Les conséquences économiques de la réélection d’Obama

Obama réélu : quelles conséquences sur l’économie mondiale, les monnaies et les placements financiers ?

Quelles seront les conséquences de la réélection du Président Obama sur l’économie mondiale, les monnaies et les placements financiers ?

Par Charles Gave.
Publié en collaboration avec l’Institut des libertés.

Comme de nombreux lecteurs me le font remarquer, je me suis trompé : le Président Obama a été réélu.

Se tromper est tout à fait humain et n’est pas bien grave, ne pas reconnaitre son erreur par contre est impardonnable. Pour rétablir une crédibilité dont je ne doute pas qu’elle soit fortement entamée, il me faut essayer d’analyser pourquoi et où je me suis égaré et là la réponse est toute simple.

J’avais fait l’analyse que la popularité du Président sortant était en chute libre, ce qui a été confirmé par les faits. Obama a obtenu 10 millions de voix de moins qu’en 2008, le nombre de ses électeurs baissant de 14% d’une élection à l’autre, c’est-à-dire beaucoup plus que ce que Carter avait enregistré comme baisse en 1980. Pour être élu, il aurait suffi à Mitt Romney de faire autant de voix que le candidat Républicain (McCain) en 2008, c’est-à-dire à peu prés 70 millions de votes.

Et c’est là où je me suis trompé. Romney a fait 2 millions de voix de moins que McCain quatre ans plus tôt. Cinq millions d’électeurs « blancs » de la classe moyenne ne sont pas allés voter… Ce n’est donc pas Obama qui a gagné, c’est Romney qui a perdu. J’ai très mal mesuré l’antipathie que cet homme, pourtant très honorable, inspirait à l’électeur républicain de base et aucun sondage n’a indiqué ce désenchantement. D’où mon erreur…

Obama réélu, que va-t-il se passer ?

Ce point étant éclairci, il me faut continuer à avancer et essayer de réfléchir à ce que la réélection du Président sortant veut dire pour l’économie mondiale et là les choses semblent claires. Les citoyens US ont clairement voté pour un accroissement du rôle de l’État, ce qui change beaucoup de choses et pas simplement pour les USA.

Donc :

  • Les impôts vont monter aux États-Unis, où la chasse aux riches semble bien engagée.
  • Les règlementations de toute nature vont continuer à exploser à la hausse, sans aucun frein.
  • Les dépenses de l’État ne vont pas baisser, mais monter puisque la mise en œuvre du nouveau programme de sécurité sociale pour tous va les faire exploser.
  • Le coût du travail va lui aussi monter, en raison de cette réforme, ce qui va faire repartir chômage et déficit budgétaire à la hausse.
  • Hausse des impôts, hausse des réglementations, hausse du coût du travail, hausse des dépenses de l’État, hausse du déficit, tout cela va amener à une baisse de la rentabilité des affaires aux États-Unis et quelque temps après à une récession, comme à chaque fois (c’est ce que les Français, qui pour une fois sont en avance sur les Américains, sont en train de découvrir avec horreur).
  • Monsieur Bernanke va conserver son poste à la Banque centrale et continuer à suivre une politique de taux d’intérêts réels négatifs, désastreuse pour la croissance et pour l’épargnant.
  • Pour lutter contre cette récession et pour maintenir la « compétitivité internationale » des États-Unis, la Fed. fera tout son possible pour faire baisser le taux de change de la monnaie US, ce qui risque de créer à terme une « crise de liquidité internationale » en vertu des mécanismes que j’ai souvent décrit dans le passé (voir les articles à ce sujet).

La monnaie US dans ces conditions devient éminemment suspecte, en dépit de sa sous-évaluation actuelle, et il est urgent de vendre le Dollar et tous les placements en revenu fixe libellés dans cette monnaie.

Ceci pour moi correspond à un vrai bouleversement de la stratégie que je préconise depuis longtemps, mais peut se faire sans trop de dégâts dans la mesure où le Dollar est proche de ses plus hauts et où les taux US sont aux plus bas. Je crois très sincèrement qu’une position obligataire aux USA ne diversifie en effet plus du tout un portefeuille.

En ce qui concerne les actions, il faut sortir des « cycliques », des financières et de tout ce qui dépend de la consommation intérieure aux États-Unis ou en Europe, et ne conserver que les valeurs ayant des positions importantes  en dehors de ces deux zones, du style multinationales à forte valeur ajoutée intellectuelle et structurellement en cash flow positifs.

Le fait que la monnaie US devienne suspecte va amener de nombreux investisseurs à se tourner à nouveau vers l’or, ce qui sera le signe que, hélas, quelque chose ne tourne pas rond. Je n’aime pas l’or, comme les lecteurs le savent, mais compte tenu de ce qui nous attend, on peut penser que le métal jaune sera utile à diversifier un portefeuille.

Si le Dollar US se met à baisser pendant que l’économie mondiale ralentit, cela va rendre la vie impossible à un certain nombre de pays européens qui souffrent déjà d’un manque certain de compétitivité (la France notamment). De ce fait, la récession dans le Sud de l’Europe va s’aggraver et les tensions à l’intérieur de l’Euro repartir de plus belle.

Compte tenu de ces risques, avoir des obligations de la zone Euro devient un pari que je ne suis pas prêt à prendre quand bien même elles seraient en Allemagne. La seule chose à détenir en Europe et aux États-Unis, ce sont les actions des sociétés qui ont aussi peu que possible à voir avec le vieux continent et les USA.

Que va faire la Chine ?

Mais où donc dois-je me réfugier va me dire le lecteur quelque peu alarmé – à juste titre – par les considérations précédentes… La réponse est simple : en Asie. La Chine a compris que de grandes difficultés se préparaient en Europe ou aux États-Unis. Le Gouvernement Chinois sait qu’il ne peut plus compter sur une croissance tirée par les exportations chinoises vers les États-Unis ou l’Europe comme il l’a fait depuis vingt ans (voir mes articles précédents sur la Chine).

Cette perception amène fort naturellement les autorités de l’Empire du Milieu à mener une triple action visant à :

1. Remplacer la demande externe par la demande interne et pour ce faire elles déréglementent aussi vite que possible tous les secteurs proches du consommateur en Chine, depuis les activités financières en passant par la santé, la distribution ou la logistique. Toutes ces activités sont extraordinairement consommatrices de logiciels et d’intelligence artificielle et les principaux fournisseurs seront des « sociétés de la connaissance » cotées aux USA ou en Europe, mais le bénéfice de ces investissements ira d’abord au consommateur chinois.

2. Aider dans la mesure du possible tous les pays autour de la Chine (Myanmar, Cambodge, Laos, Mongolie, Indonésie, etc.) à effectuer les investissements d’infrastructure qui les relieront à la Chine et les uns aux autres, et qui permettront au commerce inter-asiatique de se développer avec vigueur, le cas échéant en finançant ces dits investissements, ce qui soutiendra le niveau d’activité en Chine.

3. Internationaliser le Renminbi et en faire la monnaie de règlement et de réserve pour le commerce inter-asiatique et entre l’Asie et l’Afrique. Pour que cet effort soit crédible, il faut que la monnaie chinoise soit structurellement forte de façon à ce que les autres pays acceptent de la mettre dans leurs réserves de change. Pour cela, il a fallu développer d’urgence un marché obligataire en Renminbi pour que des réserves soient disponibles. Depuis trois ans, la Chine s’attache à développer ce marché à Hong-Kong sous le nom de Dim Sum Bonds où l’offre d’obligations a été abondante et de qualité. Par exemple, une obligation à trois ans émise par Ford aux États-Unis a un rendement de 2% en Dollar US. La même société a garanti une obligation en Renminbi à trois ans également offrant un rendement de 4%. 4% dans une bonne monnaie contre 2% dans une mauvaise, à mon avis, il n’y a pas photo.

Pour conclure

Les États-Unis et l’Europe sont en train de manipuler leurs monnaies dans tous les sens en espérant qu’en cassant le thermomètre, tout s’arrangera. Ils manipulent donc allégrement taux d’intérêt et taux de change. Comme ces deux prix déterminent tous les prix dans un système économique, nous n’avons plus de prix de marché pour rien et nous sommes de fait de retour en Union Soviétique.

Cela veut dire que notre système économique marche à l’aveugle, sans boussole et sans point de repère et que donc il ne peut connaître aucune croissance. Les électeurs de leur coté votent avec beaucoup de constance pour ceux qui leur expliquent que le Père Noël existe et qu’il n’est pas utile de faire des efforts puisqu’il suffit d’emprunter à la banque centrale qui imprimera ce qui sera nécessaire ou d’aller chercher l’argent qui manque chez ceux qui en ont : « les riches ».

L’impression est  donc donnée à tous les investisseurs – à tort sûrement – que le choix de ces gouvernements en difficultés sera soit celui de la faillite et du non remboursement, soit celui de l’inflation, soit enfin une taxation confiscatoire de ceux qui auraient eu la mauvaise idée d’épargner ou de gagner de l’argent. N’excluons pas, dans un excès d’optimisme, que les trois ne soient tentés à la fois ici ou là…

En Asie, pendant ce temps et sous la conduite de la Chine, on assiste à la démarche exactement inverse. La Chine, qui depuis toujours manipulait sa monnaie comme personne et suivait une politique « mercantiliste », est en train de libérer aussi vite qu’elle le peut son système financier et s’ouvre à de toutes nouvelles dérèglementations, entraînant avec elle toute l’Asie. Le gouvernement chinois est en train de dire à qui veut l’entendre que le Renminbi va être le nouveau DM, que les obligations en Renminbi sont cotées sur une place financière offrant toutes les garanties juridiques du droit anglais. La Chine donne pour preuve de sa vertu toute nouvelle le fait que, malgré les difficultés des derniers mois, elle n’a pas « relancé » son économie tant elle veut montrer qu’entre son économie et sa monnaie, à partir de maintenant, elle choisira toujours la monnaie, comme le faisait la Bundesbank autrefois.

Dans un monde idéal, il faudrait donc avoir toutes ses obligations en Renminbi (1/3 du portefeuille ?) puisque c’est la devise d’un pays qui va à toute allure vers des prix de marché pour sa monnaie, alors que partout ailleurs le chemin inverse est en train d’être pris. Les obligations en Renminbi sont sans doute le meilleur outil de diversification d’un portefeuille aujourd’hui. Il faudrait avoir un deuxième tiers dans les actions de sociétés travaillant à l’ouverture et à la déréglementation de la Chine et de ses voisins du style grandes banques à HK ou à Singapour, compagnies d’assurance, lignes aériennes et sociétés gérant des hôtels ou des hôpitaux, immobilier à Hong-Kong et à Singapour. Enfin le dernier tiers doit être dans les sociétés cotées aux États-Unis, en Europe ou en Asie et ayant un très fort « quotient intellectuel », du style IBM, Air Liquide, Schneider, SAP, Samsung etc.

Détenir un portefeuille ainsi constitué  devrait réduire la volatilité des postions individuelles, offrir un rendement immédiat tout à fait satisfaisant, préserver l’avenir et surtout permettre de passer sans trop d’encombre la période difficile que semble devoir traverser dans les mois et les années à venir les États-Unis et l’Europe.

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