Incrustations de Premier monde au Pérou

Au Pérou, il y a des secteurs économiques qui commencent à avoir la configuration du Premier monde

Qui pouvait imaginer, il y a un an, que le secteur agricole péruvien aurait pu manquer de main-d’œuvre et que des entreprises feraient des recherches et développeraient une solution robotique à ce problème ?

Par Jaime de Althaus (*)

L’entreprise [péruvienne] Dirose, exportatrice de poivre paprika, avait décidé d’acheter des terres pour semer ce produit et s’assurer son approvisionnement. Elle le fit, mais au moment de la récolte, elle découvrit qu’elle ne pouvait trouver de la main-d’œuvre, et vit que la même chose se produisait pour d’autres, avec le risque de perdre sa récolte. Elle eût alors l’idée de recourir à la solution technologique et se présenta au concours du Fincyt avec un projet pour développer une moissonneuse mécanique et électronique sur la base de la robotique. Aujourd’hui, elle dispose, d’une moissonneuse expérimentale à 36 bras qui reconnaît le poivre par sa couleur rouge, l’arrache et le place sur un plateau de transport. Non seulement a-t-elle résolu le problème, mais le coût de la moisson a été réduit de manière radicale. Dans un an, elle pourra la commercialiser et, éventuellement, l’exporter à des pays comme l’Espagne qui ont cessé de produire du paprika précisément à cause du coût de la main-d’œuvre.

Ce qui signifie qu’au Pérou, il y a des secteurs qui commencent à avoir la configuration du Premier monde. Qui pouvait imaginer, il y a un an, que le secteur agricole péruvien aurait pu manquer de main-d’œuvre et que des entreprises feraient des recherches et développeraient une solution robotique à ce problème ?

Maintenant, non seulement nous allons pouvoir continuer à exporter de la farine de paprika et d’autres produits agro-industriels, mais aussi des robots pour la moisson. Qu’est-ce qui a rendu possible ce saut ? Entre autres choses, une loi du travail simplifiée et flexible qui a permis d’embaucher des centaines de milliers de travailleurs, au point de n’en avoir plus de disponibles sauf à les payer beaucoup plus, ce qui a entraîné la multiplication par trois des salaires sur ces cinq dernières années.

Certains soutiennent, cependant, que le problème du Pérou, le principal obstacle au développement, c’est l’inégalité. Et de là à préconiser des restrictions aux grands investissements, des supposés acquis sociaux ou des limites à la propriété de la terre, il n’y a qu’un pas. Alors que, au contraire, c’est la croissance du marché, la liberté économique en général qui est en train de réduire l’inégalité, exprimée par le coefficient de Gini. Ce dont il s’agit, c’est d’éliminer les obstacles et les régulations, diminuer le coût de la corruption, simplifier et réduire la fiscalité. En somme, libérer les forces productives.

De cette manière nous réduirons l’inégalité et nous commencerons à faire des sauts technologiques. La multiplication des investissements miniers transformerait le Pérou en peu d’années. En effet, la croissance de l’investissement minier depuis les années ’90 a déclenché une expansion extraordinaire de l’industrie métallique et mécanique – avec beaucoup d’emplois – et des services d’ingénierie. L’année passée, le Pérou a exporté 700 millions de dollars en machines et équipements pour l’industrie minière d’autres pays. Cesel, une entreprise de services d’ingénierie, s’est développée ces dernières années dans presque toute l’Amérique du Sud et Centrale. Aujourd’hui, il manque des ingénieurs, des techniciens et jusqu’à des ouvriers spécialisés au Pérou.

Et il manque un État qui facilite l’envol libre de l’économie, avec des règles du jeu efficaces et institutionnalisées, sans obstacles ni corruption, et avec des services efficaces.

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Traduit de l’espagnol.

(*) Jaime de Althaus Guarderas est directeur et présentateur du programme la Hora N, éditorialiste du journal El Comercio et auteur de plusieurs livres sur le développement du Pérou.