La société des orgasmes multiples

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La société de consommation qu’on veut nous vendre tente de nous faire croire qu’il ne faut pas d’efforts pour arriver à l’orgasme.

La société de consommation qu’on veut nous vendre tente de nous faire croire qu’il ne faut pas d’efforts pour arriver à l’orgasme.

Par David Descôteaux, depuis Montréal, Québec.

Pour éviter la prochaine crise économique, ça nous prendra tout un changement de mentalité !

C’est l’impression que j’ai après avoir lu Mastery, de George Leonard. Dans son livre (publié en 1992), ce professeur d’Aïkido trace la voie à suivre pour maîtriser un art, un sport, un métier. Pour atteindre un but.

Le lien avec l’économie ? L’auteur fait l’éloge de la pratique. De l’effort patient, sans préoccupation pour les résultats immédiats. Appréciez le long chemin et les plateaux durant votre apprentissage, explique-t-il. C’est la clé du succès.

Quel contraste avec notre façon de vivre ! Notre société de consommation, écrit Leonard, livre une guerre sans merci contre cette manière patiente de réussir. Notre vie s’organise autour d’un système économique qui exige toujours plus de dépenses. On nous bombarde d’une quantité infinie de biens de consommation, dont le marketing se base sur un climax, un point culminant qu’on atteint rapidement. « La famille réunie qui voit l’adorable enfant souffler les chandelles. L’athlète qui gagne la course. Les beaux et jeunes adolescents qui sautent d’excitation autour d’une canette de cola froide. Des hommes qui travaillent seulement quelques secondes, et ensuite, c’est Miller time ! »

La vie à son meilleur, selon ces publicités, est une série sans fin de climax. D’orgasmes multiples. Au diable l’effort et la patience ! Votre fantaisie la plus folle peut se réaliser tout de suite, et sans effort. Les climax se succèdent. Les orgasmes matériels s’empilent. Vite, une autre shot de gratification instantanée !

Mais les génies du marketing se gardent bien de vous dire que la poursuite de l’orgasme incessant peut mal se terminer…

Coït interrompu

Dans son livre sur la crise économique (Boomerang), le journaliste Michael Lewis cite le maire de San Jose, en Californie, dont la ville frôle la faillite. « Ce n’est pas une coïncidence si les dettes des États et des villes sont devenues hors de contrôle en même temps que celles des citoyens, dit-il. Les Américains, des riches aux plus pauvres, ont été conditionnés à s’approprier le plus qu’ils peuvent, sans penser aux conséquences à long terme. »

La crise financière, celle des hypothèques subprime, l’orgie du crédit, la bulle immobilière, tout ça vient en partie de cette mentalité. S’enrichir en peu d’efforts. En flippant des maisons, en prêtant des sommes immenses à des gens qui n’en ont pas les moyens, ou en maquillant les résultats de l’entreprise. Faire des millions en quelques secondes procure tout un climax… Même si on n’ajoute aucune valeur à l’entreprise, ou à l’économie.

Est-ce un hasard si on apprenait la semaine dernière que deux Canadiens sur trois ne contribuent pas à leur REER ? Que le taux d’endettement des Canadiens a presque doublé par rapport aux années 1980 ? Que de moins en moins de gens épargnent pour leur retraite ? Un hasard si nos gouvernements, poussés par les électeurs, font la même chose depuis 40 ans ?

Coup de barre

Malgré les balbutiements de reprise économique, cette mentalité demeure. Les citoyens et les gouvernements devront la mettre aux poubelles un jour ou l’autre. Sinon une crise attendra l’autre, à des intervalles de plus en plus courts.

Mais que nous changions de cap ou non, dans l’immédiat, il faut payer les excès des dernières années. Pour le Québec, ça veut dire affronter de face les problèmes criants comme les régimes de retraite, ou le financement des soins de santé. Mais aussi de saisir chaque opportunité de revenu supplémentaire. Que ce soit le pétrole en Gaspésie, ou le minerai dans le nord. Et plus généralement, en changeant de mentalité face à la richesse, et sa création.

Car avant de réapprendre à vivre selon nos moyens, à tempérer nos désirs, il faudra accepter de payer la facture de la dernière soirée. Quitte à jouir un peu moins souvent.


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