Bâle III : nouveau recul de la liberté bancaire

Veut-on des banques responsables ou des banques soumises ?

Mercredi dernier, les ministres des finances des 27 pays de l’Union se sont réunis à Bruxelles pour transposer la nouvelle réglementation, une de plus, appelée Bâle III. Veut-on des banques responsables ou des banques soumises ?

Un article de l’aleps.

Contrairement à ce que prétend la classe politique, qui n’aime pas « la finance », l’activité bancaire est l’une des plus réglementées qui soient au niveau mondial. La Banque des Règlements Internationaux, dont le siège est à Bâle, s’érige en policier des banques. Cartel des plus grands groupes bancaires, elle prétend faire la loi – et y réussit avec la complicité des États et de leurs Banques Centrales.

Mercredi dernier, les ministres des finances des 27 pays de l’Union se sont réunis à Bruxelles pour transposer la nouvelle réglementation, une de plus, appelée Bâle III. Il n’y a pas eu d’accord sur le « ratio » à respecter entre la masse des crédits accordés par les banques et la masse de leurs capitaux propres. Ce « ratio » était de 4% il devrait être porté à 7%. C’est trop, disent les Français, ce n’est pas assez disent les Anglais.

Quel est le problème ? Une banque peut accorder des crédits soit en prêtant ses fonds propres (apportés par ses actionnaires) soit en prêtant l’argent que lui ont confié ses clients sous forme de dépôts de toutes natures (à vue, à terme, plus ou moins long) etc. Voilà bien longtemps que les banques font de la « transformation », c’est-à-dire financent des crédits à long terme à partir de dépôts à court terme. La moindre prudence serait de ne pas trop user de la méthode, à moins d’être très sûr de ses débiteurs. Mais les abus existent, surtout quand elles savent qu’en cas de difficulté elles peuvent se retourner vers le « prêteur en dernier ressort » : emprunter auprès de la Banque Centrale leur assure une certaine impunité.

Pourquoi cette imprudence ? D’une part, les banques centrales sont braves filles (au prétexte de favoriser la relance, ou de soutenir certains crédits – comme les crédits immobiliers à l’origine des faillites américaines). D’autre part, les banques qui investissent connaissent de plus en plus mal leur clientèle, car elles ont atteint une taille trop importante. Ce sont les précédentes réglementations de Bâle qui les ont amenées à grossir leurs capitaux propres par des opérations de concentrations, de fusions, jusqu’à devenir tellement grosses qu’elles ne peuvent plus disparaître sans causer une crise nationale (« too big to fail »). Les Français veulent qu’on continue à soutenir les banques, et ne veulent pas mettre un ratio de 7% au risque de tarir les crédits. Les Anglais veulent plus de 7% : pour eux ce n’est pas le métier des banques, mais des autres intermédiaires financiers, de prendre des risques. La logique du marché financier voudrait simplement que ceux qui prennent des risques les assument, et fassent faillite quand ils se trompent. Toujours la responsabilité doit accompagner la liberté.

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