Crise syrienne : l’Irak entre le marteau et l’enclume

La tourmente et le bain de sang toujours plus violents en Syrie rendent désormais impossible la dissimulation de la profondeur du désaccord entre les gouvernements américain et irakien.

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Nouri al-Maliki

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Crise syrienne : l’Irak entre le marteau et l’enclume

Publié le 28 juin 2012
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La tourmente et le bain de sang toujours plus violents en Syrie rendent désormais impossible la dissimulation de la profondeur du désaccord entre les gouvernements américain et irakien.

Par Ted Carpenter.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.

La crise syrienne a mis en évidence un problème irakien qui s’amplifie d’année en année. Les réalités géographiques font qu’il est dangereux pour tout régime irakien de se mettre à dos son plus grand pays voisin à l’Est, l’Iran. Au-delà de ce facteur, le gouvernement chiite dirigé par le Premier ministre Nouri al-Maliki a toujours semblé enclin à entretenir des relations amicales avec ses coreligionnaires en Iran.

Les dirigeants américains, de leur côté, ont considéré les liens étroits entre Téhéran et Bagdad avec un mélange d’inquiétude et d’irritation pendant des années. L’administration Obama, comme l’administration Bush, a exhorté, et même fait pression sur le gouvernement Maliki afin qu’il soutienne des sanctions économiques sévères contre l’Iran et prenne d’autres mesures pour éloigner les politiques irakiennes de celles de son voisin. Ces efforts se sont distingués par leur échec. Bagdad a toujours repoussé les objections de Washington et refusé de soutenir les objectifs des États-Unis.

La tourmente et le bain de sang toujours plus violents en Syrie rendent désormais impossible la dissimulation de la profondeur du désaccord entre les gouvernements américain et irakien. Washington et ses alliés de l’OTAN, avec l’Arabie Saoudite et les États du Golfe, cherchent clairement à renverser le dirigeant syrien Bachar al-Assad. Bien que la raison affichée justifiant ces mesures rigoureuses à l’égard d’Assad soit la brutalité de son régime à l’encontre de ses adversaires intérieurs, cette considération constitue en réalité un facteur parmi d’autres.

La campagne contre Assad implique deux motifs principaux qui rassemblent les Saoudiens et leurs alliés d’un côté, aux États-Unis et à leurs partenaires de l’OTAN de l’autre. Parce qu’Assad est un allié clé de Téhéran, à la fois les nations occidentales et le bloc de l’Arabie l’ont désigné comme cible à éliminer. Pour les Saoudiens, la Syrie représente un important trophée géopolitique au Moyen-Orient. Évincer Assad affaiblirait la principale puissance chiite, l’Iran, et accroitrait de manière significative l’influence de Riyad en tant que grande puissance sunnite. Pour les États-Unis et l’OTAN, la suppression d’Assad est une première étape cruciale pour contrecarrer les ambitions nucléaires de l’Iran et au-delà de cet objectif, réaliser un changement de régime.

Malgré la rhétorique stridente que les partisans de l’intervention humanitaire utilisent couramment, la lutte intérieure en Syrie est extrêmement obscure. Le gouvernement Assad est assurément corrompu et brutal, mais la soi-disant Armée syrienne libre est une collection de factions, dont plusieurs semblent être dangereuses et antidémocratiques. Il est probable que, s’il n’y avait pas ces liens de M. Assad avec Téhéran, Washington et ses alliés européens ne se soucieraient pas tant de ce qui se passe en Syrie. Ils pourraient bien afficher la froideur même dont ils ont fait montre par le passé à l’égard de luttes bien plus sanglantes dans des endroits comme la République démocratique du Congo.

Mais à cause du facteur Iran, Washington et ses alliés sont déterminés à renverser le gouvernement d’Assad, et ils exercent une pression insoutenable sur Bagdad afin que l’Irak participe à cet effort. En partie à cause de la contre-pression de l’Iran, le gouvernement Maliki a refusé de soutenir la politique anti-Assad. Le ministre des affaires étrangères d’Irak a carrément rejeté les suggestions visant à ce que son pays soutienne un nouveau cycle de sanctions contre Damas.

Peu importe ce que fait le gouvernement Maliki : l’Irak est placé dans une position extrêmement inconfortable. S’il cède aux pressions de l’occident et de l’Arabie, il s’oppose à Téhéran. Cela se traduirait par des dangers en termes de politique internationale et nationale. L’Iran est capable de donner quelques maux de tête à l’Irak, à la fois économiquement et militairement. Et étant donné la taille et la puissance de la population chiite en Irak même, M. Maliki risquerait son avenir politique en prenant cette voie.

Pourtant, il est également dangereux pour l’Irak de défier son riche voisin d’Arabie, en particulier sur la querelle de Riyad avec Téhéran. Les Saoudiens ont déjà fourni des armes et de l’argent aux factions sunnites arabes en Irak, des groupes qui ont résisté à l’autorité du gouvernement Maliki, souvent avec violence. Riyad pourrait agir davantage dans ce sens.

Il est peut-être encore plus risqué pour l’Irak de continuer à défier Washington. Les dirigeants américains voient traditionnellement les gouvernements « non coopératifs » comme des ennemis des États-Unis et des candidats à la perte du pouvoir. Le régime de Maliki est déjà près d’avoir ce statut. Contrecarrer l’objectif des États-Unis consistant à renverser Assad pourrait bien mener les relations entre Washington et Bagdad à leur point le plus critique de l’ère post-Saddam.

Quelle que soit la politique du gouvernement Maliki à l’égard de la crise syrienne et, plus largement, de l’affrontement entre l’Iran et ses nombreux adversaires, l’Irak va se retrouver dans une désagréable position de vulnérabilité.

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Sur le web.

(*) Ted Carpenter est analyste au Cato Institute à Washington DC.

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