Le placenta : ce qu’en disent les psychanalystes, et ce qu’en dit la science

Les principaux théoriciens de la psychanalyse ont toujours fait de la mère la responsable de toutes les pathologies mentales de l’enfant

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Le placenta : ce qu’en disent les psychanalystes, et ce qu’en dit la science

Publié le 24 mars 2012
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Les principaux théoriciens de la psychanalyse ont toujours fait de la mère la responsable de toutes les pathologies mentales de l’enfant. La défense par les psychanalystes d’une théorie à bout de souffle et des pratiques aux conséquences funestes dans le cas de l’autisme est déjà navrante, mais la falsification des connaissances scientifiques pour légitimer cette théorie et ces pratiques est tout simplement intolérable.

Par Anton Suwalki.

La plupart des commentaires sur le film Le mur, la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme [1], ont porté sur la question (légitime) de savoir si les propos des psychanalystes interviewés avaient été dénaturés ou caricaturés par des effets de montage, ainsi que l’affirmaient ceux qui ont porté plainte contre la réalisatrice Sophie Robert, et ont obtenu la scandaleuse censure du film. À ce sujet et après plusieurs visionnages du film, je pense que l’ensemble des propos tenus par eux reflètent au contraire très fidèlement la vision misogyne des principaux théoriciens de la psychanalyse, Freud, Lacan, Dolto, Bettelheim… : ceux-ci ont toujours fait de la mère la responsable de toutes les pathologies mentales de l’enfant, quoi qu’elle fasse d’ailleurs. La mère fait toujours mal. Le père ne peut avoir dans cette vision qu’une responsabilité secondaire, celle de ne pas empêcher la mère de nuire à l’enfant.

Un des aspects révélateurs du discours des psychanalystes a été peu commenté. Alors qu’ils rejettent à la fois les acquis scientifiques sur l’origine biologique de l’autisme et les thérapies comportementales qui permettent à l’enfant des progrès significatifs, ils développent leur propre théorie biologique censée soutenir la thèse de la mère destructrice. Notons que leurs élucubrations biologiques sont d’un déterminisme absolu infiniment plus désespérant que le déterminisme « scientiste » qu’ils dénoncent par ailleurs.

Ainsi, selon Bernard Golse, « dès que le bébé est conçu, l’organisme maternel va immédiatement sécréter une vague d’anticorps très forte pour expulser ce bébé qui est a demi étranger pour le corps de la mère . Finalement la première chose que biologiquement la mère ne supporte pas chez son bébé, c’est la partie qui vient du père ». Selon Aldo Naouri, « En 1984, il y a un biologiste qui fait la démonstration assez extraordinaire que le placenta est d’origine paternelle exclusive. C’est-à-dire qu’il est sous le contrôle de gènes portés par le spermatozoïde. Autrement dit, le placenta, c’est ce qui permet à une mère de ne pas détruire son enfant, et à un enfant de ne pas tuer sa mère. (…) autrement dit, c’est un élément régulateur entre eux, c’est une interposition ce placenta. C’est-à-dire que, en gros, on a le sentiment comme ça que l’attitude du père à l’intérieur des décisions qu’il prend, de ce patriarcat qu’il instaure, de cette domination masculine, a été toujours une recherche empirique de cette fonction que le placenta occupe et qui permet à chaque enfant de venir au monde sans être détruit. »

Nous avons là l’utilisation d’une technique éprouvée des pseudo-sciences qui consiste à distiller quelques bribes de vérité et à les détourner afin d’alimenter une théorie  dans laquelle elles n’ont rien à faire : car même si tout cela était vrai, que le père était l’unique protecteur biologique de l’enfant en gestation dans le corps hostile de la mère, cela n’apporterait aucune validité supplémentaire à la théorie de la mère qui désire inconsciemment détruire son enfant. Nulle part, il n’est démontré que l’inconscient n’est que le reflet de processus biologiques automatiques, tels que le déclenchement du système immunitaire. Ainsi, personne n’oserait soutenir, du moins nous l’espérons,  que dans le cas d’une fausse couche, l’inconscient maternel « destructeur » l’a emporté.  Mais ces propos énoncés sur le ton de la certitude sont susceptibles d’inoculer des idées fausses aux spectateurs du documentaire [2], pour rendre crédible la thèse de la mère destructrice et psychopathogène.  On voit par exemple le parallèle allègrement franchi par Naouri entre la supposé protection paternelle dans le placenta et le modèle social du patriarcat et de la domination masculine. Il est donc nécessaire de faire le point.

1/ La demie-vérité sur laquelle s’appuient les psychanalystes pour leurs extrapolations abusives tient dans le fait que l’embryon et le placenta n’ont pas la même carte d’identité génétique que la mère, portant aussi les marqueurs du père. En conséquence ils devraient être détruits par les cellules immunitaires maternelles. Celles-ci agissent en vertu d’un mécanisme de reconnaissance du non-soi : chaque individu, et donc l’être en devenir différent du père et de la mère que représente le fœtus présente en effet à la surface de la plupart de ses cellules une combinaison unique de 14 molécules dites HLA, dont 7 proviennent du père et 7 de la mère. Ainsi les lymphocytes T d’un individu tuent toutes les cellules étrangères, c’est-à-dire porteuses d’une combinaison de HLA différentes. Or elles ne le font pas pour les cellules fœtales car celles-ci ne sont pas porteuses de ces molécules HLA classiques. Par contre, ces dernières devraient être la cible d’un second mécanisme immunitaires impliquant les cellules tueuses « NK » (comme natural killers, « tueuses naturelles »). C’est là qu’intervient une molécule HLA particulière, la HLA-G,  qui s’exprime à la surface des  cellules cibles des NK , et inhibe l’action de celles-ci. C’est ainsi que le fœtus est protégé, quel que soit le groupe HLA du père. [3]

2/ En aucun cas, le placenta n’est d’origine exclusivement paternelle. Chez les mammifères, il est formé à partir de tissus de l’embryon (qui comporte les gènes paternels et maternels) et de l’endomètre maternel , c’est-à-dire de la muqueuse utérine.

3/  Loin d’avoir une fonction exclusivement protectrice contre le système immunitaire maternel, il a pour fonction essentielle de permettre à la mère de diffuser au fœtus des nutriments, de l’oxygène, mais aussi des anticorps. La réalité biologique de la reproduction est infiniment plus complexe que dans la vision d’un autre âge défendue par les psychanalystes, qui semble concevoir la mère un simple « nid » contre son gré, pour donner au père le rôle vertueux. En plus d’apporter à l’enfant la moitié de ses gènes [4], elle joue un rôle actif dans le développement de l’enfant, et la nature l’a dotée de moyens propres de tolérer le fœtus et de le nourrir.

4/  Comme le souligne Fabienne Cazalis [5], « le phénomène évoqué, appelé « Gène soumis à empreinte », décrit comment certains tissus sont déterminés non pas par les deux allèles (maternel et paternel) des gènes impliqués, mais par un seul allèle, soit maternel, soit paternel. S’il est vrai que chez les souris, le rôle des gènes d’origine paternelle est essentiel pour la constitution du placenta, il n’en est pas de même chez tous les mammifères ! Chez les Humains, il y a effectivement une influence des gènes soumis à empreinte lors de la constitution du placenta, mais cette influence est mixte, avec action combinée de certains allèles provenant du père et d’autres provenant de la mère.« 

En conclusion : La défense par les psychanalystes d’une théorie à bout de souffle et des pratiques aux conséquences funestes dans le cas de l’autisme est déjà navrante, mais la falsification des connaissances scientifiques pour légitimer cette théorie et ces pratiques est tout simplement intolérable. Une raison de plus pour continuer à défendre Sophie Robert contre la censure, et pour contribuer à sa suite à éclairer le public sur la psychanalyse.

—-
Sur le web

Lire aussi : « Le mur », un documentaire sur la psychanalyse, menacé de censure par Anton Suwalki.

[note][1] Lire « Le mur », un documentaire sur la psychanalyse, menacé de censure.

[2] On peut d’ailleurs regretter que la réalisatrice n’ait pas intercalé dans son documentaire de mise au point de la part de spécialiste pour réfuter les affirmations de Golse et Naouri.

[3] Pour en savoir plus sur le sujet, lire « Comment la mère protège son fœtus », Edgar D Carosella et Nathalie Rouas-Freiss, dans Pour la science n° 410.

[4] Et même un peu plus, puisqu’elle seule lui transmet son ADN mitochondrial.

[5] On peut retenir cette mise au point de Fabienne Cazalis, docteur en sciences cognitives :
http://www.soutenonslemur.org/2011/12/01/reactions-fabienne-cazalis-phd-1122011/ [/note]

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  • Toujours une bonne chose de démasquer les Diafoirus du ciboulot ! En bref : le 20e siècle fut celui de la « religion de l’ACQUIS » : mythes et délires freudiens, béhavioristes, lacaniens, psychopédagogiques marxistes, etc. Le 21e siècle, espérons-le, sera celui d’une véritable « science de l’INNÉ » : de sérieuses découvertes génomiques, moléculaires (déséquilibre des neurotransmetteurs), neurodéveloppementales (connexions synaptiques anormales), etc. Toutes les fadaises contextuelles et environnementalistes devront laisser place à une réalité médicale. Non pas bien sûr que l’éducation et les stimuli extérieurs ne jouent pas un rôle important dans le développement d’un individu, mais ils ne peuvent le faire qu’à l’intérieur de limites biologiques fabriquées à la naissance et extrêmement contraintes (les fameux « traits » tant niés et honnis par la gauche « tabula rasa » bien pensante : « caractère », « talent », « aptitudes », « intelligence », « handicap », etc.). Il s’agira de réviser radicalement la véritable part de l’éducation et peut-être de la ramener à la peau de chagrin qu’elle représente en réalité sur un individu déjà donné…

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