Les libertariens ne prennent pas suffisamment leur place

En nous faisant mieux connaître et en nous impliquant davantage en tant que libertariens autant avec des organismes de gauche qu’avec des organismes de droite, je crois que nous pourrions participer aux changements qui sont imminents

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
bql

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Les libertariens ne prennent pas suffisamment leur place

Publié le 16 juin 2012
- A +

En nous faisant mieux connaître et en nous impliquant davantage en tant que libertariens autant avec des organismes de gauche qu’avec des organismes de droite, je crois que nous pourrions participer aux changements qui sont imminents. Nous commencerons de cette manière à planter les graines du libertarianisme afin qu’un jour, on ne nous perçoive plus comme des extra-terrestres politiques.

Par Shawn L. Mac Farlane, depuis le Québec.

Être libertarien est une position politique fort problématique de nos jours. C’est un peu comme l’adolescence, on se sent incompris par tout le monde, mais on est certain qu’on détient une vérité à laquelle on tient. En plus, on est toujours en train d’expliquer à tout le monde pourquoi on est différent des autres autour de nous.

Je me permettrai d’illustrer la perception des autres de cette façon: la gauche nous amalgame avec la droite. Pour eux, on favorise l’économie aux dépens de la justice sociale et on n’hésite pas à sacrifier le plus pauvre ou le moins favorisé au nom du libre marché. Ce qui ferait de nous des sans-cœurs, si vraiment nous étions Darwiniens à ce point…

Pour les gens de la droite, nous ne sommes pas dans le groupe d’amis, tout au plus une connaissance qui doit appeler avant de se présenter à la maison. Nous ne sommes pas assez étatistes pour eux car nous hésitons à utiliser le véhicule qu’est l’État pour favoriser l’avancement de politiques morales. Pire, nous ne sommes généralement pas militaristes. Tout au plus va-t-on essayer de courtiser notre vote, mais même ça, on ne le fait pas très ouvertement. Un petit clin d’oeil quand personne ne regarde, sans plus.

Pour les deux groupes, notre refus de l’État nous fait passer pour des utopistes, voire même des irresponsables. Et pour ce qui est de notre vision de la liberté, peu importe à quel sujet on tente de la rattacher, on se fait rapidement dire par les deux groupes: Oui, mais il y a des gens qui ne peuvent gérer cette liberté, alors l’État doit…

Or, je ne vous apprendrai pas que le Québec est dans une situation telle que, lors d’une soirée de taverne, certains pourraient être tentés de la qualifier en utilisant des termes référant à des matières peu ragoûtantes. Gens de bonne famille que nous sommes, nous nous contenterons de nous rappeler que les défis économiques, démographiques, sociaux et politiques qui nous attendent sont colossaux.

Et bien que je pense qu’une société libertarienne serait le meilleur endroit pour vivre depuis que nous fûmes chassés du jardin d’Éden, force m’est de reconnaître qu’on ne peut envisager en établir une dans les prochaines années, à moins d’un chambardement total du monde actuel que seuls quelques radicaux souhaitent vraiment, étant donné la violence et les coûts qui seraient immanquablement rattachée à une révolution aussi profonde.

Il s’est installé au Québec depuis un demi-siècle une « culture de l’État » avec laquelle nous devons composer. Comme Bezmenov nous le rappellerait, ça prend des générations pour changer la culture d’un peuple, et on ne renversera pas la vapeur québécoise du jour au lendemain.

L’impôt obligatoire, qui est si contraire aux valeurs libertariennes, est majoritairement accepté par la population québécoise. Est-ce qu’on peut parler de « contrat social »? Pas sûr que j’irais jusque-là, mais c’est un véhicule de financement qui devra demeurer à moyen terme, surtout si l’on considère que la dette est un fardeau compromettant sérieusement les chances de voir le Québec développer un jour son plein potentiel.

Les Québécois semblent voir en ce mode de financement une bonne façon de se doter collectivement (si tant est que la volonté collective peut exister…) de services publics auxquels ils tiennent — malgré l’inefficacité de ce mode de propriété et de prestation desdits services. Il sera donc nécessaire de tenir compte de ces facteurs lors de la refonte de l’État québécois qui devient plus urgente jours après jours.

Mais pourquoi parler de ça ? Pour la bonne raison que j’ai l’impression que les libertariens ne prennent pas leur place dans le débat actuel au Québec. Le seul libertarien affiché qu’il m’a semblé voir récemment en public est Maxime Bernier, et la réception à laquelle il a eu droit nous indique que nous avons beaucoup de travail à faire pour nous faire comprendre et accepter par le public.

Nous ne sommes pas de droite. Nous voulons favoriser la liberté individuelle autant que faire se peut, ce qui nous amène à laisser l’individu décider pour lui-même dans beaucoup de secteurs. Nous ne sommes pas de gauche, mais nous avons la même préoccupation de justice sociale que la gauche. Seul le moyen diffère, car nous nous opposons à ce que l’État contraigne quelqu’un à aider autrui.

La charité privée et le regroupement des individus ont fonctionné pendant des millénaires, et nous croyons que c’est toujours possible et plus efficace économiquement que le véhicule étatique quand vient le temps d’aider non seulement les plus démunis, mais également tout le monde à mieux vivre.

En nous faisant mieux connaître et en nous impliquant davantage en tant que libertariens autant avec des organismes de gauche qu’avec des organismes de droite, je crois que nous pourrions participer aux changements qui sont imminents au Québec en les colorant d’une teinte qui reflète notre vision. Nous commencerons aussi de cette manière à planter les graines du libertarianisme afin qu’un jour, on ne nous perçoive plus comme des extra-terrestres politiques.

Nous ne sommes pas assez nombreux ou assez connus pour agir seulement par nous-mêmes en ignorant les autres, et c’est selon moi une bonne chose. Il ne faut pas oublier qu’à part quelques individus machiavéliques, la majorité des gens de gauche ou de droite sont bien intentionnés, même s’ils ne s’entendent pas très bien par les temps qui courent.

La radicalisation actuelle des position amenée par une remontée de la droite dans les médias, ce qui fait réagir la gauche, n’est bénéfique pour personne car pendant qu’on se tiraille, le statu quo perdure et le Québec se perd. Pire, le peuple se sent complètement en dehors du débat, lui qui n’a que faire de situer la gauche, la droite, le centre, le haut, le bas. Il ne veut, comme le disait notre jovial ministre des Finances, qu’être heureux.

Le beau côté de l’affaire pour nous ? Je crois que notre différence par rapport à la gauche et à la droite n’est pas irréconciliable au point de nous empêcher de travailler à améliorer la société avec eux.

Le Québec a besoin de voir une réduction de la taille de son État. Notre philosophie cadre bien avec cette prémisse. Les Québécois veulent de la justice sociale et acceptent de payer de l’impôt. Nous pouvons travailler à rendre la fiscalité plus efficace et moins contraignante pour l’individu. L’avantage que nous possédons, c’est que notre philosophie nous donne plus de marge de manœuvre, ou oserais-je la facilité : de liberté.

C’est évident que certains d’entre nous verront l’idée comme une forme de prostitution du libertarianisme au profit de la gauche ou de la droite. Je crois que l’objectif est plutôt de participer à construire une société partiellement libertarienne, pour commencer, tout en participant à une réforme dont le Québec a tant besoin et où nos idées pourraient être si utiles. Et Pour que les gens s’habituent à l’idée de la liberté, lentement mais surement.

Qui sait où ça pourrait mener dans quelques décennies…

—-
Article publié le 15.07.2012 sur le Blog du QL, reproduit avec l’aimable autorisation du Québécois libre.

Voir les commentaires (19)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (19)
  • Autant en Europe, le terme « libertarien » n’est peut-être pas nécessaire. Le fond de l’article semble, d’ailleurs, rapprocher la position simplement du libéralisme. Cependant, il parle ici du Quebec, peut-être que de leur côté de l’Atlantique, la proximité avec les US font que l’usage du terme « libertarien » fait plus sens.

    • Exact.

      Au Québec, le Parti Libéral est le parti majoritaire, au pouvoir depuis presque dix ans.
      Le terme « libertarien » est nécessaire.

  • Je n’ai pas quelques décennies devant moi avant de voir des changements ! Je veux un plan à 5 ans!

  • J’aurais souhaité que Contrepoints propose un questionnaire pour savoir d’où viennent les lecteurs du site, pourquoi le lisent-ils et qu’elles sont leurs attentes. D’ailleurs, il y a tous les jours de nouveaux lecteurs.

    A mon sens ce serait utile pour savoir justement où se trouve la population qui en a assez du clivage « societal » et qui souhaitent qu’on leur dise enfin que l’économie ou libertarien ne sont pas des gros mots, mais qui ne se doutent pas de l’existence de ce site !

    • Bonne idée, d’autre part je penses qu’il est temps pour contrepoint de faire de la communication sur la toile. Il faut étendre le lectorat encore plus rapidement.

  • « Nous avons la même préoccupation de justice sociale que la gauche. » déclare l’auteur de l’article. Cette affirmation devrait faire sursauter un vrai libertarien, pour qui la notion même de « justice sociale » n’a aucun sens, car ce mot ne fait que désigner, dans le langage socialiste, une redistribution autoritaire par l’Etat (d’argent, de moyens…) afin de palier les « inégalités » (qui ne sont, en fait, pas des inégalités de droit mais simplement des inégalités de fait dues au hasard et au fait que les individus ont des talents différents qui sont plus moins bien rémunérés par le marché). Il suffit d’écouter le discours actuel des socialistes : à chaque fois qu’ils prononcent le mot « justice », cela est en fait synonyme de redistribution (comme par exemple la « justice fiscale », qui consiste en fait à taxer massivement les hauts revenus pour financer les gaspillages de la dépense publique ainsi que la redistribution par la Sécurité Sociale, le RSA ou les subventions). Cette notion est à l’opposée de la conception libertarienne pour qui la justice consiste à donner les mêmes droits pour tous (sans chercher à compenser le fait que certains soient naturellement « favorisés » et d’autres « défavorisés » du fait de leur propre mérite ou du hasard de la vie) en laissant les individus libres tant qu’ils ne contraignent pas autrui.
    On voit bien ce que l’auteur de l’article veut dire (il n’est pas contre la charité envers les pauvres à condition qu’elle soit privée et volontaire, et non coercitive et déterminée par l’Etat), mais il devrait éviter d’employer des mots qui ont une connotation socialisante.

    Voir notamment ce qu’en disait Hayek :
    « …dans une société d’hommes libres, dont les membres ont toute latitude pour employer leurs connaissances à la poursuite de leurs propres objectifs, le terme « justice sociale » est un vocable vide de sens ou de contenu. » et
    « J’en suis arrivé à sentir très vivement que le plus grand service dont je sois encore capable envers mes contemporains serait de faire que ceux d’entre eux qui parlent ou écrivent éprouvent désormais une honte insurmontable à se servir encore des termes « justice sociale ». »

    http://www.liberta-s.org/wiki/Friedrich_von_Hayek

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Stéphanie Slade.

Les temps sont durs pour le partenariat conservateur-libertarien qui a caractérisé la politique américaine de centre-droit dans la seconde moitié du XXe siècle.

Une attention considérable a récemment été accordée à la montée du post-libéralisme : les populistes de droite, les nationalistes et les intégristes catholiques adoptent pleinement un gouvernement musclé comme force du bien tel qu'ils le définissent. Mais rien ne prouve encore que la plupart des conservateurs partagent une telle affinité pour l’État.... Poursuivre la lecture

La première partie de l'entretien avec Gloria Alvarez (dirigé par Raphael Krivine) est ici/The first part of the interview with Gloria Alvarez is here

En France, il y a un débat sur le protectionnisme. Dans les années 1990, au siècle dernier, nous étions en faveur du marché libre, de la loi de Ricardo. Mais aujourd'hui, notre industrie ne représente plus que 12 % de l'économie. Sommes-nous allés trop loin, en faisant le choix d'acheter des produits industriels à des pays qui n'utilisent pas les mêmes règles ? Quelle est votre position ... Poursuivre la lecture

1
Sauvegarder cet article

Par Harry Browne

1. Je m’engage à promouvoir la liberté en faisant appel à l'intérêt personnel de chacun, plutôt qu’en essayant de convaincre d’adopter ma conception du bien et du mal.

2. Je m’engage à éviter d’entrer dans des polémiques. Mon but est d'inciter certains à désirer la liberté, pas de leur prouver qu'ils ont tort.

3. Je m’engage à écouter quand des personnes me parlent de leurs désirs et de leurs besoins. Ainsi, je peux les aider à comprendre comment une société libre peut les satisfaire.

4. Je m’engag... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles