Entretien avec Gérard Dréan, auteur du B.A. BA d’économie

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Contrepoints a rencontré Gérard Dréan, à l’origine de L’Abrégé de l’Action Humaine, de Mises, et spécialiste de l’école autrichienne. Au cœur de cet entretien, son livre B.A. BA d’économie, et l’ignorance des français en économie.

Contrepoints a rencontré Gérard Dréan, à l’origine de L’Abrégé de l’Action Humaine, de Mises, et spécialiste de l’école autrichienne. Au cœur de cet entretien, son livre B.A. BA d’économie, et l’ignorance des français en économie.

B.A BA d'économiePour commencer, pourquoi avez-vous écrit ce livre ?

C’est le constat, que je ne suis pas le seul à faire d’ailleurs, que le grand public français et même étranger est dramatiquement ignorant en économie, alors que comme citoyen, il donne des pouvoirs à des gens d’orienter l’économie dans telle ou telle direction, sans savoir vraiment ce à quoi il s’engage. C’est pourquoi j’ai voulu faire un livre grand public, qui rappelle un certain nombre d’idées fondamentales en économie.

À quoi est due cette méconnaissance des mécanismes de base de l’économie selon vous ?

On peut sans doute avancer plusieurs types d’explications : la plus profonde selon moi, est liée à l’histoire du développement de la pensée économique. Quand on lit les grands auteurs classiques comme Turgot, Say, et plus tard Bastiat et même Marshall, on est frappé par l’insistance qu’ils mettent à écrire « je m’adresse au grand public », «  je m’adresse à l’homme de la rue », etc. Cette tradition a presque complètement disparu au début du XXe siècle. Je rattache ça au tournant qu’a pris l’économie au tournant des années 1930-1940, sous la lointaine influence de Walras et quelques autres, qui ont voulu faire de l’économie une discipline fortement mathématisée.

Cela a deux conséquences : déjà, pour arriver à tout mettre en équation, il faut faire des hypothèses sur les phénomènes élémentaires, les agents élémentaires, les échanges élémentaires, etc. qui sont extrêmement loin de la réalité, extrêmement simplificatrices. En outre, tant qu’on ne maitrise pas les systèmes linéaires et les équations différentielles, on ne peut pas comprendre cette science économique. L’homme de la rue, l’honnête citoyen qui voudrait s’intéresser à l’économie est devant ce double obstacle : on lui dit que c’est très compliqué, qu’il est indispensable de posséder ces bases mathématiques et, quand bien même les connaitrait-il, il tombe alors sur des considérations dont il ne voit absolument pas le rapport avec la réalité. Il abandonne donc facilement.

Cela se traduit dans les programmes de l’éducation nationale : il n’y a qu’un seul endroit où il y a quelque chose qui ressemble à de l’économie, la classe de seconde générale. Avant on n’en parle pas, après on n’en parle plus sinon dans des enseignements optionnels. Dans une matière comme celle-là, comme dans les autres d’ailleurs, quand on n’enseigne qu’une année, à raison de quelques cours ici et là, les élèves, aussi bons soient-ils, oublient. L’un des secrets de l’éducation est la répétition et on ne le permet pas pour l’économie. Donc je doute que cet enseignement laisse une trace indélébile, quel que soit son contenu.

Comment se manifeste aujourd’hui le parti pris dans la présentation de l’économie ?

Pour l’enseignement au collège, je n’ai pas les éléments de jugement, d’autant que les programmes officiels laissent pas mal de liberté aux enseignants, et qu’on pourrait donc espérer une grande variété. Mais il est probable que la plupart pensent qu’il va de soi d’être « de gauche » et qu’afficher des positions libérales, c’est forcément être biaisé.

Il est frappant qu’une revue comme Alternatives Économiques soit la référence principale dans l’enseignement de l’économie à l’école, mais elle est aussi très lue en-dehors. C’est sans doute le symptôme d’un mal plus profond, car dans toutes les publications plus ou moins grand public, on constate un fort biais antilibéral. Même dans des supports réputés non biaisés voire « de droite », comme Le Point, on trouve parfois des énormités révélatrices.

Pour rectifier cette ignorance, voire ce parti pris, il faut diffuser d’autres idées, quitte à repartir des fondements comme je le fais. J’aimerais travailler avec des enseignants de métier par exemple, et plutôt au lycée qu’à l’université. Tous n’ont pas une hostilité de principe et peuvent être des relais possibles, mais il est difficile de trouver comment les joindre.

Si certains nous lisent, ils peuvent nous contacter et nous relaierons. Pour en revenir à votre livre, B.A BA d’économie, qui visez-vous avec lui ?

Je vise vraiment le grand public, l’honnête citoyen, l’homme de la rue comme je le disais. Le citoyen n’est pas équipé et c’est très difficile, quand il entend des discours politiques avec une large part d’économie, contradictoires entre eux, de savoir qui a raison. Un minimum de connaissance fondamentale de l’économie devrait les y aider.

Je pense aussi que mon livre pourrait être utilisé comme manuel, pour des étudiants en seconde générale par exemple.

Comment avez-vous fait pour sortir ce livre ?

Publier ce livre, inhabituel sur le fond, n’a pas été aisé, puisque je n’ai pas réussi à trouver d’éditeur « conventionnel ». Ça tenait je pense à deux raisons :

  • Les livres d’économie grand public, comme celui-ci ou L’économie sans tabou  de Bernard Salanié ne tombent pas vraiment dans les « cases » des collections habituelles.
  • Un manque de notoriété probablement. Si une célébrité l’avait fait, elle aurait probablement pu trouver un éditeur prêt à capitaliser sur sa notoriété.

J’ai donc choisi l’auto-édition en ligne, un système très pratique et qui fonctionne bien, avec une distribution sur des sites comme Amazon, et aussi une version électronique en plus de la version imprimée.

Votre livre ne se revendique pas libéral, du moins au début, et non partisan. Vous avancez masqué ?

J’ai fait le choix dans ce livre de partir de faits de la vie quotidienne. J’y décris l’économie telle qu’elle est, et non telle qu’elle existe dans des modèles mathématiques. Cela permet aussi de partir de cette base qu’est l’activité économique, dont ensuite on peut dériver logiquement, à mon avis au moins, les principales bases théoriques, qui se trouvent être en phase avec les idées libérales. Les idées « polémiques » viennent relativement tard dans le livre, quand le lecteur aura intégré les fondements et que ces idées viennent en cohérence logique avec ce qui a été dit avant.

Cela dit, si les débuts du livre sembleront consensuels au lecteur lambda, ils ne le seraient pas pour certains économistes adeptes de Ricardo ou Marx, qui faisaient l’erreur de croire qu’il y avait une valeur objective aux choses, ou pour des keynésiens qui pensent que l’économie ne peut pas fonctionner correctement si l’État n’y intervient pas..

Ce livre n’est pas non plus libertarien : j’ai préféré m’arrêter tôt dans la polémique, avant que cela ne le devienne trop justement.

En tant que libéral, on n’a presque rien à dire sur le contenu de votre livre ! C’est un cadeau de Noël à faire à des néophytes plutôt, non ?

En effet, ce n’est pas vraiment un livre écrit pour des libéraux avertis. À mon avis, seul le chapitre sur le progrès social présente des idées personnelles qui pourraient sembler nouvelles à un libéral.

Le but est vraiment de faire un ouvrage de base, qui part du ras des pâquerettes comme les « leçons de choses » de notre enfance pour aller progressivement vers des idées plus générales. Comme je le disais, à destination du néophyte ou des élèves du collège et du lycée. Un livre que des libéraux peuvent offrir à leurs proches par exemple !

Que conseilleriez-vous de lire au lecteur intéressé qui veut approfondir ?

Je donne déjà quelques pistes dans mon livre [1] auquel le lecteur peut se référer. Je pense que le niveau immédiatement après ce livre serait les 39 leçons d’économie contemporaine de Philippe Simonnot, qui a en plus l’avantage de renvoyer à un tas de références. Pour un cours supérieur il y a L’Action humaine de Ludwig von Mises. Dans des livres moins récents mais toujours valables, je citerais le Traité d’économie politique de Jean-Baptiste Say (Note de Contrepoints : récemment republié par l’Institut Coppet). La date de publication de l’ouvrage, 1802, risque d’effrayer le non connaisseur qui pourrait le penser périmé. Mais le principe d’Archimède est bien plus vieux et toujours valable… C’est un peu la même chose selon moi en économie. Il y a vraiment des bases qu’on ne peut pas ignorer et qui ne changent pas, et tout ou presque se trouve chez Say. Et en plus, c’est écrit en excellent français !

Votre ouvrage fait penser à d’autres, comme Pulp Libéralisme, qui essaient de diffuser une meilleure connaissance du libéralisme ou de l’économie par des livres différents des essais classiques.

Oui j’ai vu avec intérêt ce livre de Daniel Tourre, qui reprend des extraits de comics. D’ailleurs il pourrait être intéressant d’adapter mon livre en bande dessinée, un peu comme Harvard avait pu le faire avec une véritable bande dessinée économique.

Ou aussi d’ailleurs quelques épisodes d’Astérix, qui ont un message économique fort ?

Peut être oui, ou encore L’Archipel de Sanzunron de Greg pour les questions monétaires. L’approche non militante est probablement une approche à utiliser ailleurs, vue l’hostilité que les idées libérales peuvent susciter actuellement de par leur présentation caricaturale.

Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

Vous ne m’en voudrez pas si je vous dis que, comme tout auteur mais surtout étant donné l’objectif de ce livre, j’ai envie qu’il soit lu le plus largement possible. J’espère que tous ceux qui l’auront lu et aimé le feront connaître autour d’eux, et déposeront un commentaire sur Amazon ! Je les en remercie d’avance.

Le livre de Gérard Dréan sur Amazon

  1. p.219 et suivantes