Mythes et réalités du président normal ou quand le roi s’habillait en berger

mythologies

Quinze jours de Brégançon plus tard, « la rentrée c’est maintenant » a estimé notre président normal, dans le droit courant de sa normalité.

Quinze jours de Brégançon plus tard, « la rentrée c’est maintenant » a estimé notre président normal, dans le droit courant de sa normalité. Mais nous aurons pu goûter pendant quinze jours entiers aux joies des terrasses en shorts et chemisettes pour Monsieur, robes à fleurs pour Madame et maillots mouillés pour tous.

Mais quelle superbe mythification, chère à Roland Barthes [1], que cette image du politique en vacances !

Bien sûr, il  nous apparaît touchant et presque flatteur de participer à la confidence d’une humanité quand le président va à la Fnac ou quand sa compagne porte des Adidas à lacets rose mais toujours est-il que le solde de l’opération permet au politique de devenir encore un peu plus une vedette tout en restant terriblement terrien. Autrefois, les rois s’habillaient en berger, aujourd’hui il suffit de s’habiller pendant quinze jours chez Décathlon !

Pourquoi est- ce un mythe me demanderez-vous ? Parce que il faut bien comprendre qu’au-delà du partage de la confidence, on nous explique ainsi que notre président a le sens des valeurs communes, qu’il est de « bon sens ». Il a des racines au cœur de la nation puisqu’il vit comme nous, le peuple, dont il partage les loisirs. Normal doit donc aussi être défini par ce qu’il exclut car après tout, sont-ils bien normaux tous ces entrepreneurs, ces intellectuels, ces financiers qui eux ne sont pas en Décathlon pendant 15 jours ? Car eux, ce sont des esthètes, ils fréquentent non pas le bistrot de province ou les cantines de CE mais des bars chics de la rive gauche ou des lounges privés et boivent des champagnes dispendieux alors que notre président normal est sainement attablé devant un Perrier sur des chaises de bistro en formica.

J’aimerais à ce stade, rebondir sur un excellent papier lu dans Les Échos du 18 août  dernier de François de la Chevalerie, qui titrait :

L’entrepreneur, bouc émissaire du patriotisme du gouvernement

Supposés patriotes sont ceux qui adhèrent à l’idée de justice formulée par le pouvoir, supposés patriotes sont ceux qui maintiennent leurs activités en France, supposés patriotes sont ceux qui créent de l’emploi plutôt que de se nantir ». [2]

Autre mythification courante visiblement bien exploitée par nos élites socialistes que l’auteur de l’article des Échos dénonce également : l’entrepreneur serait une feignasse doublée évidemment d’un profiteur. Pour parfaire l’œuvre, nos récentes élites prennent soin visiblement désormais d’y adjoindre une sorte de crime antipatriotique.

N’en jetez plus, ils se rendent.

Je vois d’ici les wagons entiers de déportations d’entrepreneurs, intellectuels, hommes d’affaires en tous genres vers de vrais camps de travail ; car il s’agirait quand même une bonne fois pour toutes de mettre ces gens-là « au boulot », comprendre évidemment « un travail concret ». À ce titre, je rappelle qu’il ne saurait exister de travail plus quantifié et donc bénéfique que de creuser des trous ou d’entasser des pierres. Cette quantification du travail entraîne naturellement une promotion de la force physique, celle des muscles de la poitrine, des bras. Inversement la tête est un lieu suspect dans la mesure où ses produits sont qualitatifs et non quantitatifs. On retrouve ici l’ordinaire discrédit populaire jeté sur le cerveau (ie : le poisson pourrit par la tête, dicton populaire). Un homme qui  travaille du chapeau ne saurait avoir un corps alors que justement notre homme « normal » lui, et il nous l’a prouvé, en a un. Il nous a même prouvé qu’il savait braver les intempéries, c’est dire s’il est « increvable ». Ainsi l’homme normal doté d’un corps ne saurait être autre chose que franc, honnête, concret, enraciné comprenez-vous ? Pas comme tous ces horribles intellectuels sans corps qui ne savent pas, eux, ce qu’est un « vrai travail ».

Autre chemin emprunté par la présidence et noté au passage également dans l’excellent article des Échos et dans plusieurs articles du site de l’Institut des Libertés comme ici  précédemment : la notion de morale moderne. Car il faut aussi tout de même comprendre que le  socialiste nouveau occupe aussi un poste éminent grâce à la somme de ses connaissances en matière de morale. Le politicien français est ainsi pourvu d’un don caractéristique, c’est l’alliance d’une expérience fort longue, impliquant un âge respectable et d’une jeunesse de cœur éternelle, qui définit ici le droit à la morale. Le socialiste français rejoint ainsi un autre type prestigieux qui est celui du politique bourru doué d’une saine franchise (largement exploité à tort pendant la campagne par Monsieur Mélenchon) et dont la science est toujours sublimée par l’extrême onction de la morale petite bourgeoise populaire, j’ai nommé le bon sens. On retrouve ainsi dans ce vade mecum du bon sens petit bourgeois socialiste, les fameux « si y’en a qu’ont plus, c’est qu’ils m’ont pris à moi » et son corollaire « Yaka faire payer les riches puisqu’ils sont plus riches ». Évidemment.

Le bon sens, notion molle dont raffole le politique sans conviction et sans idée est cependant la dernière chose que nous pourrions souhaiter aux décideurs politiques des années économiques qui s’annoncent aux alentours de la zone euro car il va falloir prendre, une fois n’est pas coutume, de vraies décisions. Le genre de décisions politiques de la grande époque de Madame Thatcher où quand on disait « on ferme les mines », on fermait les mines. Comme aimait à le rappeler Oscar Wilde, anglais d’un autre style : « De nos jours, les gens meurent d’une espèce de bon sens rampant or il n’y a que les erreurs qu’on ne regrette jamais ».

Il me reste donc à souhaiter, de bon cœur, à nos camarades socialistes en cette nouvelle année scolaire, beaucoup d’erreurs et puissent-elles au moins leur apprendre l’art de la décision, art maitrisé par tous les entrepreneurs ou devrions-nous plutôt déjà nous résoudre à laisser Monsieur Hollande découvrir que « le bon sens m’a tuer » ?

J’hésite.

—-
Édito publié en collaboration avec l’Institut des libertés.

Notes :