Un redressement très productif

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Montebourg s’agite beaucoup pour redresser mais n’a finalement pas le début d’une idée sur ce qu’il faut faire.

Hier, je rappelais à mes lecteurs que les Hôpitaux n’allaient pas bien. Aujourd’hui, nous découvrons quelques plans sociaux que le gouvernement va devoir gérer. Et vu leur nombre, c’est un vrai travail pour un héros de mythologie qui serait doté du pouvoir ultime de Redressement Productif, par exemple…

Une rumeur, pendant la campagne présidentielle, circulait au milieu des syndicats : le gouvernement de l’époque aurait demandé au patronat d’attendre le résultat des élections pour procéder aux plans sociaux. Évidemment, maintenant que les élections sont passées, on aura beau jeu de faire correspondre la vague de licenciements économiques qui se profile avec ce que la rumeur laissait entendre.

Cependant, force est de constater que lorsqu’on fait la liste des actions sociales en cours dans les entreprises françaises, la liste fait un peu peur, et doit laisser un petit goût amer dans la bouche d’un Montebourg fraîchement arrivé dans son beau ministère. Jugez plutôt :

Air France annonce un plan de départs volontaires sur 5000 postes, ce qui n’est pas rien. Apparemment, ce plan s’inscrit dans la stratégie de l’entreprise visant à réduire ses coûts de personnel, qui sont singulièrement plus élevés que chez ses principaux concurrents. On ne peut en être qu’étonné, la France ayant toujours fait figure de paradis fiscal et de terre d’accueil pour l’entreprise en favorisant des coûts de main d’œuvre compétitifs. Ahem.

La FNAC est elle aussi sur les rangs pour dégraisser son personnel, même si le flou dans lequel elle opère fleure bon l’application approximative d’un code du travail pourtant simplissime à comprendre.

Si Hewlett-Packard n’a pas encore annoncé officiellement de plan social pour la France, il n’en reste pas moins que l’entreprise de matériels hitech va devoir supprimer 30.000 postes. Combien sont prévus pour la France ? Parions que M. Montebourg est déjà dans les starting-blocks de la négociation pour nous préparer un chiffre aux petits oignons.

On pourra passer rapidement sur les plans sociaux plus petits comme par exemple celui des Fonderies du Poitou. Certes, l’entreprise industrielle est parfaitement symbolique de la désindustrialisation spécifique de la France dans les métiers de la métallurgie, et on pourrait noter que sa localisation va donner un peu de travail à l’ex-femme du président. Mais vu la modestie des chiffres (ici, on parle de quelques dizaines de postes) et vu le nombre de plans qui se préparent, on comprendra qu’on ne peut pas mobiliser toute l’attention du bouillant avocat Montebourg sur une multitude de petits dossiers quand tant de personnes sont concernées par de grands plans sociaux !

En revanche, si l’on doit passer sur les « petits » plan sociaux, ceux concernant les opérateurs téléphoniques feront un maximum de bruit : depuis que Free est arrivé, la méchante concurrence a fait baisser les prix, et ces imbéciles de consommateurs ne veulent pas continuer à subventionner les surcoûts chez les trois opérateurs historiques. Leur fuite vers le nouvel opérateur entraîne donc un resserrement des marges, et l’occasion était trop bonne pour que le triplet du cartel téléphonique la laisse passer. Free, désigné coupable, servira donc d’excuse pour les prochains licenciements économiques chez SFR. Gageons que Montebourg, là aussi, trouvera les mots justes (en accusant Free de pratiques déloyales, par exemple) pour mettre du baume sur les blessures des opérateurs violemment secoués…

Enfin, il reste les plans sociaux putatifs : General Motors pourrait vendre son usine de Strasbourg, la grande distribution (Carrefour, Casino, Leclerc, Auchan …) qui subit notamment la concurrence de la vente en ligne pour l’électroménager et la téléphonie, Arcelor-Mittal, et bien sûr, en conséquence de la crise, le secteur bancaire (comme à la Société Générale où les salariés ont même plutôt tendance à fuir) et, logiquement, le secteur de la construction immobilière.

Devant cet amoncellement de catastrophes économiques plus ou moins importantes, on comprendra que l’Etat devra tout faire pour rendre le terreau aussi favorable que possible à la reprise de l’activité. A ce titre, François Hollande, notre nouveau président à tous qui change l’eau en vin et peut marcher sur l’eau d’un pas guilleret, a déclaré de façon parfaitement explicite :

« Je ne laisserai pas faire ce cortège de plans sociaux qui auraient été différés et il y aura des responsabilités à prendre au sommet des entreprises »

On sent déjà poindre une vraie stratégie : d’une part, il ne laissera pas faire, et d’autre part, il va aller titiller les méchants patrons qui se la jouent un peu trop, non mais. Et c’est dans l’application parfaite de cette logique que Hollande aura nommé Montebourg dans son beau ministère.

Un redressement *vraiment* productif

À présent, que va faire notre flamboyant Arnaud ?

Dans un premier temps, il va agiter sa petite houppe devant les caméras en expliquant que la Démondialisation doit commencer aussitôt que possible, parce que le changement, c’est maintenant. C’est important, d’agiter sa petite houppe, puisque c’est ainsi que le peuple apprendra l’intégralité des dizaines d’actions productives et opérationnelles que le ministre va entreprendre pour remettre la France dans le chemin du plein emploi.

Dans un second temps, le fier Arnaud va tout de même avoir la présence d’esprit d’expliquer qu’il n’est pas impossible qu’il se prenne quelques gamelles : il prédit ainsi certains échecs, et on pourrait même ajouter qu’il va avoir certainement des échecs, et des échecs certains. Devant la difficulté, il nous explique qu’ « il faut tout tenter y compris les solutions les plus audacieuses ».

Et pour ces solutions audacieuses, heureusement, il en a un carton vide … qu’il va remplir auprès des Français eux-mêmes puisqu’il veut, essentiellement, lancer un appel à ces derniers pour qu’ils lui apportent leurs idées. Autrement dit, pour le moment, des idées, il n’en a pas et compte sur nous. Enfin, sur nous… Sur ceux qui vont lui dire des choses qu’il aime entendre. Les solutions libérales ne seront pas proposées, pas écoutées, et évidemment pas appliquées.

C’est, en définitive, un peu comme le grand emprunt : pour rattraper l’accumulation de décisions catastrophiques empilées par nos politiciens, ces derniers se retournent vers le peuple, lui font une clef de bras, et demandent poliment s’ils peuvent piocher dans son portefeuille. Là, c’est le même principe : les politiciens ont aligné idées idiotes et keynésiennes sur propositions socialistes stupides et délétères et, arrivés à court de solution, en recherchent dans le peuple. Si elles marchent, ce sera une victoire pour eux ; et si elles échouent, ce sera de la responsabilité de ce con de peuple ingouvernable.

En attendant les bonnes idées franchouilles, Montebourg pourra toujours mettre en application celles dont il se reconnaît volontiers proche, et que Mélenchon préconise avec force moulinets : une bonne petite loi contre les licenciements boursiers, voilà qui va aider !

Bref : Arnaud n’a aucune idée et Jean-Luc ressort les vieilles antiennes communistes. Pas de doute, le pays va frôler l’érection fructueuse le redressement productif, c’est certain !
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