Le système monétaire, jeu de chaises musicales global

Comment le système monétaire international fonctionne-t-il ? Dans le contexte de crise des dettes actuel, quelles options politiques restent-ils et quel rôle l’or peut-il jouer ?

Comment le système monétaire international fonctionne-t-il ? Dans le contexte de crise des dettes actuel, quelles options politiques restent-ils et quel rôle l’or peut-il jouer ?

Par Fabrice Drouin Ristori.

Tout investisseur doit comprendre comment fonctionne notre système monétaire actuel afin de rester confiant lors des phases de consolidation qui apparaissent dans tout marché haussier. C’est le cas pour l’or depuis plus de 11 mois, et ce, en dépit du fait que tous les fondamentaux auraient dû pousser le cours vers de plus haut sommets historiques.

Si j’ai déjà expliqué que sans prise en compte de la manipulation du cours de l’or, un investisseur ne supportera pas la volatilité du cours (surtout pour l’argent) ou les phases de consolidation, la compréhension de notre système monétaire reste l’élément fondamental expliquant la progression régulière de l’or depuis 11 ans.

Comment fonctionne le système monétaire international

Depuis 1971, date à laquelle le président Nixon a coupé toute convertibilité du dollar en or, le système monétaire est basé sur la confiance qu’on lui accorde, c’est un système de monnaie fiduciaire dans lequel les monnaies sont créées à partir de rien. Les banques centrales créent ce qu’on appelle la monnaie de base (base money) et les banques commerciales créent à leur tour via les crédits accordés la totalité du reste des monnaies en circulation (via un coefficient multiplicateur situé en théorie aux alentours de 10). La monnaie créée par les banques centrales est de l’ordre de 10% de la totalité des monnaies en circulation. Les banques commerciales « créent » elles, les 90% restants et prêtent avec intérêts.

La totalité de l’argent en circulation est donc inférieure à la somme totale due aux banques (capital + intérêts). On peut donc comparer notre système monétaire à un immense jeu de chaises musicales qui oblige les banques à accorder sans cesse des crédits afin de permettre aux différents agents économiques de rembourser les intérêts. Les agents économiques étant eux, tous en concurrence pour obtenir suffisamment de monnaie pour rembourser leurs crédits. Autrement dit un système basé sur l’exponentialité qui oblige à toujours plus de croissance dans un monde qui a lui des ressources limitées.

Quand la musique s’arrête (baisse du nombre de crédits accordés), les faillites d’entreprises puis de banques sont automatiques puisque mathématiquement il n’y a pas assez d’argent dans le système pour permettre le remboursement de la totalité des dettes. Malheureusement peu de gens comprennent notre système monétaire actuel et sa nature inflationniste, il est vrai qu’il est difficile de s’imaginer que notre système monétaire repose depuis 1971 sur… la confiance.

Or, toutes les expériences de monnaies fiduciaires se sont soldées par leur dévaluation progressive et leur disparition à une échelle moyenne de 50 ans. Notre expérience actuelle date donc de 41 ans si l’on se base sur la rupture de la convertibilité des monnaies en or à partir de 1971.

La convertibilité des monnaies en actif tangible (l’or) était la seule chose empêchant la dévaluation par les banques et gouvernements car l’or ne peut tout simplement pas être imprimé. Il impose de fait une discipline qui n’a jamais plu aux gouvernements et aux banquiers. L’or empêche une fuite en avant permanente où toujours plus de dettes financent les obligations et engagements des États.

La situation économique actuelle 

Le problème avec la crise actuelle, c’est que nous sommes arrivés à un pic de la dette. Les agents économiques privés sont arrivés à un niveau de saturation de dette, donc la création monétaire ne peut plus être assurée par le secteur privé. La création monétaire diminue entrainant la raréfaction de monnaie, donc les faillites d’entreprises ne pouvant plus rembourser leurs dettes, la faillite des banques qui dépendent de la capacité des agents économiques à payer les intérêts et  finalement la crise globale que nous vivons depuis 2008. La seule façon de réamorcer la création monétaire est le recours à l’impression monétaire par les banques centrales via la monnaie de base. Impression qui ne fait qu’augmenter dans les faits la dette gouvernementale.

Aujourd’hui il existe deux options : continuer dans une logique de création monétaire ou appliquer un politique d’austérité conduisant elle à un effondrement de type crise des années 30. Dans les deux cas les solutions ne sont pas durables et conduiront à une forme d’effondrement : l’hyperinflation (dévaluation monétaire) ou l’effondrement déflationniste de type années 30. Le choix entre l’une de ces deux options sera déterminé par les politiques. Or qui vote ?

Le choix entre inflation ou austérité sera politique

Ceux qui votent sont majoritairement les agents économiques privés qui ont besoin de l’accès au crédit pour rembourser les intérêts de leur dette. Ce sont les masses qui peuvent se révolter. Ce sont aussi les grandes entreprises qui ont majoritairement recours au crédit pour se financer. Cette double pression sur les politiques a toutes les chances de conduire au choix de l’inflation et de la « relance », d’autant que la déflation augmente le poids de la dette, ce qui n’est pas du tout dans l’intérêt des gouvernements.

Ben Bernanke, le président de la banque centrale Américaine (la FED), a été un étudiant de la crise des années 30. Elle a eu lieu selon lui, suite à une chute de la création monétaire et il a affirmé très clairement qu’il ne laisserait pas une crise déflationniste comme celle des années 30 se reproduire. Le choix sera donc celui de l’impression monétaire et de l’inflation, il permettra d’éviter un effondrement déflationniste et trop de mouvements sociaux mais se traduira par une destruction du pouvoir d’achat des monnaies et des risques de crise hyper-inflationniste.

L’hyperinflation détruira le pouvoir d’achat des monnaies mais tous les actifs tangibles n’en bénéficieront pas. Tous les actifs ayant déjà bénéficiés de plus de 40 ans de bulle du crédit (immobilier, actions, bons) ne performeront pas aussi bien que les métaux précieux en terme réel. Ils augmenteront en terme nominal comme dans toute crise hyper-inflationniste mais s’effondreront en terme réel, c’est à dire comparé à l’or.

L’or

Les banques et les gouvernements n’aiment pas l’or en raison de la discipline qu’il impose. Dans le contexte actuel et au vu des choix politiques à venir, la fuite en avant vers l’impression monétaire continuera. Seule une augmentation des taux d’intérêts pourrait permettre de redonner confiance dans la capacité des monnaies à garder leur pouvoir d’achat mais aucun gouvernement ne peut se permettre une augmentation des taux d’intérêts aujourd’hui.

Les annonces des banquiers centraux nous font parfois douter du recours à la « planche à billet » mais ils n’ont pas le choix, la poursuite de la dévaluation des monnaies est garantie et l’or continuera sa progression.

La consolidation des cours depuis 11 mois doit s’analyser comme un mouvement relativement court dans un marché haussier de long terme, qui s’explique principalement par la manipulation des cours (il suffit de surveiller le comportement du cours de l’or à 16h heure de Paris pour assister à des chutes qui n’ont aucune explication logique dans un marché « libre »).

On comprend logiquement pourquoi nos « élites » ont un intérêt à manipuler les cours au vu du fonctionnement de notre système monétaire. La manipulation limite la progression d’un des rares indicateurs qui révèle la destruction du pouvoir d’achat des monnaies.

Lorsque la crise hyper-inflationiste se manifestera, il n’y aura pas assez de chaises (or physique) pour tout le monde.

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