Les États brisés

Toute entreprise gérée comme nos États ferait faillite. L’archaïsme de la gestion publique est un fardeau collectif qui ne fait plus ni notre bonheur, ni notre prospérité.

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Les États brisés

Publié le 11 février 2013
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Toute entreprise gérée comme nos États ferait faillite. L’archaïsme de la gestion publique est un fardeau collectif qui ne fait plus ni notre bonheur, ni notre prospérité.

Par Guy Sorman.

En observant l’économie, on regarde souvent au mauvais endroit. On s’interroge sur les politiques monétaires, budgétaires, sociales, mais on laisse peut-être échapper l’essentiel. L’essentiel ? Le caractère dysfonctionnel de la plupart des États contemporains. Car la bonne santé des nations tient à un équilibre subtil entre le monde des entreprises et la puissance publique. Les entreprises, dans l’ensemble, sont convenablement gérées, utiles et efficaces : elles offrent des biens et services réels que la population attend. Ces entreprises y parviennent dans des conditions optimum parce qu’elles n’ont pas le choix : elles durent ou elles disparaissent. Sur les États ne pèse aucune de ces contraintes et jusque ces années récentes, ils n’étaient obligés à aucune règle de bonne gestion : l’apparition d’un nouvel acteur, le marché financier mondial, vient soudain d’introduire une contrainte qui est celle de l’équilibre budgétaire relatif. Mais cet équilibre peut être atteint en épuisant le contribuable et en étouffant l’économie : à l’évidence, on est loin encore d’une nouvelle harmonie entre l’État et les entreprises.

Celui qui, cette semaine, a attiré mon attention avec le plus d’acuité sur le caractère dysfonctionnel de l’État est un essayiste indien, ancien chef d’entreprise, Gurcharan Das : de New Delhi, il me fait observer que les Indiens travaillent et s’enrichissent surtout la nuit quand la bureaucratie publique dort : c’est un peu une métaphore. Il souhaiterait que sa nation puisse s’enrichir de jour aussi, avec un État qui ferait régner le droit et la justice, et gérerait des infrastructures décentes. Gurcharan Das, un libéral notoire qui a toujours combattu le socialisme d’État en Inde, admet aujourd’hui que, sans un État fonctionnel, son pays restera suspendu à mi-chemin entre misère et développement. En Chine, il observe qu’à l’inverse l’État crée des infrastructures modernes mais que ce même État terrorise la population, ignore le droit et la justice : la Chine, faute d’un bon État, est également bloquée à mi-chemin entre misère et richesse.

En Europe de la même manière, toutes proportions gardées, les États se situent entre deux eaux : ils sont dans l’ensemble légitimes et respectueux du droit mais, dans leur fonctionnement, totalement archaïques. Les bureaucrates ont conservé des mœurs d’il y a un siècle, le management des ressources humaines est inconnu et la mesure de l’efficacité inexistante. On sait que toute entreprise gérée comme nos États ferait faillite. On sait aussi que cet archaïsme public est un fardeau collectif qui ne fait plus ni notre bonheur, ni notre prospérité. La solution n’est pas américaine car aux États-Unis, la puissance publique est devenue, à l’exception (partielle) de la Défense, aussi dysfonctionnelle qu’en Europe.

Cette contradiction, mortelle à terme, entre l’État et l’économie n’est pas inéluctable puisqu’il existe une région au moins, où la modernisation de l’État s’effectue : dans les pays scandinaves. En grande partie sous l’influence des cercles de pensée libéraux, les gouvernements du Nord sont parvenus à dissocier les buts et les moyens de l’État, l’Etat garant et l’État gérant. En clair, les Suédois, Danois, Norvégiens et Finlandais exigent de leurs États une sorte d’assurance générale contre les aléas de la vie en société, en cas de chômage, maladie, invalidité, etc. Des années 1930 à 1980, cette assurance fut garantie et gérée par les États ; depuis les années 1980, l’assurance reste garantie mais elle est le plus souvent gérée par des entreprises privées, à un meilleur prix, plus efficacement, avec esprit d’innovation. Le citoyen en est satisfait car peu lui importe qui gère et l’État est ramené à des proportions plus modestes, restitué à sa fonction originelle dite de « veilleur de nuit » dans le vocabulaire de l’économie classique.

On m’objectera que la culture scandinave est plus respectueuse des faits, plus empirique que la culture méditerranéenne portée sur les mythes et les envolées idéologiques. Il n’est pas certain que ce déterminisme culturel explique seul la reconstruction du Nord ; c’est aussi parce qu’ils côtoyèrent la faillite que les États scandinaves sont passés d’un Moyen-Age socialiste à une modernité libérale. En étant optimiste, on en conclura que, dans l’Europe du Sud (la France y appartient), la situation n’est pas encore assez grave pour déclarer l’État en péril ni le reconstruire sur des bases rationnelles. « Encore un moment Monsieur le bourreau », aurait dit Jeanne du Barry avant d’être guillotinée en 1793, la vie était si belle sous l’Ancien Régime. Les syndicats de la fonction publique font penser à la belle Comtesse, maîtresse de Louis XV.


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  • Et dire qu’ils se disent tous sortis de ‘grandes écoles’ !! Mais de quelle école s’agit-il ? Que y apprend-on ?
    Regardons simplement le cas des voleurs de portefeuilles/téléphones et sacs à main, arrêtés ils vont en prison. Et, quand ils sortent… ils attaquent une banque !
    La mauvaise santé d’un pays est due à l’absence de dialogue. L’Etat pense toujours qu’il n’y a qu’une centaine d’intelligents en France et que le reste c’est des cons !
    Regardez tous ces idiots qui débarquent dans les salons et ‘inaugurent’ tel ou tel, où est le dialogue ? Dialogue ?? Zéro ! Ils ne viennent pas s’y informer (ils ne peuvent comprendre en 2 minutes ce qu’est la vie d’un artisan) mais pour s’y faire voir. Uniquement voir.

    • Avis perso, ils ne sont pas si idiots, ils savent qu’ils mettent le pays à genoux, mais tant que l’ochestre joue ils continuent à profiter de la musique, c.a.d de tous leurs pivilèges monarchistes, aristos etc.
      L’état emprunte chaque année 30% de plus que le budget, ils utilisent le PIB comme instrument de mesure pour tromper le peuple.
      Cela signifie, qu’il y soit 30% de gens payés sur le budget en trop soit que tous ces assistés sont payés 30% trop chers, ce n’est pas difficile à calculer.
      Aucun d’entre eux ne veut voir cela en face, car ils vont et créer une mini révolution de leurs électeurs, et abaisser leur train vie, ils ne veulent ni l’un ni l’autre, et voilà comment on détruit un pays par pur égoïsme d’une classe qui prend le pouvoir, quelque soit le parti.

      • C’est quand même un poil plus compliqué qu’une simple recherche de leur intérêt personnel. D’ailleurs on ne compte plus les hauts fonctionnaires et politiciens, y compris socialistes revendiqués, qui dénoncent la gabegie et proposent (publiquement ou dans le sérail) des mesures concrètes pour y mettre fin. Non, c’est plus vicieux que cela : le socialisme ça ne marche pas MÊME si les gens sont parfaitement vertueux. Ce qui s’explique simplement par l’ignorance, le manque d’information et la bêtise n’a pas besoin d’autres explication à base de méchanceté ou de recherche égoïste de son seul intérêt.

  • Ici , on est dans l’application de la théorie politique du Public Choice ou comment les décisions des hommes politiques aux affaires sont liées à la pérennité de leur maintien au pouvoir , . Quand au résultat , vous l’avez sous les yeux …

  • Oui c’est vrai les entreprises elles fonctionnent bien…
    Sauf celles qui font faillite. Les entreprises qui n’existent plus fonctionnaient elles mieux que l’Etat? Est-ce qu’elles avaient de meilleurs résultats, une meilleure gestion?

    Et au fait les entreprises ont aussi des inutiles, elles font beaucoup de paperasse et pas seulement pour l’Etat mais aussi pour les actionnaires, elles ne croissent pas harmonieusement tout de suite. Et celles qui sont trop mauvaises font faillite.
    Donc forcément quand on compare l’Etat avec les entreprises qui ont été écrémées par tant d’autre il est logique que la comparaison ne soit pas à l’avantage.

    Mais qu’est ce que ça veut dire? Qu’il devrait y avoir plusieurs Etats qui devraient se mettre en concurrence? Absurde

    Ou alors, ce qu’on entend plus ici, que l’Etat devrait se réduire au minimum.

    Mais au fait, chez google quelles sont les conditions de travail? Vous n’allez pas dire que google est une entreprise mal gérée, non? Et pourtant, ils ont cantines gratuites, des salle de sport, beaucoup d’avantages qui ne sont pas indispensables. tout ça est superflu un peu comme ce que fait l’Etat, non?
    Et pourtant google, entreprise de succès le fait.
    C’est quoi ça? Piller les actionnaires (comme si on faisait payer plus d’impots aux riches dans le cas de l’Etat) et pourtant on en redemande.
    Cela ne voudrait pas dire qu’une certaine cohésion, que du team building sont important pour créer une meilleure productivité?
    Que le superflu (par exemple la redistribution, les subventions pour les développements des territoires etc.) est finalement nécessaire dans une certaine mesure?

    Ce que veulent les libéraux de l’Etat, c’est quelque chose de différent de ce qu’est une entreprise.
    Alors oui il y a des ajustements nécessaires de l’Etat, il faut peut-être rationaliser. Mais c’est surement le cas dans la plupart des grandes entreprises. On peut avancer dans la direction d’une meilleure efficience mais certainement pas tout couper.

  • La Suède, la Norvège et le Danemark sont des pays en tête de liste pour ce qui est de l’impot…
    Ils ont juste du pétrole

    • Ce n’est pas tout à fait vrai.
      Déja, il n’y a que la Norvège qui a des hydrocarbures, et ensuite, le taux d’imposition final est bien plus faible qu’en France, car l’impôt sur le revenu est l’impot principal, avec la TVA. Il n’y a pas comme en France, de taxe spécifique sur tout et n’importe quoi, qui, bien qu’indolore, déforme le marché et crée des inégalités flagrantes

  • Les commentaires sont fermés.

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