20 questions sur la monnaie

Je pense que la devise Suisse demeura l’une des monnaies les plus fiables au monde. L’Inde et la Chine sont des pays très inflationnistes.

Un lecteur et ami m’a soumis une série de vingt questions qu’il se posait au sujet du système monétaire. Les voici accompagnées de mes réponses.

1)      Quelles sont les autres méthodes pour que les USA (ou autres pays) créent de nouveaux dollars (pas ceux qui remplacent les billets retirés de la circulation) mis à part les QE (quantitative easing où la réserve fédérale crée de l’argent pour acheter des obligations aux banques) et les émissions d’obligations gouvernementales, bons du trésor ou autres créances?

L’argent est créé par les réserves fractionnaires du système bancaire. Le prêt d’une banque devient le dépôt d’une autre…

2)      Une création d’argent nouveau sans créance peut-elle être pernicieusement utilisée par un état pour payer purement et simplement ses dettes ou des dépenses?  Quelle serait la conséquence de ce genre l’émission d’argent « ex nihilo » par de grandes puissances (euro, dollar US)?

L’argent fiduciaire est toujours créé à partir d’une créance. Ceci dit, le système actuel permet à l’État de financer ses déficits et même de refinancer ses dettes qui viennent à maturité. À long terme, c’est essentiellement de là que l’inflation vient, et non pas du crédit à la consommation ou commercial.

3)      Si un gouvernement, donc un état, a des difficultés (dépenses courantes, dettes, déficits, etc.), est-ce possible par exemple qu’il contraigne, secrètement ou non, légalement ou non sa banque centrale à lui transférer des fonds « ex nihilo », à inscrire des actifs, à éponger des dettes, à manipuler les devises et les chiffres, etc., de façon officielle ou déguisée, afin d’accroitre les actifs financiers du gouvernement avec de l’argent nouveau créé et non emprunté?

Dans les pays du G7, on voit généralement une certaine indépendance de la banque centrale versus l’État. Je ne crois pas qu’Obama puisse directement contraindre Bernanke à faire quoi que ce soit. Cependant, aux États-Unis, le Chairman de la Fed est sélectionné par le Président du pays. De plus, nous avons bien vu par le passé les Chairman du FOMC se mêler des politiques fiscales du gouvernement et gérer la politique monétaire selon leurs convictions politiques. Il est donc évident pour moi qu’il y a collusion entre l’État et la banque centrale.

4)      Si tel est le cas, les pays étrangers ont-ils un quelconque moyen de s’en rendre compte, et un quelconque pouvoir pour éviter ces malversations?

Je pense que les pays étrangers comprennent bien qu’il est facile pour un pays comme les États-Unis de monétiser leurs déficits et leur dette et qu’ils agissent en conséquence. Les pays du BRICS achètent de l’or pour leurs réserves et plusieurs pays ont récemment conclu des accords bilatéraux quant à l’utilisation de leur devise respective pour ce qui est de leurs échanges commerciaux (plutôt que le dollar US).

5)      En ce qui concerne les diverses créances d’un état, obligations, emprunts, etc, sont-elles toutes comptabilisées?

Non. Il faut estimer les déficits actuariels des programmes sociaux et la valeur présente des autres engagements financiers. Pour la plupart des pays du G7, ces montants sont faramineux.

6)      L’accroissement massive globale de la masse monétaire (créance ou non, déclarée ou non) d’un état, conduit-elle tôt ou tard inévitablement à de l’inflation et à une dévaluation de la devise?

Pas inévitablement. Une certaine portion peut être compensée par des gains de productivité et/ou une réduction des marges de profits. De plus, pour que la nouvelle monnaie soit inflationniste, elle doit être injectée dans l’économie sous forme de prêts; autrement dit les banques doivent déployer leurs réserves excédentaires stationnées à la Fed pour que cette monnaie influence les prix.

7)      Ce stratagème est-il aussi employé par les dictatures de petits pays sous-développés?

Bien sûr! C’est encore plus flagrant dans ces pays puisque leur banque centrale n’est généralement pas indépendante du gouvernement. Regardez l’Argentine, le Venezuela, la Chine pour n’en nommer que quelques-uns.

8)      Est-il possible que certains grands états soient capables d’abuser plus impunément que d’autres, et donc au détriment des autres, de l’augmentation de leur masse monétaire?

L’inflation d’un pays se fait au détriment de d’autres pays si ces autres pays détiennent des titres de dette du pays inflationniste. Dans ce cas, le taux d’intérêt exigé pour les futurs emprunts sera plus élevé. Dans le cas des États-Unis, le marché est moins punitif puisque le dollar US sert de monnaie de réserve et que les T-bonds américains servent de valeur refuge mondiale.

9)      La politique monétaire des USA et la chute associée du dollar n’ont-elles pas contribué en partie à la hausse du coût de certaines matières premières dans les pays émergents, en particulier le pétrole lié à ce même dollar?

Absolument. Les pays qui lient leur devise au dollar US, notamment la Chine, doivent aussi créer de la monnaie au même rythme que la Fed pour maintenir l’appariement. Cependant, dans ces pays, la nouvelle monnaie se retrouve dans l’économie à générer de l’inflation plutôt que de rester stationnée à la banque centrale.

10)   Y a-t-il des règles internationales limitant une création d’argent avec et sans créances associées, et des règles internationales encadrant les actions des banques centrales?

Pas à ma connaissance. Ce serait une atteinte à la souveraineté d’une nation.

11)   L’inflation sera-t-elle tôt ou tard difficile à contrôler si les taux restent artificiellement bas aux USA, même si les milliards détenus par les banques ne sont toujours pas remis en circulation dans le système via les prêts?

Non. Si la nouvelle monnaie n’est pas injectée dans l’économie, elle n’est pas inflationniste. Ceci dit, la croissance du crédit a récemment repris aux États-Unis, mais pas assez pour stimuler l’inflation outre mesure (autrement dit on devrait rester dans une bande de 2% à 3% pour le moment).

12)   Une baisse massive du dollar US allègera-t-elle en partie le problème de la dette et de la compétitivité des USA au détriment des pays créditeurs?

Oui en partie, mais de façon temporaire. Car une fois l’inflation mise en branle, les salaires et les coûts finissent éventuellement par suivre, ce qui ramène la compétitivité à la case départ. Puis, le boum inflationniste que cela engendre se termine en récession. Sans vouloir trop simplifier, la plupart des cycles économiques se produisent de cette façon. C’est Ludwig Von Mises qu’il faut lire à cet égard.

13)   Quel états sortiront perdants ou gagnants de cette guerre des monnaies?

Ceux qui détruiront leur pouvoir d’achat pour mener activement cette guerre. L’an passé on a vu la Suisse s’engager à maintenir son taux de change avec l’Euro à 1.20. Il n’y a aucune raison d’adopter ce genre de comportement destructeur de richesse, mais les lobbys d’exportateurs sont très puissants.

14)   Avec ces abus, y aura-t-il un retour aux métaux précieux comme valeur de monnaie sûre, tendance des marchés et des individus et même d’états en réaction aux gestions interventionnistes actuelles des gouvernements occidentaux?

Oui, dans une certaine mesure. En fait, on observe une diversification des réserves de change de la part de plusieurs pays. L’or fait partie de cette diversification.

15)   Que se passera–t-il quand la réelle situation des USA sera manifeste, et surtout qu’une perte de confiance apparaitra (traduite par des décotes des agences, et par le marché lui-même…)?

On observera une hausse des taux d’intérêt, laquelle provoquera une sévère récession. Cependant, je ne crois pas que ce scénario se produise au cours des 3 prochaines années.

16)   Comment la Chine va-elle dépenser tous ces dollars, ou plutôt s’en débarrasser? En achetant massivement et en catimini de l’or? des compagnies de ressources? des parcs immobiliers? des ports?

Oui, oui, oui et oui! N’oubliez pas que la Chine détient des bons du Trésors qui viendront éventuellement à maturité. Elle n’a qu’à plus en acheter et à réinvestir les maturités dans des actifs tangibles ou dans des obligations de d’autres pays. Pourquoi croyez-vous que les obligations Canadiennes se transigent à des taux aussi bas que ceux des États-Unis? Parce que les étrangers sont friands de notre dette! Nos exportations d’obligations sont plus importantes que nos exportations d’énergie présentement.

17)   Quelles seront les devises et les valeurs plus sûres?  En ce qui concerne les devises, ces 3 seront-elles mieux positionnées à l’égard du dollar US soit : le yuan, la roupie indienne, et le dollar canadien?  En effet, l’euro et le USD seront affectés par une énorme augmentation de la masse monétaire, une économie en ralentissement, et des dettes croissantes avec à la clé inflation et dévaluation des devises.  Voici quelques commentaires succincts sur ces 3 devises : il est connu que le gouvernement chinois maintient le yuan bas plutôt que de lui permettre de flotter sur le marché mondial.  Cependant, avec les pressions internationales, et le fait que la Chine consommera et investira de plus en plus à l’étranger grâce à son développement économique, le yuan se réévaluera dans les années à venir.  La roupie a chuté de plus de 20% contre le dollar ces dernières années, elle est à bas prixLa banque centrale indienne a permis cette dévaluation afin de combattre la crise.  Le dollar canadien peut bénéficier de : ressources naturelles, de finances plus saines que les USA, et de banques avec des règles plus strictes.

Entre les trois, je choisirais le dollar canadien. Ceci dit, je pense que la devise Suisse demeura l’une des monnaies les plus fiables au monde. L’Inde et la Chine sont des pays très inflationnistes. Et que croyez-vous qu’il arrivera à l’Euro si les PIIGS quittent la zone Euro? Il s’appréciera fortement! Par contre, les mouvements de devises sont très difficiles à prévoir et souvent contre-intuitifs.

18)   L’inflation est-elle déjà présente, que disent les chiffres et la réalité? Au sujet de l’inflation, il existe actuellement une grande divergence entre ce qui est perçu par les consommateurs et les taux officiels publiés par les services publics. Tandis que les premiers soulignent que tout est devenu plus cher, les statisticiens mettent en avant leur index du coût de la vie (IPC) qui révèle une grande stabilité des prix.

Oui, l’inflation est présentement non-négligeable et plus élevée que les chiffres officiels. Je noterais aussi que depuis les programmes de QE, l’inflation américaine s’est surtout manifestée dans les valeurs boursières.

19)     Est-il probable que, tôt ou tard, les marchés financiers prennent en compte les dangers inflationnistes induits par la politique monétaire des banques centrales ?

Oui, éventuellement, lorsque l’inflation deviendra plus menaçante et que M. Bernanke parlera plus vigoureusement de ses « exit strategies ».

20) Quelles seront les principales conséquences de cette prise de conscience selon vous? 

Nous observerons une sévère correction sur les marchés obligataires. La hausse des taux d’intérêt pourrait bien plonger l’économie en récession. Il y aurait un fort risque de stagflation, qui est l’ultime résultat des politiques keynésiennes.