3 idées fausses sur l’économie à oublier

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Aux États-Unis, des idées fausses circulent quant à la dépendance de l’économie domestique à l’égard de la Chine ou du Moyen Orient. Des idées reçues à réviser

Aux États-Unis, comme en Europe, des idées fausses circulent quant à la dépendance de l’économie domestique à l’égard de la Chine (concernant les biens de consommation et le financement de l’endettement) ou à l’égard du Moyen-Orient (concernant l’énergie). Des idées reçues à réviser.

Par Morgan Housel, États-Unis.

Lors d’une conférence à Philadelphie en octobre dernier, un professeur de Wharton a remarqué que l’un des plus gros problèmes économiques du pays était un tsunami de désinformations. Il est impossible d’avoir un débat rationnel lorsque les faits sont si facilement supplantés par des déclarations exagérées, des généralisations et des idées fausses.

Voici trois idées fausses qui doivent être mises au placard.

Idée fausse n°1 : les Américains dépensent principalement leur argent dans du « made in China ».

Fait : seulement 2,7% des dépenses des particuliers vont aux produits et services chinois. 88,5% des dépenses des consommateurs vont aux produits et services américains.

J’ai utilisé cette statistique récemment dans un article et la réponse des lecteurs fut écrasante : c’est de la foutaise. Les gens n’y ont tout simplement pas cru. Les chiffres proviennent d’un rapport de la Réserve fédérale des États-Unis. Vous pouvez les lire ici.

La réfutation que j’ai généralement reçue fut : « Comment cela peut-il être 2,7% quand pratiquement tout à Walmart est « made in China » ? » Parce que Walmart et ses 260 milliards de dollars de recettes aux États-Unis n’est pas vraiment représentative des États-Unis et de son économie à 14,5 billions de dollars. Walmart a beau vendre une large gamme de babioles, dont beaucoup sont fabriqués en Chine, l’immense majorité des dépenses des Américains ne va pas dans des bibelots.

Le Bureau of Labor and Statistics [NdT : principal établissement du gouvernement américain dans le domaine de l’économie du travail et des statistiques] suit de près la façon dont un Américain moyen dépense son argent dans un rapport annuel appelé Enquête sur les dépenses de consommation. En 2010, l’Américain moyen a dépensé 34% de ses revenus dans son logement, 13% pour la nourriture, 11% dans des assurances et pensions, 7% pour les soins de santé et 2% dans l’éducation. Ces catégories représentent à elles seules 70% des dépenses totales et sont composées presque entièrement de biens et services américains (seulement 7% des denrées alimentaires sont importées, selon l’USDA).

Même en ne prenant en compte que les biens matériels, les importations chinoises ne représentent qu’une petite fraction des dépenses des États-Unis. Juste 6,4% des biens non durables achetés aux États-Unis – comme la nourriture, les jouets, les vêtements – sont fabriqués en Chine ; 76,2% sont fabriqués aux États-Unis. Concernant les biens durables – comme les autos et les meubles – 12% sont fabriqués en Chine ; 66,6% sont fabriqués aux États-Unis.

Une autre façon d’appréhender la valeur des biens fabriqués en Chine est de regarder les importations. Les États-Unis ont importé pour 399 milliards de dollars de biens fabriqués en Chine l’année dernière, ce qui représente 2,7% des 14,5 billions de dollars créés par notre économie. Est-ce beaucoup ? Oui. Est-ce la majeure partie de notre argent dépensé ? Pas du tout.

Une part de cette idée fausse provient certainement de l’idée que l’industrie manufacturière américaine a connu une forte baisse. La vérité, surprenante pour beaucoup, est que la production manufacturière réelle est proche de son plus haut historique. Ce qui a chuté abruptement ces dernières décennies est l’emploi dans le secteur manufacturier. Technologie et automatisation ont permis aux fabricants américains de créer plus de choses avec beaucoup moins de travailleurs que par le passé. Un bon exemple : en 1950, une usine U.S. Steel, située à Gary en Indiana a produit 6 millions de tonnes d’acier avec 30 000 travailleurs. Aujourd’hui, elle produit 7,5 millions de tonnes d’acier avec 5 000 travailleurs. La production a augmenté ; l’emploi a coulé comme une ancre.

Idée fausse n°2 : Nous devons la majeure partie de nos dettes à la Chine

Fait : la Chine détient 7,6% de la dette en circulation de l’État américain

En novembre, la Chine détenait 11,3 milliards de bons du Trésor américain. La dette publique s’élevait à 14,9 billions de dollars. Cela fait 7,6%.

Qui détient le reste ? Le plus grand détenteur de la dette des États-Unis est l’État fédéral lui-même. Divers fonds de placement publics comme celui de la Sécurité Sociale détiennent 4,4 billions de dollars en bons du Trésor. La Réserve fédérale en détient 1,6 billions.

Tous deux sont propriétaires uniques : les intérêts payés sur la dette détenue par les fonds de placement du gouvernement fédéral sont utilisés pour couvrir une partie de la dépense fédérale, et la grande majorité des intérêts gagnés par la Réserve fédérale est renvoyée au Trésor des États-Unis.

Le reste de notre dette est détenu par nos États et les gouvernements locaux (700 milliards), les investisseurs privés nationaux (3,1 billions) et d’autres investisseurs étrangers sauf chinois (3,5 billions).

La Chine détient-elle beaucoup de notre dette ? Oui, mais c’est un oui mitigé. De toutes les dettes du Trésor détenues par des étrangers, la Chine est en effet le plus grand créancier (1,13 billions de dollars), suivie par le Japon (1 billion) et le Royaume-Uni (429 milliards).

L’on peut voir précisément que le Japon et le Royaume-Uni réunis détiennent plus de dette américaine que la Chine. À présent, combien de fois avez-vous entendu quelqu’un dire que nous empruntons de façon excessive au Japon ou au Royaume-Uni ? Moi, jamais. Mais combien de fois entendez-vous une version de « La Chine est notre banquier » ? Trop souvent, je dirais.

Idée fausse n°3 : la plupart de notre pétrole provient du Moyen-Orient

Fait : Seulement 9,8% du pétrole consommé aux États-Unis provient du Moyen-Orient

Selon l’U.S Energy Information Administration [NdT : l’Administration américaine d’information sur l’énergie], les États-Unis consomment 19,2 millions de barils de pétrole par jour. De cette quantité, 49% est produit aux États-Unis, le reste est importé.

D’où est-il importé ? Seule une petite partie provient du Moyen-Orient, et cette partie n’a fait que décroître ces dernières années. L’année dernière, les imports depuis la région du Golfe persique – ce qui inclut Bahreïn, Iran, Irak, Koweït, Qatar, Arabie Saoudite et Émirats Arabes Unis – ont représenté 9,8% du pétrole total fourni aux États-Unis. En 2001, ce chiffre était de 14,1%.

Les États-Unis importent deux fois plus de pétrole depuis le Canada et le Mexique que depuis le Moyen-Orient. Ajouter la part produite sur notre territoire et la majeure partie du pétrole consommé aux États-Unis provient d’Amérique du Nord.

Il ne s’agit pas de minimiser notre problème énergétique. Notre pays dépend des importations pour la moitié du pétrole consommé. Cela n’est pas bon. Mais le Moyen-Orient doit-il attirer autant l’attention lorsqu’il s’agit de notre dépendance pétrolière ? En termes de sécurité et de stabilité géopolitique, peut-être. En termes de volume, probablement pas.

Andy Rooney a dit que « Les gens tiendront généralement des faits pour vrais seulement si ces faits concordent avec ce en quoi ils croyaient déjà. ».  Est-ce que ces chiffres correspondent à ce que vous croyiez déjà ? Sans rancune si ce n’est pas le cas.

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Article original titré 3 Economic Misconceptions That Need to Die publié le 13.02.2012 sur DailyFinance.
Traduction : N.S. pour Contrepoints.