Coopération Chine-Afrique : l’Europe inquiétée ?

Les pays africains peuvent-ils se diriger rapidement vers le développement en acceptant le gagnant-gagnant que leur propose la Chine ?

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Coopération Chine-Afrique : l’Europe inquiétée ?

Publié le 12 novembre 2012
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Les pays africains peuvent-ils se diriger rapidement vers le développement en acceptant le gagnant-gagnant que leur propose la Chine ?

Par Noël Kodia.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.

Longtemps exploités par les puissances occidentales qui ont encore un tant soit peu la mainmise sur les économies de leurs ex-colonies, le pétrole et les autres matières énergétiques africains sont maintenant convoités par la Chine qui en a grandement besoin pour son développement. Mais les pays africains peuvent-ils se diriger rapidement vers le développement en acceptant le gagnant-gagnant que leur propose la Chine ?

Il y a quelques mois, à l’issue du dernier sommet Chine-Afrique tenu du 19 au 20 juillet 2012, Pékin promettait de doubler son aide à l’Afrique. L’an dernier, un prêt de 166 milliards était accordé au continent par la Chine. Le dernier sommet Chine-Afrique nous a appris que la somme de 20 milliards de dollars devrait être prêtée aux Africains par Pékin.

La Chine, pour gagner la confiance des Africains, passe par le financement des projets d’infrastructures telle la construction des routes, des écoles, des hôpitaux comme au Congo-Brazzaville où la ville portuaire de Pointe-Noire sera reliée à Brazzaville par le biais de la route qui est en train d’être construite grâce à la coopération sino-congolaise. Cette route a été longtemps négligée par les Français au profit du chemin de fer, épine dorsale dans la desserte des produits venant de l’Occident et l’exportation de certains produits de la sous-région tels le bois, les minéraux.

Actuellement 2ème puissance économique du monde, la Chine a besoin de matières premières comme le pétrole ou l’uranium pour son développement et c’est sur le continent africain qu’elle peut s’en procurer. Alors que l’Afrique ne dispose que de 9% des réserves mondiales de pétrole, elle représente un tiers des importations chinoises en or noir.

Les relations commerciales entre la Chine et le continent auraient atteint 166,3 milliards de dollars en 2011 selon les statistiques chinoises. Les exportations africaines vers la Chine seraient passées de 5,6 millions à 95,2 milliards de dollars au cours des dix dernières années.

Après l’Asie, l’Afrique constitue le deuxième marché pour les grands travaux d’infrastructures et de BTP réalisés par la Chine à des prix défiant toute concurrence. Même s’il y a « amélioration de l’environnement » des investissements chinois sur le continent, on soupçonne toujours plus dans cette coopération sino-africaine un pillage des ressources du continent par les Chinois. Le continent continue de s’endetter au près de la Chine tout en lui ouvrant largement ses portes pour exploiter ses ressources énergétiques. À l’allure où vont les choses, certains craignent que le continent passe de la néo-colonisation occidentale à la néo-colonisation chinoise.

Avec cinq milliards déboursés en 2006, puis 10 milliards promis par le premier ministre chinois pour les trois prochaines années (le sommet Chine-Afrique étant organisé tous les trois ans), la Chine devient, pour les Occidentaux, un grand concurrent sur le continent. Tout en prêtant massivement au continent et en y construisant des projets, la Chine montre aux anciens colonisateurs que l’Afrique n’est plus une chasse gardée d’il y a quelques décennies : après la Françafrique, on parle de Chinafrique.

N’ayant pas permis à leurs ex-colonies d’accéder au développement malgré l’exploitation à outrance de leurs matières premières tels l’uranium au Niger et le pétrole dans les pays du golfe de Guinée, les Occidentaux se voient fustigés par l’arrogance des Chinois qui leur reprochent de continuer à considérer les pays africains comme leurs anciennes colonies. Les chinois auront-ils une éthique supérieure ?

On peut en douter. Dans l’Empire du milieu les droits des populations « indigènes » sont souvent sacrifiés sur l’autel de l’obsession du développement économique. Des paysans sont encore chassés de leurs terres sur lesquelles poussent des usines. Comme en Chine, des paysans africains sont aussi dépossédés de leurs terres sur lesquelles les « étrangers » implantent usines et cultures de rente en « complicité » avec les pouvoirs en place.

Le gagnant-gagnant chinois s’oppose sans doute aux relations bilatérales entre les pays occidentaux et ceux de l’Afrique au niveau économique. Mais « gagnant-gagnant » entre qui ? Mis à part certaines infrastructures publiques, essentiellement entre intérêts chinois et dirigeants africains : d’où la corruption des gouvernants et cadres locaux souvent décriée dans certains pays riches en ressources énergétiques comme la République démocratique du Congo.

Si en Occident le développement économique est allé de pair avec celui de la démocratie pluraliste, ce n’est pas le cas en Chine où le parti unique dirige l’État qui devient paradoxalement « capitaliste en terre communiste ». Avec les nouvelles relations entre la Chine et l’Afrique, il faut craindre que la démocratie pluraliste, encore balbutiante sur le continent, ne soit peut-être étouffée par le modèle chinois : le développement d’une économie capitaliste mais non-libérale qui se fonde sur la dictature du parti unique.

Les sommets Chine-Afrique se développent et les Africains croient que leur développement économique pourrait passer par le gagnant-gagnant que leur propose la Chine. Mais les « cadeaux » chinois ne sont pas gratuits. Le développement de l’Afrique ne viendra pas d’un miracle de l’extérieur, mais d’un changement de l’intérieur pour que les africains prennent eux-mêmes leurs sort en charge. Cela signifie un changement institutionnel pour libérer le potentiel des africains.

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