Frapper l’Iran ? Un point de vue américain

À moins que les Américains ne soient prêts à se battre contre les Iraniens jusqu’à la mort, Washington doit cesser de polariser la situation. L’agressivité dans la stratégie et la rhétorique ne favorisent pas la sécurité des États-Unis.

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Frapper l’Iran ? Un point de vue américain

Publié le 11 mars 2012
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À moins que les Américains ne soient prêts à se battre contre les Iraniens jusqu’à la mort, Washington doit cesser de polariser la situation. L’agressivité dans la stratégie et la rhétorique ne favorisent pas la sécurité des États-Unis.

Par Malou Innocent et Jonathan Owen (*), depuis les États-Unis.

Un article du Cato Institute traduit par UnMondeLibre.

Face aux « aspirations nucléaires » de l’Iran, les candidats à la primaire républicaine aux États-Unis, à l’exception notable de Ron Paul, préfèrent une réponse plus « musclée » que la position actuelle du président Obama.

Pourtant, une politique plus agressive pourrait conduire à une autre guerre au Moyen-Orient, ou à tout le moins inciter encore davantage le régime de Téhéran à chercher à obtenir l’arme nucléaire.

L’hypothèse selon laquelle une guerre courte avec des frappes limitées empêchera l’Iran d’obtenir une arme nucléaire est problématique. Les dommages que provoqueraient de telles frappes au programme nucléaire iranien seraient modestes, exigeant sans doute de nouvelles frappes dans quelques années, ou une présence à long terme sur le terrain.

James Clapper, directeur du renseignement national des États-Unis, a déclaré qu’une attaque des installations nucléaires de l’Iran retarderait son programme nucléaire d’un à deux ans. Des actions militaires américaines à intervalles de quelques années constituent une stratégie ingérable.

Pire encore, les tentatives pour arrêter le programme de l’Iran militairement permettra de renforcer la volonté iranienne de chercher une force de dissuasion nucléaire. L’ancien secrétaire à la Défense Robert Gates a déclaré que la solution militaire rendra les Iraniens « absolument déterminés à obtenir des armes nucléaires. (…) Ils vont tout simplement aller plus loin et de manière plus secrète. »

Donc, si l’Iran tient bon, avec les ayatollahs encore debout, les faucons de Washington vont sûrement faire valoir que les États-Unis ne peuvent pas se permettre de montrer une quelconque faiblesse – et que la crédibilité des Etats-Unis dépend du fait de faire pression pour construire un État « ami » à Téhéran.

Voilà une pente glissante vers une guerre plus étendue.

Si tel est le cas, l’Iran, un pays avec deux fois et demie la population de l’Irak et quatre fois son territoire, ne sera pas une sinécure.

Beaucoup de ceux qui militent pour une action immédiate ignorent ces réalités, en se concentrant sur l’affirmation selon laquelle l’Iran est sur le point d’acquérir suffisamment de matière fissile pour produire une arme nucléaire. Mais, selon la communauté du renseignement américain, les dirigeants iraniens n’ont pas réellement décidé de construire une arme.

Comme l’expert nucléaire Joseph Cirincione du Ploughshares Fund l’a fait valoir, l’Iran pourrait décider, comme le Japon et d’autres pays, d’avoir seulement la capacité de produire une arme nucléaire rapidement.

Même avec la bombe, l’Iran n’est pas une menace imminente pour la sécurité de l’Amérique. Si jamais elle le devenait, les États-Unis pourraient rapidement assurer la destruction absolue de l’Iran, peut-être grâce à une attaque nucléaire.

Quant à la question souvent évoquée de la sécurité d’Israël, la capacité de frappe de l’allié fidèle des États-Unis reste solide et peut dissuader l’Iran.

Au cours des 60 dernières années, le gouvernement américain a renversé le gouvernement démocratiquement élu de l’Iran, soutenu son dictateur pro-occidental, secrètement soutenu des militants et les acteurs régionaux contre lui, fermement enjoint les autres pays de ne pas commercer avec lui, entouré le pays avec ses forces armées et déclaré son intention de le bombarder.

À moins que les Américains ne soient prêts à se battre contre les Iraniens jusqu’à la mort – peut-être à intervalles répétés – Washington doit cesser de polariser la situation. L’agressivité dans la stratégie et la rhétorique ne favorisent pas la sécurité des États-Unis.

Sans exiger que l’Iran renonce sur la question de l’enrichissement d’uranium, les États-Unis (qui représentent près de la moitié des dépenses militaires dans le monde, possèdent un des arsenaux nucléaires les plus importants de la planète et peuvent projeter leur puissance dans le monde entier) devraient lever les sanctions, mettre un terme à leur agressivité et ouvrir une ligne de communication directe avec Téhéran.

Le Président américain a dit à plusieurs reprises que « toutes les options sont sur la table ». Mais, contrairement à la croyance populaire, la stratégie de la diplomatie avec l’Iran est une option qui n’a pas encore été entièrement épuisée. Les Iraniens pourront alors décider que la capacité nucléaire n’est pas dans leur meilleur intérêt. Les preuves s’accumulent, et l’histoire récente montre que tout le reste n’est que « solution » de court terme.

—-
Un article du Cato Institute, publié dans le New York Daily News le 08.03.2012.
Traduction : UnMonde Libre.

(*) Malou Innocent, est analyste au Cato Institute à Washington D.C. et Jonathan Owen est un ancien officier de marine.

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  • Les candidats républicains peuvent jacasser autant qu’ils le veulent. Des frappes avant 2013 ne sont probablement pas envisageables.

    Du côté du Canada, Stephen Harper fait des pieds et des mains pour s’attirer la sympathie d’Israel et pour ce faire il multiplie les déclarations belliqueuses qui font paraître Santorum pour sain d’esprit. M. le premier ministre devrait cependant réfléchir un peu et regarder son armée qui n’a aucunement les moyens ne serait-ce que d’imaginer une action armée. Alors lui aussi peut bien continuer de jacasser, il n’y aura que des paroles.

    Heureusement, Barrack Obama temporise la situation et l’Iran reste calme face aux provocations de ces acteurs impuissants. Je ne crois pas du tout à l’imminence d’un conflit dans cette région.

  • « Quant à la question souvent évoquée de la sécurité d’Israël, la capacité de frappe de l’allié fidèle des États-Unis reste solide et peut dissuader l’Iran. »

    Totalement faux. C’est l’inverse. Ce sont les Etats-Unis qui sont l’allié fidèle ( d’une fidélité allant jusqu’à l’aveuglement stupide ) d’Israël.

  • Je suis surpris du peu d’analyse contenue dans cet article qui ressemble plus à un billet d’opinion.
    Sans être moi-même un quelconque expert du moyen orient, j’ai pu noter un certain nombre de points soit omis, soit traités avec trop de légèreté.
    Par exemple :
    – Dire que menacer d’intervenir pour empêcher la fabrication d’une arme nucléaire inciterait l’Iran à la fabriquer est un peu court, comme raisonnement : Si on menace, on incite, si on ne menace pas, l’Iran n’a pas peur, et fabrique la bombe. On ne s’en sort pas. Une alternative ?
    – En quoi frapper les installations de recherche nucléaire iraniennes tous les ans serait-il ingérable ? J’y verrais à l’inverse une excellente occasion de tester tout plein de nouveaux matériels…
    – Dire que l’Iran des ayatollahs – qui prêchent régulièrement la mort des Etats-Unis et d’Israël – dirigé par un ancien terroriste, qui, régulièrement, porte atteinte aux intérêts américains dans la région (cf Irak, Syrie, Liban, etc.) ne serait pas « une menace imminente pour la sécurité de l’Amérique » est un peu rapide. En quoi ? Que se passe-t-il si la bombe tombe sur Israël ? On laisse faire ? Si l’Iran décide d’annexer le Koweit, ou l’Irak, comment fait-on ? Ca devient tout de suite plus compliqué, avec une bombe au milieu. cf Corée du Nord.
    – Dire que « les Américains doivent être prêts à se battre contre les Iraniens jusqu’à la mort » semble excessif. Que l’Iran ne soit pas l’Irak est une évidence. Mais de là à en parler en ces termes, il y a une marge qui nécessiterait une démonstration.

    Je n’ai, quant à moi, pas d’avis tranché sur la question. J’aurais aimé un article plus profond. Dommage.

    • et moi,je suis surpris de la complexité de votre solution proposée!!il est plus simple de désarmer ISRAEL , de lui imposer les résolutions de l’ONU,qui le condamnent,lui faire accepter le droit international ,et le bombarder,s’il ne veut pas respecter le droit international!!! c’est plus simple,moins cher, et plus juste!!! à mediter!!!

    • A celà, j’ajouterais que l’Arabie Saoudite et la Turquie ont annoncé que si jamais l’Iran possédait la bombe atomique, ils se doteraient aussi de l’arme nucléaire et développeraient des missiles balistiques. Selon des experts, l’Égypte n’aurait d’autre choix de se doter également de l’arme nuclaire afin d’éviter l’égémonie de l’iran sur leur pays.

  • Vous écrivez « selon la communauté du renseignement américain, les dirigeants iraniens n’ont pas réellement décidé de construire une arme », or un très récent document des services US (NIE 2012) se montre bien plus pessimiste que le précédent (auquel vous faisiez certainement référence), indiquant que l’Iran pourrait être à quelques mois d’une capacité nucléaire à visées militaires. Ces données récentes modifient elles votre analyse ?
    Pour ma part, je considère a contrario de vos conclusions qu’un Iran nucléaire dans l’environnement proche-oriental est lourd de grandes menaces et certainement pas de stabilité, en ce sens qu’il se trouverait alors en mesure d’offrir un parapluie nucléaire et donc l’immunité non seulement au régime des mollahs ;ce qui en soi n’est que l’affaire des iraniens et ne constitue pas problème) mais aussi et surtout aux groupes terroristes régionaux auquel l’Iran n’a jamais cessé d’apporter son soutien, parmi lesquels Hezbollah, Hamas, etc… funeste liste à laquelle on peut ajouter le régime Syrien dont rien ne peut présager qu’il aura disparu le jour ou l’Iran aura dépassé la ligne rouge.

    • « alors en mesure d’offrir un parapluie nucléaire et donc l’immunité non seulement au régime des mollahs ;ce qui en soi n’est que l’affaire des iraniens et ne constitue pas problème) mais aussi et surtout aux groupes terroristes régionaux  »

      Ils l’ont déjà l’immunité. L’irak et l’Afghanistan réduite « par les armes » sont des creuset et des réservoirs pour le terrorisme et personne n’a réussi à réduire l’Iran. Celui qui essayerait ne ferait que déplacer le problème voir l’intensifier.

      So what ? Si un taré de chez eux atomise Israël (très peu probable) non seulement ils risquent de s’en prendre en retour mais en plus ils seraient frappé du sceaux de l’infamie même par la majeur partie du monde musulman qui n’aurait VRAIMENT pas envie d’un voisin qui atomise des civiles arabes et juifs aussi facilement. Ce serait un suicide politique et religieux.

      Quand à la Syrie elle est empêtrée dans des luttes de clans religieux qui n’a que peu à voir avec Star Wars.

      • @Ilmryn
        Parlant d’immunité, je pensais plutôt à la possibilité qui serait offerte au Hezbollah ou au Hamas, pour ne parler que de ces deux là, d’établir un conflit permanent de moyenne intensité avec Israël, en bombardant jusqu’au cœur du pays, ou organiser des campagnes terriristes partout dans le monde, sans risque de se voir opposer une opération militaire intensive qui ne pourrait être que conflit majeur si l’ami iranien est disposé à utiliser sa dissuasion.
        Constatez ce qui se produit actuellement autour de la Syrie, et l’immobilisme devant les crimes contre l’humanité de Bachar al Assad, alors même qu’il ne bénéficie que de la protection « conventionnelle » de son voisin et ami iranien, mais il est vrai de celle, plus lointaine mais bien nucléaire de Moscou.
        Qui dans ces conditions se risquerait à ouvrir un conflit majeur ?

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