Joplin et Tuscaloosa, laissez-faire contre planisme après la tornade

Commerce à Joplin

Deux villes, deux tornades, deux parcours. Ou comment les faits nous montrent, une fois encore, que le planisme n’est pas la solution mais un problème de plus.

Deux villes, deux tornades, deux parcours. Ou comment les faits nous montrent, une fois encore, que le planisme n’est pas la solution mais un problème de plus.

Par le dahu libre.

Commerce à Joplin

Le 27 avril 2011, la ville de Tuscaloosa, dans l’Alabama, était frappée par une tornade dévastatrice : 2000 bâtiments détruits et 51 morts.

Quelques semaines plus tard, le 22 mai, c’était au tour de Joplin, dans le Missouri, d’être balayée par une deuxième tornade faisant 161 morts et détruisant 6000 bâtiments.

Dans les deux villes, on a vu des dizaines de milliers de bénévoles apporter leur aide pour reconstruire. Dans les deux villes, les universités et écoles se sont mobilisées pour aider les victimes à retrouver une vie normale. Dans les deux villes, les dons ont afflué via la Croix Rouge ou des associations spécialement créées pour l’occasion pour que les cicatrices se referment.

Les similitudes s’arrêtent là. Depuis ces deux catastrophes naturelles, un an s’est écoulé.

A Joplin, 429 commerces sur les 545 détruits ont réouvert ou sont en cours de réouverture.

A Tuscaloosa, sur les 116 commerces touchés, 64 ont réouvert où ont été autorisés à réouvrir leurs portes. Sur ces 64, 44 d’entre eux ont quitté la ville pour s’installer non loin, à Northport. Il en reste donc seulement 20 à Tuscaloosa.

La réaction naturelle de la municipalité de Joplin après la catastrophe a été de laisser la responsabilité de la reconstruction aux citoyens. Pas de plan mégalomane, pas de re-zonage, pas de grand projet d’urbanisme. « Les propriétaires décident de ce qui advient de leur propriété », dit Lynn Onstot, la chargée des relations publiques de la ville de Joplin. Un document d’orientation d’une vingtaine de pages est rédigé, mettant l’accent sur les droits de propriété et reposant sur la participation des premiers concernés, les habitants et entreprises. « Si vous voulez reconstruire vos maisons, nous ferons tout pour que cela puisse arriver » disait alors William Scearce, conseiller municipal. Les règles, permis et autres contraintes administratives ont été revus et partiellement levés afin de ralentir le moins possible les initiatives privées. Le conseil municipal s’est en quelque sorte « retiré des affaires » et dans certains cas, le permis de construire est même arrivé après la fin de la construction !

Tuscaloosa a choisi une autre approche. Après la tornade, les officiels ont lancé un site internet « Tuscaloosa Forward » pour aider la reconstruction et l’établissement de plans pour le futur et ont imposé un moratoire de 90 jours sur tous travaux de reconstruction (!). Les buts affichés ? « Créer courageusement un chef-d’œuvre » de « quartiers en bonne santé, sûrs, accessibles, connectés et durables », ou encore « préserver le caractère du quartier » d’une « disproportion entre locataires et propriétaires ». Le résultat ? Un épais document de 128 pages élaboré principalement par des consultants extérieurs à la ville. Au contraire de Joplin, de nouvelles réglementations ont fleuri ça et là, empêchant des propriétaires de faire ce qu’ils souhaitaient de leurs terrains et entraînant des refus pour un oui ou pour un non de projets de reconstruction. Désormais, en attendant que les derniers débris soient évacués 12 mois après la tempête, bon nombre de plans restent à approuver pendant que le conseil municipal espère … de généreuses subventions du gouvernement américain, sans lesquelles le plan « Tuscaloosa Forward » ne peut être mené à bien.

Joplin est largement reconstruite et revit. A Tuscaloosa, il reste encore des ruines non démolies, des parcelles vacantes et certains commerces attendent toujours que la version finale du plan soit approuvée pour avoir un permis de reconstruction.

Joplin a choisi la voie de l’initiative individuelle, pendant que les dirigeants de Tuscaloosa on cherché à faire de la ville un « monument ».

« L’activité la plus inutile, vide de sens et gaspilleuse de ressources : la construction de monuments publics »
Ayn Rand, La vertu d’égoïsme

Sources :
Wall Street Journal – Tornado Recovery: How Joplin Is Beating Tuscaloosa
The Crimson White – Joplin, Tuscaloosa share kindred spirit in recovery

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