Royal Affair, régal cinématographique

affiche a royal Affair (tous droits réservés)

Royal Affair, ou quand le 7ème art titille l’intelligence du spectateur au lieu de l’esbaudir par une surenchère technologique.

Royal Affair, ou quand le 7ème art titille l’intelligence du spectateur au lieu de l’esbaudir par une surenchère technologique.

Par Marc Crapez.

Royal Affair est l’un des meilleurs films en costumes depuis Barry Lyndon, de Kubrick. C’est l’histoire de Christian VII, souverain du Danemark, ami de Johann Friedrich Struensee, médecin libre-penseur féru des Lumières.

Histoire d’une forte amitié donc. Mais « affair » signifie liaison. Adultère. Entre l’ami du roi et l’épouse du roi. Fâcheuse posture. On sent rapidement le drame se nouer. Qu’ils vont coucher ensemble. Que ça va mal finir. Que le roi ne sera pas content du tout.

Deux heures et demie sans longueurs. Un exploit du réalisateur Nicolaj Arcel. Du travail d’orfèvre. Ce film est l’antithèse de son concurrent à l’affiche Anna Karenine (4ème remake de l’adaptation au cinéma du roman de Tolstoï). Épouvantable mélo filmé en dépit du bon sens. L’illustration de l’impasse de la nouvelle grammaire cinématographique qui domine depuis vingt ans. Plus aucun plan large donnant une perspective d’ensemble. À la place, des plans syncopés, des images vibrionnantes, des tournoiements de caméra.

Dans Royal Affair, quand deux amants galopent, ils galopent. On voit un homme et une femme chevauchant avec un paysage à l’arrière-plan. Et c’est beaucoup plus difficile à filmer qu’une série de plans saccadés et furtifs montrant une crinière, une botte, un sabot, une paire d’yeux, des naseaux et ainsi de suite, comme dans le cinéma conformiste.

Royal Affair n’est donc pas une superproduction bourrée d’effets spéciaux. Ni une narration par flash-back avec flash-back dans le flash-back. C’est d’abord une belle histoire bien racontée. Au-delà du divertissement, c’est un spectacle qui communique émotion et intelligence. Une œuvre marquée du sceau de la complexité et de l’ambivalence. Le récit est lumineux de clarté, mais l’interprétation est libre. Récit d’un amour fou ou banale histoire de fesses ? Souverain capricieux ou criant de vérité ? Réformateur calamiteux ou précurseur du libéralisme ?

Une méditation sur la condition humaine. Sur la politique. Sur l’échec du despotisme éclairé. Car le médecin des Lumières se saisit des rênes du pouvoir. Mais ses réformes désordonnées et utopiques rendent inévitable un retour de bâton. Le valeureux réformateur finit par rétablir la censure contre des écrits qui clament pourtant la vérité. Il a cru que l’art de gouverner consistait à faire reculer « la bêtise et l’obscurantisme ». Se sentant visés, ceux qui incarnent la forme contemporaine de la censure et de la bêtise ont voué ce film néo-classique aux gémonies.


Suivre les articles de l’auteur sur Facebook.