Le double-jeu des médias

La partialité des médias n’est pas toujours évidente car ils faussent insidieusement les bases de comparaison du public.

La partialité des médias n’est pas toujours évidente car ils faussent insidieusement les bases de comparaison du public.

Par Marc Crapez.

Ça recommence contre Copé. Traité de « crapule » et de « voyou ». Il se serait inspiré d’un Patrick Buisson « tapi dans l’ombre ». Ce sont, mot pour mot, les mêmes injures et affabulations que celles qu’employait l’extrême-droite des années 30.

Comment en est-on arrivé là ? Par un jeu de billard à trois bandes. Acte I, pendant la campagne à l’UMP, les médias sacrent François Fillon et aussi Alain Juppé comme garants moraux de la droite face à une droitisation ourdie par Jean-François Copé. Acte II, depuis la contestation des résultats, les déclarations de Fillon sont prises pour argent comptant et Juppé est proclamé autorité morale. Acte III, Copé est désigné comme le mauvais élément rétif à suivre les conditions dictées par Juppé.

L’acte II est basé sur l’arbitraire. Rien ne permet de valider les accusations portées par Fillon contre Copé, si ce n’est l’habitude prise pendant la campagne de lui donner raison. Et rien ne permet, sauf cette même habitude, de faire de Juppé un parangon de vertu.

Sur le fond en effet, l’itinéraire de Juppé est contrasté. En 1983, il talonnait le Front national en préconisant « d’encourager le retour au pays ». En 1995, son arrogance légendaire lui valut de se mettre la France à dos. Par la suite, ses dix ans d’inéligibilité ont été ramenés à un an en appel. Bref, à l’instar de Lionel Jospin, Juppé serait plutôt un sage, mais pas le sauveur célébré par les médias. Et surtout, il avait pris parti durant la campagne contre certaines déclarations de Copé.

Fausser les bases de comparaison

Une étape en faisant oublier une autre, c’est ainsi que les médias faussent insidieusement les bases de comparaison du public. Ils modifient les étalons de mesure qui pourraient servir de repères à l’opinion. La vérité est qu’ils prennent fait et cause pour Fillon aujourd’hui parce qu’il était déjà leur candidat préféré hier.

D’autres exemples illustrent ce brouillage des repères. Comparons le prétendu « Hollande-bashing » de novembre 2012 avec l’épisode des « médias pro-Sarko » de janvier 2008. D’un côté, des journalistes qui ne demandent qu’à se laisser convaincre par le chef de l’État, tout en lançant parallèlement une campagne de presse visant à faire croire à l’existence d’un acharnement contre lui. De l’autre, des journalistes impitoyables envers le chef de l’État, tout en lançant parallèlement une campagne de presse visant à faire croire à l’existence de médias pro-Sarkozy.

Cette forme raffinée de propagande consiste à infléchir les références, les échelles d’évaluation et les critères de jugement des citoyens. Si Hollande est critiqué, c’est parce que les journalistes lui en veulent ; si Sarkozy était critiqué, c’était en dépit du fait que les journalistes étaient trop complaisants envers lui !

Semblablement, à partir de l’automne 2011, on entendit les médias qualifier les consignes élyséennes « d’éléments de langage ». Cette formule donnait l’impression d’un décryptage savant, tout en alimentant des préjugés sur le caporalisme de la droite. Or, il n’était pas neutre de l’accoler à la droite, tandis que restait accolé à la gauche l’expression consacrée d’argumentaire politique. Mais le grand public fut persuadé que la formule « éléments de langage » était un critère objectif. Comme aujourd’hui la médiation Juppé.


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