Royal Affair, régal cinématographique

Royal Affair, ou quand le 7ème art titille l’intelligence du spectateur au lieu de l’esbaudir par une surenchère technologique.

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Royal Affair, régal cinématographique

Publié le 2 janvier 2013
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Royal Affair, ou quand le 7ème art titille l’intelligence du spectateur au lieu de l’esbaudir par une surenchère technologique.

Par Marc Crapez.

Royal Affair est l’un des meilleurs films en costumes depuis Barry Lyndon, de Kubrick. C’est l’histoire de Christian VII, souverain du Danemark, ami de Johann Friedrich Struensee, médecin libre-penseur féru des Lumières.

Histoire d’une forte amitié donc. Mais « affair » signifie liaison. Adultère. Entre l’ami du roi et l’épouse du roi. Fâcheuse posture. On sent rapidement le drame se nouer. Qu’ils vont coucher ensemble. Que ça va mal finir. Que le roi ne sera pas content du tout.

Deux heures et demie sans longueurs. Un exploit du réalisateur Nicolaj Arcel. Du travail d’orfèvre. Ce film est l’antithèse de son concurrent à l’affiche Anna Karenine (4ème remake de l’adaptation au cinéma du roman de Tolstoï). Épouvantable mélo filmé en dépit du bon sens. L’illustration de l’impasse de la nouvelle grammaire cinématographique qui domine depuis vingt ans. Plus aucun plan large donnant une perspective d’ensemble. À la place, des plans syncopés, des images vibrionnantes, des tournoiements de caméra.

Dans Royal Affair, quand deux amants galopent, ils galopent. On voit un homme et une femme chevauchant avec un paysage à l’arrière-plan. Et c’est beaucoup plus difficile à filmer qu’une série de plans saccadés et furtifs montrant une crinière, une botte, un sabot, une paire d’yeux, des naseaux et ainsi de suite, comme dans le cinéma conformiste.

Royal Affair n’est donc pas une superproduction bourrée d’effets spéciaux. Ni une narration par flash-back avec flash-back dans le flash-back. C’est d’abord une belle histoire bien racontée. Au-delà du divertissement, c’est un spectacle qui communique émotion et intelligence. Une œuvre marquée du sceau de la complexité et de l’ambivalence. Le récit est lumineux de clarté, mais l’interprétation est libre. Récit d’un amour fou ou banale histoire de fesses ? Souverain capricieux ou criant de vérité ? Réformateur calamiteux ou précurseur du libéralisme ?

Une méditation sur la condition humaine. Sur la politique. Sur l’échec du despotisme éclairé. Car le médecin des Lumières se saisit des rênes du pouvoir. Mais ses réformes désordonnées et utopiques rendent inévitable un retour de bâton. Le valeureux réformateur finit par rétablir la censure contre des écrits qui clament pourtant la vérité. Il a cru que l’art de gouverner consistait à faire reculer « la bêtise et l’obscurantisme ». Se sentant visés, ceux qui incarnent la forme contemporaine de la censure et de la bêtise ont voué ce film néo-classique aux gémonies.


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  • Être anticonformiste ce serait d’être conformiste en référence à une ancienne époque (Royal Affair est d’ailleurs sans doute bien de notre époque) ? Je ne dis pas que c’était forcément moins bien avant hein, mais je pense qu’il faudrait peut-être essayer d’aller un peu plus loin dans la critique esthétique des nouvelles formes, certes dans une mise en perspective mais forcément dynamique.
    Ce qui me semble intéressant dans les éventuelles nouvelles formes de récit c’est la notion de fragment, peu importe que ce soit mieux ou moins bien, il s’agit d’une question qui traverse à peu près tous les supports et c’est donc un phénomène prégnant (peu importe à la fin du 19è siècle que l’impressionnisme ait été difficile ou non par exemple). Après, il ne suffit pas de reprendre les éléments reconnaissables de ceux qui ont (peut-être) du talent pour en avoir soit-même, que ce soit dans les chevauchées en plan large ou les gros-plans sur les naseaux.

    • En effet, les perles ne font pas le collier sans le fil, disait Flaubert.
      Fragment pourquoi pas, mais si vous filmez une paire d’yeux pour contraster avec un plan large, vous êtes novateur comme Visconti ou Leone ; si vous filmez une paire d’yeux pour pallier au fait que vous ne savez plus filmer un plan large, vous êtes un âne conformiste.

      • Non, un ingénieur qui suit un process, un standard industriel, qui mesure correctement ses compétences. Je ne suis pas vraiment convaincu moi-même, mais disons qu’il faut faire la distinction entre l’art et l’industrie, entre la création et la simple (re)production ; même s’il faudra sans doute que nous repensions nos conceptions sur ces notions.
        En tous cas je pense qu’on ne peut pas reprocher à quelqu’un d’être un industriel d’un côté et de l’autre prôner la protection du produit comme pierre angulaire de notre économie.

  • Je sais juste une chose, c’est que la façon fragment de tourner un film m’est insupportable à l’oeil. J’ai juste envie de partir quand un film est tourné de cette manière.

    Cela me fait plaisir de savoir que je ne suis pas la seule.

    J’irai donc voir Royal Affair. Merci.

    • Beaucoup de gens pensent comme vous. J’ai testé ma petite théorie jusque sur une abonnée fort à gauche de Télérama et, une fois exposée la chose, ce fut un cri du cœur !
      La majorité étouffe sous la nouvelle grammaire conformiste sans se rebiffer, par dilution du goût, résignation ou intimidation de la contrainte sociale. Quelques mois de contre-propagande médiatiquement puissante suffiraient à retourner l’opinion comme une crêpe.

      • Tout à fait vrai. La nouvelle grammaire conformiste est très étouffante. Les gens n’osent plus parler, ni dire ce qu’ils pensent.

  • Je n’ai plus de télé et je ne vais pas au cinéma, mais j’ai un écran et un lecteur DVD, alors cher Marc, je vous fais confiance, dès qu’il sort, gigot comme on dit heu… 🙂
    Hier soir revu « le rebelle » de King Vidor, film qui me hante depuis 30 ans – le choc quand j’ai appris il y a 2 mois qu’Ayn Rand avait été à la base de cet hymne à la Liberté… En train de le lire, jusqu’à des 4 heures du matin, et cette émotion d’être au contact de ce Roark invincible… Emotion…

    • Ah le Rebelle, j’étais assis quand j’ai vu ça à 20 ans !
      Rien à voir avec la « rebellitude » subventionnée.
      Dans l’encyclopédie Tulard, Paucard précise qu’est adapté de Rand ce « film tout aussi génial que puissant, exaltation de la flamme qui brûle en tout véritable créateur ».
      Un extrait en VO : https://www.youtube.com/watch?v=Zc7oZ9yWqO4

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