage. De fait, le contrat à durée déterminée était donc considéré comme préférable au contrat à durée indéterminée, la liberté préférable à la sécurité…

Dans ce sillage beaucoup de juristes français ont perçu le salariat « comme une continuation plus ou moins civilisée de l’esclavage », qu’il convenait de dissimuler sous un habillage juridique fictif, Droits de l’Homme compatible, en distinguant deux personnes dans chaque salarié, l’homme libre et le salarié, et en corrigeant par des lois et des règlements étatistes tout ce qui pourrait porter atteinte à la première.

Conséquence du refus d’admettre l’existence d’un marché du travail (ou conséquence de le considérer comme une barbarie) : « Chômage massif, décrochage industriel et déclassement sur le plan international. »

« Le chômage involontaire provient du fait qu’on ne laisse pas jouer librement l’offre et la demande sur le marché du travail. »

Comment ce libre jeu de l’offre et de la demande est-il empêché ? Par des interventions étatistes. Le salaire minimum, Smic, qui s’applique uniformément en France, « sans distinction d’âge, de lieu, d’activité ou de profession », se situe « au-dessus du salaire qui s’établirait à la suite d’une libre confrontation de l’offre et de la demande de travail non qualifié », avec pour résultats mirifiques une augmentation de l’offre et une baisse de la demande, en conséquence un chômage massif et une proportion toujours plus grande de smicards. De plus, « en France, le salaire minimum est à l’origine d’un cercle vicieux qui s’auto-entretient : les hausses automatiques du Smic poussent à la désyndicalisation qui elle-même incite le gouvernement à donner des « coups de pouce » au Smic. » (4% de syndiqués dans le privé et 17% dans le public…)

Le chômage volontaire est entretenu par les aides multiples de l’État : « Le supplément de revenu qu’apporterait un emploi n’est pas suffisant pour faire abandonner les avantages de la situation de chômeur, même si ces avantages sont maigres. Dans certains cas même, retrouver un emploi ferait perdre de l’argent. »

Les 35 heures obligatoires sont une application de l’idée que le partage du travail est le meilleur moyen de lutter contre le chômage : « On sait aujourd’hui que les effets des lois Aubry ont été catastrophiques sur la place du travail et de l’effort dans la société, sans oublier l’augmentation du stress, des accidents du travail et l’appauvrissement du lien social au travail. L’accumulation de points de RTT dans le CET (compte épargne temps) est devenue un objectif, pour ne pas dire une obsession de tous les jours. » Et la création d’emplois s’est surtout faite dans « les entreprises de moins de 20 personnes non concernées par les 35 heures »…

L’interdiction du licenciement économique pour améliorer la rentabilité d’une entreprise, a pour but de bloquer la destruction d’emplois et se traduit en fait par le blocage de la croissance (« qui détruit des emplois à peu près autant qu’elle en crée ») et de la création d’emplois : « Une entreprise ne peut licencier qu’au bord de la faillite. Si ce n’est pas le cas, toute débauche est considérée comme scandaleuse et profitable seulement aux capitalistes. »

Face au manque de flexibilité du marché du travail les CDD, qui devraient être l’exception, et le statut d’auto-entrepreneurs sont des parades dérisoires pour le fluidifier… Les entreprises françaises, pour ne pas sombrer, n’ont d’autres possibilités que d’embaucher des immigrés, notamment en provenance d’Europe centrale, de délocaliser ou de substituer du capital au travail…

Le chômage continuera donc d’augmenter en France, inexorablement. Et n’y changera rien, au contraire, la création « d’emplois bidons subventionnés sur fonds publics qui transformeront de vrais chômeurs en faux travailleurs aux frais du contribuable »…

Un nouveau palier sera seulement franchi :

« À préférer le chômage à l’esclavage, beaucoup de nos concitoyens […] amplifient la terreur d’être virés dans le camp de ceux qui ont encore un emploi [qui doivent travailler pour tous les autres]. De sorte que plus il y a de chômeurs, et plus il y a d’esclaves, et plus il y a d’esclaves, plus il y a de chômeurs. »


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