La femme de César : crime ou péché ?

Il était un temps ou la femme de César devait être irréprochable mais la normalité a encore frappé avec Valérie Trierweiler.
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La femme de César : crime ou péché ?

Publié le 18 juin 2012
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Il était un temps où la femme de César devait être irréprochable. L’icône du pouvoir devait incarner la douceur et la force, la tolérance et le respect. Fi de secret d’alcôve, la première dame n’était tolérée que gracieuse ou charitable. Mais la normalité a encore frappé avec François Hollande et Valérie Trierweiler.

Par Charles Gave.

Article publié en collaboration avec l’Institut des Libertés.

Il était un temps où la femme de César devait être irréprochable. L’icône du pouvoir devait incarner la douceur et la force, la tolérance et le respect. Fi de secret d’alcôve, la première dame n’était tolérée que gracieuse ou charitable.

Mais la normalité a encore frappé. La gauche a des « sentiments »  et des passions comme tout le monde voyez-vous, comme les gens normaux de Secret story ou Voici doit-on comprendre en tout cas. On a reproché à Nicolas Sarkozy sa vulgarité, son coté outrancier et à juste titre pour beaucoup d’aspects mais laisser ainsi sans pudeur sa basse-cour s’écharper, convoiter des postes, se répandre dans les presses diverses, là voilà, LA vulgarité ultime.

Dieu qu’il est « normal » d’avoir ce genre de petits sentiments mais nous pensions bêtement, nous, le peuple que le pardon faisait parti de l’escarcelle de la normalité. Il semblerait qu’il n’en soit rien. Ceci pour la gestion par l’amour dans une certaine logique d’apaisement des âmes. Reste la pure stratégie.

Dans l’armée anglaise, il existe un vieux dicton qui va ainsi : « Mieux vaut avoir ses ennemis dans la tente car alors ils pissent à l’extérieur. » (Je vous laisse deviner ce que font ceux à l’extérieur de la tente en toute logique). Valérie Trierweiler vient de s’acheter cinq ans d’eau de javel à bon compte et par la même occasion a réussi à conférer à son ex rivale le rôle de victime expiatoire, que sans nul doute, René Girard lui conférerait. Mais quelle victoire à l’aube de la « République des justes » !

Car n’oublions pas qu’il s’agit là de la feuille de route de notre président « une France plus juste ». À ce propos, j’aimerais revenir sur l’excellent article de Benjamin Dorman paru dans Atlantico cette semaine qui rappelle en effet à juste titre, que dans un état de droit comme le nôtre, la justice est tout d’abord une institution politique, avant d’être une vertu que l’on tente de s’approprier publiquement. Il n’appartient ni à un président, ni un parti, ni à un média, ni à aucun citoyen de dire ce qui est juste et ce qui ne l’est pas. C’est une notion que nous avions aussi préalablement évoqué dans un article intitulé « Au secours Abelard , ils sont devenus fous » sur la différence qui existe entre ce qui est juste et ce qui est moral. Selon Abélard, il existait une distinction essentielle entre le crime et le péché.

Le crime n’existait que s’il était reconnu par la loi, ce qui est le rôle de la justice. Nulla crimen sine lege (pas de crime qui ne soit reconnu par la loi) disait déjà le droit Romain et il est donc du ressort de la puissance publique de le punir et de l’empêcher puisque tout crime est destructeur de l’ordre social.

Le péché, en revanche, ressort de la morale privée et il revient à Dieu de le punir. Chacun doit s’en repentir tout en essayant d’en corriger les effets par ses actions ultérieures. Ceci est ce qu’il est convenu d’appeler la morale.

Il revient par conséquent à l’État de punir le crime, mais en aucun cas de sanctionner le péché. Aux yeux de la puissance publique, une action peut être un crime sans représenter un péché, tandis qu’un  péché aux yeux de l’Église peut ne pas être du tout un délit aux yeux de la société. Certes, dans un monde idéal, les deux se recouperaient mais la morale est fluctuante d’une personne à l’autre alors que la justice, elle, doit être la même pour tous.

Ainsi, je m’interroge, s’il s’agit de rétablir une république des « justes », chère en son temps aussi au grand ordonnateur, feu le président François Mitterand, qui aimait à rappeler la « force injuste de la loi », derrière quel paravent nos amis socialistes vont-ils s’abriter ? Celui de la morale ? de la vertu ?

Je me sentirais un peu serré aux entournures à la place de Monsieur Hollande de prôner une morale collective au nom de tous que semble-t-il les miens ne savent déjà pas comprendre…

Entendons nous, une république plus juste est en soit une feuille de route acceptable, mais encore convient-il de respecter les lois et les institutions de la République et non pas, comme l’induit Monsieur Hollande d’opposer la loi à la justice. Opposer la loi à la justice, c’est réintroduire au cœur de la démocratie la préférence pour une morale collective, voire une religion. À travers ce genre de discours, on perçoit bien que le socialisme n’est rien d’autre qu’une religion cherchant toujours, au nom d’une morale collective, à s’immiscer dans l’ordre de nos sociétés et mettre à mal un des derniers bastion de nos libertés individuelles : la loi.

Je n’ai pas de problème à ce que Monsieur Hollande, ses ex et ses actuelles aient une morale propre, mais qu’ils ne l’appellent pas « Justice ». Je ne viens pas lui dire comment tenir son intérieur ou meubler son salon, mais je refuse que sa moralité et la moralité des siens viennent au nom d’un soi-disant ordre moral édicté en Justice, réformer les miens.

La morale n’est pas la Justice et Monsieur Hollande ne détient visiblement ni l’une ni l’autre.


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  • Je comprend bien la distinction entre le crime et le péché. Mais à l’inverse la loi doit elle être totalement déconnectée de la morale? Ne devrait on pas aussi réfléchir aux relations entre les deux et comment les appréhender?

    • Vianney : la loi (dans une société pluraliste) ne peut en effet suivre une morale particulière. En revanche, il est souhaitable qu’elle suive une partie commune à toute morale, ou objectivable, ou minimaliste… Certains y voient une définition du droit naturel, mais c’est à affiner.

      • Nous sommes bien d’accord

        Ma crainte est que la Loi déconnecté de toute morale se veuille morale à part entière. Peut être que je me trompe mais c’est l’impression que je retire de notre société qui a portée la loi au pinacle (loi = expression de la volonté générale). Quand la loi se veut morale (non pas dans le sens de conforme à une morale, mais morale en tant que tel), n’est ce pas un glissement vers le totalitarisme?

        Je me demande quels auteurs actuels réfléchissent à cela, si vous avez des pistes cela me tenterait bien

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