« 14 » de Jean Echenoz

Alors qu’il ne survit aucun poilu en France, « 14 » nous rappelle avec une écriture belle sans être naïve, bientôt cent ans après, ce qu’a été l’enfer de ces années-là

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
jeanechenoz14

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

« 14 » de Jean Echenoz

Publié le 11 novembre 2012
- A +

Alors qu’il ne survit aucun poilu en France, « 14 » nous rappelle avec une écriture belle sans être naïve, bientôt cent ans après, ce qu’a été l’enfer de ces années-là

Par Xavier Vic.

Des cartes, des carnets, des lectures, l’effort d’Echenoz pour se documenter se retrouve dans cette description à la fois géographique et intimiste (meubles et costumes, uniformes et munitions, professions et distractions) de la France de 1914.

C’est beau cette scène qui ouvre le livre, sur cette Vendée au mois d’août, cette France simple et provinciale : cette ballade en bicyclette, ce personnage sorti d’un roman de Simenon fleurent bon le doux pays.

Et comme dans beaucoup de bons romans, on sent dès la première page qu’on va se délecter, avec ce je ne sais quoi d’intrigue et « d’atmosphère ». Ou comme dans un bon film, tant la narration emprunte au cinéma : on voit le tocsin se mettre en branle avant même de l’entendre, dans ce tableau trop bucolique pour ne pas cacher quelque sourde menace ; plus tard on visualise cet insecte, objet d’un travelling optique aérien.

L’Histoire est connue, au moins dans ses grandes lignes ; ce qu’ont pu vivre ces bouchers, comptables ou bourreliers, convoqués un samedi comme un autre, à ce grand rendez-vous qui devait être la « der des der », l’est moins par définition. Anthime avec sa casquette et son Quatre-vingt treize fixé au porte-bagage, nous est tout de suite familier. Impuissant, lui et les autres se retrouveront bientôt coincés : « les ennemis devant vous, les rats et les poux avec vous et, derrière vous les gendarmes ». Certains n’en réchapperont pas et, innocents ou pas, tomberont sous les balles françaises, sous des yeux amis, dans une scène qui n’est pas sans rappeler les « fusillés pour l’exemple » dans les Sentiers de la gloire de Kubrick.

Mais Echenoz ne cède pas à la tentation de la boucherie pour la boucherie, tout cela « ayant été décrit mille fois » ; et sans occulter la vermine et les rats, nous propose des scènes de pure poésie : le bruit des petites cuillères et l’odeur de la chicorée, dans un air d’enfance et de grandes vacances, ou encore ces oiseaux qui s’accordent avant de chanter à la fin du jour.

Le style alterne, entre flamboyance (Jünger n’est pas très loin) : « le perpétuel tonnerre polyphonique sous le grand froid confirmé », et ironie candide : « des escouades de pigeons globe-trotteurs promus au rang de messagers ».

Alors qu’il ne survit aucun poilu en France, 14 nous rappelle avec une écriture belle sans être naïve, bientôt cent ans après, ce qu’a été l’enfer de ces années-là ; et ce que, génération ultérieure, nous devons à celle-là.

Ce livre se déguste comme une pâtisserie au coin d’une rue, si savoureux qu’on en reste presque sur sa faim : Blanche est peu dévoilée.

Mais le rappel n’existe pas en littérature…

– Jean Echenoz, 14, Les Éditions de Minuit, 123 pages, octobre 2012.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don
1
Sauvegarder cet article

Imaginez. Victime d’un accident de bus, vous vous réveillez dans un monde où l’idéologie woke, c’est-à-dire progressiste et socialiste, a totalement triomphé.

C’est ce qui arrive à Michelangelo, le héros du premier roman de Michel Kelly-Gagnon, Base Type Null. Pour les amis de la liberté et les défenseurs des droits individuels, le nom de Michel Kelly-Gagnon n’est pas inconnu : avocat de formation, ancien chef du Conseil du Patronat du Québec, il est le dynamique président de l’Institut économique de Montréal, le plus important think t... Poursuivre la lecture

0
Sauvegarder cet article

Par Daniel Tourre.

[caption id="attachment_104198" align="aligncenter" width="614"] Extrait de Pulp Libéralisme, la tradition libérale pour les débutants, Éditions Tulys.[/caption]

Le 11 novembre 1918 marque l’armistice de la Première Guerre mondiale mais malheureusement pas la fin du suicide européen par le nationalisme guerrier ou le socialisme.

Car par-delà ses massacres de masse et ses destructions, cette Première Guerre mondiale marque la fin de l’âge d’or européen, un âge d’or largement libéral.

Dans son auto... Poursuivre la lecture

0
Sauvegarder cet article

J'ai découvert ce jeune homme fascinant et extraordinaire qu'est Mahmud Nasimi en le voyant dans l'émission La Grande Librairie de François Busnel, lui-même fasciné à juste titre (de même que les autres invités sur le plateau) par l'itinéraire et la personnalité hors normes de cet auteur. Aussitôt j'ai eu envie d'acheter son livre.

Un homme qui ne parlait pas un mot de français en 2017

Il faut bien imaginer (et on a peine à le croire en le lisant et en l'entendant) qu'après avoir été contraint de fuir son pays du jour au lendemain en 2... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles