La Chine est-elle en train de changer de cap ?

Les analyses de l’économiste Zhang Weiying, connu pour ses prises de position anti-keynésiennes et sa défense de l’école autrichienne d’économie, sont désormais très recherchées par les réformateurs au pouvoir.

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La Chine est-elle en train de changer de cap ?

Publié le 8 novembre 2012
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Les analyses de l’économiste Zhang Weiying, connu pour ses prises de position anti-keynésiennes et sa défense de l’école autrichienne d’économie, sont désormais très recherchées par les réformateurs au pouvoir.

Par Damien Theillier.

En septembre dernier, lors du Forum Économique Mondial à Tianjin, le premier ministre chinois Wen Jiabao essayait de réfuter publiquement l’accusation selon laquelle le pays « a payé un prix excessif » pour sa croissance et il justifiait les plans de relance comme « une réponse scientifique » à la crise (voir également ici). Ce qui est très surprenant, c’est qu’il semblait sur la défensive, comme si le pays ne croyait plus à ces vieilles recettes keynésiennes et faisait davantage confiance au libre marché pour l’avenir. Wen Jiabao apparaît de plus en plus comme un homme du passé, discrédité non seulement par l’échec de sa politique mais aussi par les révélations sur l’origine douteuse de sa fortune personnelle estimée à plusieurs milliards d’euros. La Chine est-elle en train de changer de cap ?

Récemment, le Wall Street Journal (12 octobre 2012) a donné une interview de l’économiste chinois Weiying Zhang. Elle donne une image très intéressante de la façon dont la Chine pourrait effectivement évoluer vers la privatisation et le retrait de l’État. Weiying Zhang, né en 1959, est docteur en économie de l’université d’Oxford. Il a cofondé le Centre chinois de recherche économique (CCER) à l’Université de Pékin en 1994, avant de prendre la direction de Guanghua School of Management à cette même université en 1997. Ce poste lui a été retiré par le pouvoir politique en raison de ses opinions « radicales ». Le professeur Weiying Zhang est en effet connu pour ses prises de position anti-keynésiennes et sa défense de l’école autrichienne d’économie. Mais aujourd’hui, avec le ralentissement des taux de croissance de la Chine, les analyses de Zhang sont désormais très recherchées par les réformateurs au pouvoir.

En effet, lorsque la crise financière mondiale a frappé, dit Zhang, les dirigeants chinois ont répondu avec un plan de relance massif. Mais la politique keynésienne n’a pas donné ce qu’elle avait promis. Maintenant que la croissance chinoise connait un fort ralentissement, les industries favorisées par les bureaucrates, comme l’acier et l’énergie solaire, sont confrontées à des surproductions massives. Zhang estime qu’une telle situation illustre parfaitement la notion de « malinvestissement », employée par Hayek dans sa théorie des cycles économiques. L’économiste chinois poursuit en affirmant que les gens se rendent de plus en plus compte que lorsque le gouvernement investit dans un secteur, la récession arrive tôt ou tard.

Actuellement le gouvernement chinois pourrait réagir au ralentissement économique par un autre programme de relance. Mais Zhang pense que cela n’arrivera pas, car depuis l’ouverture au monde il y a 30 ans, les économistes chinois ont changé leur manière de penser. « Nous avons beaucoup plus de confiance dans les marchés aujourd’hui », dit-il.

Contrairement à la plupart économistes chinois, qui sont des technocrates, Zhang considère que l’économie est inséparable de la morale. Il aime à citer Aristote et Thomas d’Aquin sur le droit naturel. Les gens ont des droits, en particulier le droit de propriété. Après des décennies d’économie planifiée, Zhang explique que des mesures doivent être adoptées pour stimuler le secteur privé et favoriser une économie plus favorable aux entrepreneurs.

Je pense que ce n’est pas très difficile. Vous devez d’abord créer un environnement plus sûr pour les entreprises privées. Vous devez avoir un bon système juridique pour protéger la propriété physique et intellectuelle. Cela encouragera les gens à innover et à investir dans le long terme. Trop d’entrepreneurs cherchent des rendements à court terme à l’heure actuelle, plutôt que de voir à 10 ou 20 ans.

Il plaide également pour des privatisations massives. « Nous pouvons apprendre du programme de privatisation de Mme Thatcher à réduire progressivement le rôle de l’État. Si le contrôle de l’État sur l’économie était ramené de ce qu’il est actuellement (entre 70 et 80%) à la moitié, il tiendrait encore un rôle très important, mais ce serait un signal fort quant à la direction que prend le pays », dit-il. « L’école autrichienne prévoit que les êtres humains sont très ignorants et savent peu de choses. Par conséquent, les décisions concernant l’économie ne peuvent pas être prises de façon centralisée. Les décisions doivent être décentralisées et réalisées par des particuliers », ajoute-t-il.

Aujourd’hui les responsables chinois ne considèrent plus M. Zhang comme un paria. Les fonctionnaires du ministère de l’Agriculture lui disent qu’ils aiment la lecture de ses articles. D’autres ministères et collectivités locales, l’invitent à parler. Récemment, il a écrit un article faisant l’éloge de l’économiste austro-américain Murray Rothbard, et le secrétaire du parti communiste de Shanghai, un apparatchik très haut placé, lui a confié qu’il avait aimé l’article ! Décidément, tout semble possible au sein de l’empire du milieu…

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Sur le web. Publié initialement par 24hGold.

Lire aussi : Zhang Weiying, un économiste autrichien en Chine

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  • « Vous devez d’abord créer un environnement plus sûr pour les entreprises privées.  »

    Je n’y crois pas une seule seconde tant que le parti communiste reste au pouvoir. C’est une horde de malfaisants qui s’en met plein les poches et emprisonnera toujours ceux qui menacent plus ou moins leur pouvoir, tant local que national.

    Tant que le PCUS est au pouvoir, le seul moyen pour monter une entreprise en CHine restera d’avoir un pote policier, un pote au PCUS, et si possible de naitre fils d’apparatchik.

    L’insécurité juridique est consubstantielle au communisme.

    • Ouuppsss;, pardon : au PCC… J’ai 30 ans de retard.

    • Les Chinois sont des gens très pragmatiques. Vous connaissez sans doute la citation de Wen Jiabao: « peu importe la couleur du chat, pourvu qu’il attrape la souris ».
      Avant-hier, le chat était communiste, hier keynésien, pourquoi pas libéral demain ?
      Je suis néanmoins d’accord pour dire que la décentralisation du pouvoir Chinois ne sera pas une chose facile.

  • Quelqu’un qui porte les idées de l’école autrichienne c’est toujours bon à prendre !

    Espérons que cela porte plus qu’en occident …

  • Malheureusement, le dossier de Business Insider sur la transition du pouvoir fait apparaitre qu’il est plus probable qu’on ait « more of the same ».
    Xi Jinping est un « Petit Prince » du parti, qui était tombé dans la soupe et la corruption quand il était petit, et le futur premier ministre Li Keqiang un populiste plus concerné par la « stabilité » qu’autre chose.

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