Pourquoi il faut quitter la France

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Les mentalités n’y sont pas propices à la réforme, on y vénère les « acquis sociaux », dinosaures d’autres temps. La France est figée dans le passé.

À l’heure où de nombreux Français songent à l’exil, l’auteur retrace les principales raisons de quitter la France, sa taxation confiscatoire, ses lourdeurs administratives et ses privations de liberté.

Par Jacques Roberts.

À la lumière des derniers événements en France – et d’événements moins récents – il apparaît désormais que le seul salut sera dans l’exil. Cet article entend récapituler les principales raisons de quitter la France de mon point de vue, mais n’en dresse pas, loin s’en faut, une liste exhaustive.

Tout d’abord, pour pouvoir enfin respirer, et ne plus être opprimé par l’insupportable atmosphère découlant de ce refoulé franco-français – à peine refoulé ces temps-ci, il est vrai – de provenance saint-simonienne, marxiste et catholique, le tout se mêlant joyeusement dans un immonde magma. Si vous croyez en la propriété privée, il faut d’urgence fuir. Si vous en avez assez de voir le succès, l’effort, le mérite et la création de richesse stigmatisés et livrés à la vindicte populaire comme s’il s’agissait d’autant de vices, il vous faut partir vivre sous d’autres cieux. Quand on entend les mots « expropriation », « nationalisation », « protectionnisme », « déchéance », « réquisition » et que l’on doit subir des politiciens qualifiant l’impôt d’« effort patriotique », il est grand temps de faire ses valises. Il est vrai que les gens réagissent de manière ambivalente à tout cela. Dans l’affaire Depardieu, beaucoup de Français semblent soutenir l’acteur… après avoir fait élire François Hollande. Go figure. Donc, tout d’abord, quitter la France et liquider son patrimoine ici, car la rhétorique du gouvernement ne laisse aucun doute quant à la direction que pourraient prendre les choses dans un horizon proche.

Quitter la France ensuite, et cela est lié à mon premier point, pour conserver le fruit de votre travail, votre propriété. En France, on peut désormais être taxé au-delà de 100% de ses revenus réels par la réintégration fiscale des plus-values latentes notamment. Ne parlons même pas de l’inflation qui aggrave l’équation quand elle est prise en compte. La France est devenue un pays communiste dans l’application de sa fiscalité et dans le poids de son État qui approche les 57% du PIB pour la part de dépense publique, contre 60% en URSS au moment de son effondrement. Par ailleurs, le PIB est notoirement surestimé puisqu’il inclut le coût des « services publics » pour la valorisation de ceux-ci, ce qui implique mécaniquement que le poids de la dépense publique représente en fait une proportion encore plus élevée de la richesse créée en France. Un exemple plus simple est bien sûr la double imposition du travail qui est bien connue ici et par laquelle le gouvernement accapare en premier lieu l’impôt sur les sociétés payé sur le résultat, sachant que le taux effectif augmenté des « surcharges temporaires » approche 36,1%, puis soumet ensuite les dividendes versés à un autre impôt, atteignant 24% du montant du dividende après abattement de 40%, sans parler des prélèvements sociaux à 15,5%. Cela aboutit à confisquer plus de la moitié de la richesse générée par cette entreprise. Le cabinet PricewaterhouseCoopers (PwC) a, dans sa dernière étude Paying Taxes 2013 en collaboration avec la Banque Mondiale, montré que la France se situait en 169ème position mondiale (sur 185 pays !) pour la lourdeur des impôts et taxes sur les entreprises avec un taux atteignant 65,7% des profits commerciaux, dont 51,7% pour les seules charges sur le travail. Aujourd’hui, si les dirigeants français dénoncent de façon si virulente les supposés « paradis fiscaux », c’est que leurs vitupérations traduisent leur crainte de l’« évasion », la sémantique sous-entend ainsi que la France est devenue une prison et un enfer fiscal. C’est le nécessaire corollaire du vocable socialiste qui n’a de cohérence que dans la névrose fouriériste. À quand le Phalanstère et le Panopticon ?

La France est aussi le pays de l’inculture économique par excellence. Ce constat ne manque jamais de surprendre de la part d’un pays qui a sevré des économistes aussi illustres que, en vrac, Turgot, Say, Destutt de Tracy, Bastiat, Cantillon, etc. Vauban et Boisguilbert avaient compris, bien avant Laffer, que trop d’impôt tuait l’impôt ou, à défaut de porter le coup de grâce à la bête, en diminuait les recettes. Cette profonde inculture se traduit par une méfiance vis-à-vis de la mondialisation et du commerce international, ainsi que de l’acquisition et la détention de groupes industriels par des investisseurs étrangers. Nulle part ailleurs qu’en France on pourrait considérer Emmanuel Todd comme un économiste. Dans l’affaire Mittal, on a pu voir un certain nombre de sondages montrant une claire majorité de Français en faveur de la « nationalisation » du site de Florange. Heureux contribuable que celui qui, la larme à l’œil, va aller porter secours aux ouvriers de Florange avec son argent et celui d’autrui, afin que dure encore quelques années la mascarade avant l’effondrement inéluctable du site. Heureux contribuable que celui qui ne comprend pas que le capital est une ressource rare et doit à ce titre être alloué de façon optimale compte tenu des limites cognitives de l’homme et que cela ne peut passer autrement que par des mécanismes de prix non susceptibles d’être centralisés et maîtrisés durablement par des États. Heureux contribuable que celui qui ne comprend pas que ce capital aurait pu servir à soutenir des entreprises rentables et potentiellement créatrices d’emplois au lieu d’être dilapidé. Heureux contribuable que celui qui a encore la candeur de croire que l’État est là pour le protéger contre la jungle de l’ultralibéralisme mondialisé et de la finance apatride débridée. Sans l’État, le contribuable français en est sûr, ce serait le déchaînement de tous les éléments contre la civilisation et la fin de la douce France que nous connaissons et aimons ! Ignorance is bliss. Il n’y a guère que dans un tel pays que l’enseignement de l’économie peut faire débat. Remarquez, si l’enseignement de l’économie passe par l’Éducation Nationale, il y a quand même de quoi s’inquiéter… Cette profonde mécompréhension de l’économie explique qu’il n’y aura pas de prise de conscience à moyen terme.

Par ailleurs, la France a maintenant produit assez de « clients » pour que l’État-Providence survive par le vote de ces pseudo-majorités éphémères. Désormais, une proportion énorme de la population pense dépendre davantage de l’État et y gagner plus que ce qu’elle perd en impôts et taxes. L’État français et ses satellites, les kolkhozes territoriaux, est un spécialiste de la taxation indirecte, ces taxes qui ne disent par leur nom et sont réputées indolores. Quand 40% de la population paie l’impôt sur le revenu et que le reste ne le paie pas, on comprend mieux qu’il y ait tant d’enthousiasme de la part des électeurs à taxer l’autre. Et puis, tout cela est de la « solidarité », bien sûr. On érige alors en égérie le sacrifice de l’individu pour sa communauté, on exalte la spoliation institutionnalisée comme une démonstration de patriotisme. Cela ne vous rappelle-t-il pas des choses ? Ayn Rand avait déjà identifié cette constante du totalitarisme étatique. Le collectivisme politique en France est une négation même de l’individu, de ses droits les plus naturels et inaliénables. Non pas que ce collectivisme soit absent chez nos voisins, y compris les plus relativement libéraux, mais il n’est jamais présent dans de telles proportions. Ainsi, la tendance dans un certain nombre de pays européens est précisément à contenir, voire réduire, la progression de l’État et de ses excroissances dans l’économie. Même la Suède, autrefois la fanfreluche de la gauche française est désormais plus libérale (relativement) que nous et de loin, pas seulement en termes fiscaux, mais en termes de flexibilité de son marché du travail, des réformes scolaires qui y ont été menées et ainsi de suite. La France est irréformable ; trop de gens dépendent – ou croient dépendre – de cette gabegie généralisée. Les mentalités n’y sont pas propices à la réforme, on y vénère les « acquis sociaux », dinosaures d’autres temps. La France est figée dans le passé.

La France, c’est le pays qui régresse en termes de liberté de la presse, subventionnée à tout va et l’antithèse même de l’indépendance et de l’esprit critique. C’est le pays qui est parmi les plus mal classés d’Europe en termes de transparence et de lutte contre la corruption. La France est le pays où les fonctionnaires du Sénat ont une prime de chauffage annuelle qui dépasse 4600 euros par an. La France compte plus de 300 sénateurs pour 65 millions d’habitants contre 100 pour 310 millions d’habitants aux États-Unis. La France, c’est le millefeuille administratif, c’est le pays où les kolkhozes territoriaux voient leurs effectifs grossir année après année et les impôts avec. Clemenceau disait déjà : « en France, on plante des fonctionnaires et il y pousse des impôts ». Il suffit de regarder votre feuille d’impôt pour vous en convaincre. On vous y taxe pour le fait de posséder un toit (taxe foncière) et on vous y taxe ensuite pour le fait d’avoir vécu sous ce même toit (taxe d’habitation). On y parle même de vous y taxer après que vous ayez fini de rembourser votre prêt immobilier, car il est injuste que vous soyez propriétaire et que les autres ne le soient pas, donc un loyer fictif, ce ne serait vraiment pas de trop !

La France, c’est aussi une sécurité sociale en faillite, c’est des caisses de retraite comme l’AGIRC et l’ARRCO qui seront asséchées avant l’an 2020, que les cadres se réjouissent ! C’est le pays qui chouchoute ses fonctionnaires, pas loin de représenter 6 millions de personnes toutes catégories confondues, en leur faisant supporter des charges sociales pour le moins très allégées tandis que les autres (vrais) actifs triment et se voient prendre 25% de leur brut mensuel pour entretenir des « services » (sévices ?) dont la qualité décroit année après année, faute de concurrence. C’est le pays qui fait supporter un déficit à la CNAV pour que les retraités d’EDF continuent de se la couler douce quand EDF ne compense pas la CNAV avec une soulte adéquate pour le rattachement de ses retraités à la CNAV. La France, c’est le pays où le conseil d’orientation des retraites (COR), qui ne peut être réalistement qualifié d’officine libérale, indique qu’il faudra en arriver soit à repousser jusqu’à plus de 70 ans l’âge de départ à la retraite, soit augmenter significativement les charges sociales, déjà les plus lourdes d’Europe, soit en venir à une décote significative des retraites versées. La France, c’est ce régime Pétain-Madoff qui fleure bon le collectivisme et l’égalité dans la misère, ce pays qui refuse aux gens la liberté de choisir l’âge de leur retraite avec la prestation de leur choix et force tout le monde à accepter les mêmes conditions, c’est-à-dire la faillite prochaine d’un système basé sur des hypothèses démographiques insensées. C’est le pays où il est presque universellement cru que la capitalisation a ruiné les retraités des pays qui la pratiquent, alors que le Chili est là pour nous rappeler que ses retraités ont des taux de remplacement du revenu supérieurs à ceux des nôtres, peuvent composer leurs portefeuilles, choisir l’âge de leur retraite et ce sans que les comptes publics en soient affectés. Mais non, en France, la sécurité sociale est le saint des saints, malgré le fait qu’elle débouche sur des dizaines de milliards d’euros de déficit chaque année et qu’elle ne soit évidemment pas viable pour les générations futures. Pour quelqu’un de ma génération qui s’apprête à entrer sur le marché du travail, il est d’autant plus impératif de quitter ce pays pour ne pas payer à fonds perdu et commencer à capitaliser ailleurs. Ce n’est pas l’embryon de plans d’entreprises comme les PERCO et autres qui permettront aux salariés de s’en sortir, notamment après que le forfait social ait été relevé de 8 à 20% par notre gouvernement de cracks de l’économie, mettant en danger les versements de Dassault à ses salariés. Certes, nous pourrions sortir de la sécurité sociale comme un certain nombre de Français l’ont fait, ce qui ne manquerait pas de nous attirer un certain nombre de tracas administratifs et juridiques. Ce qui m’amène à mon dernier point.

Quitter la France est enfin un impératif éthique et moral : alimenter l’État obèse et lui fournir des sources de revenus équivaut à soutenir l’expropriation érigée en doctrine gouvernementale et un système basé tout entier sur le marxisme culturel qui a pour objectif la redistribution arbitraire des richesses selon des critères tout aussi arbitraires. En restant en France, en prêtant le flanc à cette vague d’impôts et de taxes qui déferle sur ce pays, vous acceptez finalement, implicitement, ce système. Pour ma part, j’ai fait mon choix en recherchant du travail à l’étranger, ce qui a abouti, et je partirai donc sous peu vers d’autres cieux plus cléments. Je ne peux que vous encourager à faire de même avant que nos brillants dirigeants aient d’autres excellentes idées du même acabit que celles que nous avons pu constater ces derniers temps. Je fais le choix de priver la bête de sa nécessaire subsistance, de l’affamer et d’en précipiter les râles d’agonie. N’en déplaise aux socialoïdes du type Dupont-Aignan, les Français n’ont jamais mieux résisté qu’à l’étranger (souvent contre d’autres Français), son effigie, le général de Gaulle, ayant après tout fui à Londres. Il est temps de se rendre compte, pour paraphraser un illustre libéral, que ce pays est bel et bien foutu et d’en tirer les conclusions qui s’imposent. Ne vous laissez pas entraîner dans sa chute et pensez à vous-même avant tout.