Chine : à l’aube d’un ralentissement économique ?

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La Chine a connu au deuxième trimestre 2012 son rythme de croissance le plus faible des trois dernières années. La question est de savoir si ce ralentissement n’est qu’un accès de faiblesse temporaire ou s’il s’agit du début d’une période de ralentissement de la croissance chinoise pouvant durer plusieurs années.

La Chine a connu au deuxième trimestre 2012 son rythme de croissance le plus faible des trois dernières années. La question est de savoir si ce ralentissement n’est qu’un accès de faiblesse temporaire ou s’il s’agit du début d’une période de ralentissement de la croissance chinoise pouvant durer plusieurs années.

Par Loïc Abadie.

La Chine a confirmé comme attendu son ralentissement, avec une croissance au 2ème trimestre de 7,6% sur un an, soit le rythme le plus faible des trois dernières années.

L’indice d’activité manufacturière est à présent installé sous la barre des 50, avec une forte baisse des nouveaux ordres à l’export enregistrée en juin :

Dans le même temps, la production électrique (courbe bleue, échelle de gauche sur ce graphique de sprachanalyst) enregistre un taux de croissance nul sur un an, ce qui laisse penser que la croissance ne devrait pas se redresser dans les mois à venir :

La question est maintenant de savoir si ce ralentissement n’est qu’un accès de faiblesse temporaire, comme celui du second semestre 2008,  ou s’il représente le début d’une période de ralentissement de la croissance chinoise pouvant durer plusieurs années.

Pour ma part, je pense que ce ralentissement risque d’être plus long qu’attendu.

La croissance chinoise, en particulier ces dernières années, reposait presque exclusivement sur la formation de capital fixe, donc l’investissement. La formation brute de capital fixe représentait en 2011 plus de 45% du PIB chinois (source du graphique : tradingeconomics), avec des taux de croissance annualisés à des niveaux insoutenables sur le long terme : 25% en 2011 et 20% en 2012.

Cette croissance du secteur de l’investissement a été artificiellement soutenue par le gouvernement chinois, par le biais de la commande publique (projets des collectivités locales notamment), et par une politique de taux artificiellement bas, qui provoque un transfert de fonds des ménages épargnants vers l’investissement, comme l’explique Michael Pettis.

Ce modèle, qui a fonctionné jusqu’ici, se heurte à présent à trois grandes limites :

– Les économies occidentales, confrontées à un contexte de récession, ne parviennent plus à absorber la production issue des investissements chinois.

– La croissance de l’investissement en Chine est financée à crédit, avec une dette qui croît à un rythme bien supérieur à celui du PIB réel du pays.

– Les nouveaux projets financés à crédit deviennent de moins en moins rentables.

Dee Woo explique ainsi dans un article de Business Insider que la rentabilité des nouveaux investissements à crédit a été divisée par deux depuis la crise de 2008 :

Et que le rebond de croissance qui a débuté en 2009 n’est que le résultat d’une explosion de la masse de crédits, largement favorisée par les choix politiques de la Chine. Cette explosion du crédit génère son lot habituel de bulles, et à en juger par la consommation de ciment par habitant, celle qui se développe sur le secteur de la construction en Chine est en train de dépasser la bulle espagnole :

La conclusion qui s’impose pour moi, au vu de ces éléments, est que le modèle de croissance mis en œuvre en Chine depuis 2009 n’est pas soutenable sur le long terme, et que la Chine ne pourra pas éviter une période de ralentissement, pouvant durer plusieurs années, pour corriger les excès de croissance du crédit et de l’investissement qui affectent ce pays.

Les conséquences pour nous sont déflationnistes à moyen terme, et le graphique de l’indice CRB des matières premières nous montre le retournement qui s’amorce. La cassure d’un support majeur à 290 points, même si elle a été suivie par un rebond au niveau de ce support devenu résistance, indique en effet un potentiel de baisse important, vers les plus bas de 2009.

 

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Publié initialement sur ObjectifEco.