Qui est Paul Ryan ?

Si l’Amérique quitte la route de la servitude, alors Paul Ryan y aura joué un grand rôle.

Si l’Amérique quitte la route de la servitude, alors Paul Ryan y aura joué un grand rôle.

Par John Stossel, depuis les États-Unis.

Article en contrepoint de Paul Ryan est un étatiste de droite.

Je voudrais apprécier Paul Ryan.

Avant qu’il ne soit connu à travers le pays, le député Ryan m’a rendu visite à ABC, et nous sommes allés déjeuner. Il a été extra. Le genre de politicien trop rare, qui était préoccupé par la crise de la dette à venir et par l’injustice des droits-créances. Il a même parlé de La route de la servitude de F.A. Hayek ! Si seulement plus de politiciens pensaient de cette manière…

Mais quand la bulle immobilière a éclaté, Ryan a voté en faveur du TARP [NdT : connu aussi sous l’appellation « plan Paulson », cette loi devait permettre au gouvernement fédéral américain de racheter aux institutions financières pas moins de 700 milliards d’actifs douteux]. Puis en faveur du sauvetage des constructeurs automobiles. Qui est donc ce type ? Je pensais qu’il croyait dans les marchés !

Quand j’ai eu ma propre émission sur la Fox, je le lui ai demandé.

J’ai voté le TARP parce que je croyais que nous allions tomber dans une spirale déflationniste, que l’économie allait s’écrouler. […] Le but du vote pour cette loi sur le secteur automobile était d’empêcher ces constructeurs de bénéficier de l’argent du TARP. […] À présent, le TARP est devenu une sorte de caisse noire alimentée par l’État. Ça n’a jamais été l’objectif. […]

Mais dans votre monde idéal, l’État aurait-il dû sauver les constructeurs automobiles ?

Non.

Fichtre.

J’aurais aimé qu’il ait voté contre ces lois, mais la classe politique était en pleine panique, et Ryan est un politicien. C’est pour ça que je n’apprécie pas les politiciens.

Bon, au moins Ryan s’exprime contre les plans de sauvetage aujourd’hui.

Nous sommes en train d’atteindre un point de basculement dans ce pays, où la majorité des Américains obtiennent du gouvernement fédéral des prestations, voire tout leur argent.

Pourquoi est-ce que ça nous engage dans la direction de la servitude ?

Parce que de plus en plus, dans notre société, le but de l’État n’est plus d’égaliser les chances mais d’égaliser les résultats de nos vies. […] Plus nous demandons à l’État de faire des choses en notre faveur, plus l’État peut nous prendre. […] L’État a un si grand rôle dans nos vies que nous avons moins de liberté pour nous diriger nous-mêmes.

J’aime entendre un politicien dire ça.

J’ai répondu à Ryan que je craignais que la plupart des Américains ne comprennent pas l’économie, et préfèrent dans les faits un État qui « prenne soin » de nous.

Non. Je pense que les gens embrassent l’idée américaine, [que] nos droits ne proviennent pas de l’État. […] Et donc, nous ne voulons pas un État qui nous donne des droits qu’il pourrait lui-même redistribuer, réglementer et rationner.

J’espère qu’il a raison.

En 2008, Ryan a proposé un « plan de route pour l’avenir », un plan budgétaire qui ralentirait la croissance de l’État. Un plan timide. Il n’aurait pas éliminé le ministère de l’Éducation, ni d’autres organismes publics inutiles, et ne parviendrait pas à l’équilibre budgétaire avant des décennies.

Et pourtant même des Républicains ont dit que ce plan était trop radical. Newt Gingrich l’a même qualifié « d’ingénierie sociale droitiste ».

L’an dernier, j’ai à nouveau invité Ryan dans mon émission pour en parler. Mais alors, « l’aiguille s’était décalée ». Le plan de route de Ryan avait aidé à changer le débat. De nombreux Républicains se sont réveillés. Newt s’est excusé de son commentaire. Le Republican Study Commitee a même proposé des réductions budgétaires plus audacieuses.

Ryan dit :

Aujourd’hui,  je qualifierais [mon plan] de tiède. J’essayais de réunir un consensus. Nous avons déplacé le centre de gravité. Nous avons pris à bras le corps ce qu’ils appellent le troisième rail, ces programmes de droits-créances qui sont les grands facteurs de notre dette. Nous avons montré au pays qu’il y avait une autre voie et que nous pouvons en revenir à un État limité, à la liberté économique. Et je suis plutôt heureux qu’on en soit arrivés là, et de comment nous avons fait avancer le débat.

Il a des raisons d’être heureux. Depuis 50 ans, l’aiguille n’avait pas bougé d’un iota. Les Américains acceptaient l’État-Providence. Maintenant, plus nombreux sont ceux qui comprennent.

Nous avons encore une possibilité dans ce pays. […] Il n’est pas trop tard pour faire renaître l’idée américaine, et l’appliquer à nouveau. Mais il viendra un temps où ce moment sera dépassé.

Des pays peuvent quitter la route de la servitude. Le Canada l’a fait, et a prospéré grâce à ça. Ce ne sera pas facile pour l’Amérique, mais si nous le faisons, Paul Ryan y aura joué un grand rôle.

Ce que j’ai appris dans le sud du Wisconsin [dont il est député, NdT], c’est que les gens sont prêts à ce qu’on leur parle comme des adultes, pas comme à des enfants. Et ils savent bien que nous sommes dans une crise de la dette.

Espérons qu’il ait raison.

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Paru sur Reason.com le 22.08.2012 sous le titre Who Is Paul Ryan ?
Traduction : Benjamin Guyot pour Contrepoints.

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