Quelle monnaie après l’euro ?

Eurozone futur

Certains voient le salut dans le retour aux monnaies nationales, avec ou sans règle monétaire. Et si on cherchait une piste plus simple : la concurrence monétaire ?

Certains voient le salut dans le retour aux monnaies nationales, avec ou sans règle monétaire ; d’autres pensent que le temps de l’or est revenu ; on voit aussi fleurir ici ou là des monnaies locales, soutenues par les autorités publiques. Et si on cherchait une piste plus simple : la concurrence monétaire ?

Par Jean-Yves Naudet.
Article publié en collaboration avec l’aleps.

Le nouveau plan de sauvetage de la Grèce ne trompe personne. Il s’agit, paraît-il, d’éviter la banqueroute de ce pays, mais la banqueroute est là puisque les créanciers privés voient leurs créances fortement réduites : elles ne seront jamais remboursées. La zone euro pourrait donc éclater un jour ou l’autre. Certains voient le salut dans le retour aux monnaies nationales, avec ou sans règle monétaire ; d’autres pensent que le temps de l’or est revenu ; on voit aussi fleurir ici ou là des monnaies locales, soutenues par les autorités publiques. Et si on cherchait une piste plus simple : la concurrence monétaire ?

L’euro, l’eurofranc ou le franc ?

La crise monétaire et financière, puis la crise des dettes souveraines, a ébranlé la confiance vis-à-vis des monnaies et en particulier de l’euro.

L’éclatement de la zone euro n’est plus une hypothèse d’école. Certains imaginent déjà le retour aux monnaies nationales. Dans une version soft  il s’agirait d’un eurofranc, ou d’un euromark, monnaies de paiement nationales liées de façon rigide à l’euro, un peu comme le centime d’euro par rapport à l’euro : où serait le changement ? Une autre version consisterait à imaginer deux euros, du Nord et du Sud, avec un taux de change flexible entre les deux, à l’intérieur d’une zone de fluctuation limitée (un « remake » de l’écu – qui a échoué).

Reste le vrai retour à de vraies monnaies nationales, et la fin de l’euro. Il poserait des problèmes, en particulier avec une dette libellée en euros, et une monnaie nationale dévaluée, qui alourdirait mécaniquement le poids de cette dette. Si les Etats veulent en profiter pour dévaluer leur monnaie, ce « ballon d’oxygène » –  qui est en réalité un vol des créanciers – serait vite épuisé.

Quelle que soit la solution adoptée, on se heurtera toujours au même problème : peut-on compter sur l’indépendance des banques centrales ? Nul n’ignore les manipulations monétaires auxquelles se livrent certaines banques centrales (Chine et USA notamment), pour booster leurs exportations. Mais la Banque Centrale Européenne elle-même pratique, au mépris de ses statuts, une politique monétaire keynésienne pour « relancer » l’économie et pour monétiser la dette publique. 

La règle monétaire ?

Certains, comme Milton Friedman en son temps, espèrent le salut dans une règle monétaire intangible, inscrite dans la constitution : une croissance régulière et raisonnable de la masse monétaire. Ce serait une solution si les gouvernants respectaient ce type de règle. Mais dès que la règle devient réellement gênante, les gouvernements s’en affranchissent. Ils ne respectent pas davantage la constitution que les traités internationaux, comme le montre le viol permanent et généralisé du plafond de déficit budgétaire (3% du PIB) fixé par le traité de Maastricht. Comme les banques centrales (qu’il s’agisse de la BCE ou de toute autre) n’ont qu’un indépendance fictive, la règle d’or ne fait illusion qu’un temps. Autant confier à l’ours la garde du pot de miel.

Le retour à l’étalon-or ?

Certains voient le salut dans un retour à des monnaies convertibles en or, nationalement (comme avant 1914) ou internationalement (comme le dollar jusqu’en 1971). L’idée est que la monnaie reposerait sur une « valeur réelle ». Le retour à l’étalon-or véritable empêcherait largement les manipulations monétaires, les ajustements se faisant automatiquement sans que les gouvernants n’y puissent rien. L’or, cette « relique barbare » comme disait Keynes, inspire souvent confiance, comme le montre depuis des années le rush sur les achats d’or, dont le prix a explosé : plus de 1700 dollars l’once, contre 35 dollars en 1971 ! Les banques centrales s’y mettent à leur tour. Jamais elles n’ont acheté autant d’or depuis un demi-siècle : 440 tonnes. N’est-ce pas la valeur refuge ?

Mais d’une part il n’est pas certain que l’hypothèse d’un retour à l’or soit politiquement réaliste, compte tenu des réserves variables d’un pays à l’autre et de la répartition sur quelques pays des mines d’or. D’autre part l’or est aussi une marchandise, dont la valeur « réelle »(subjective) varie en permanence.

Enfin et surtout, le retour à l’étalon-or implique la définition par chaque banque centrale de la parité de sa monnaie par rapport à l’or. Or, l’histoire monétaire des deux siècles derniers montre que les Etats n’hésitent pas à dévaluer leur monnaie, à modifier unilatéralement leur parité. Cette pratique avait été interdite par les Accords de Bretton Woods, mais aucun pays ne l’a respectée, et surtout pas la monnaie pilier du système, le dollar. La convertibilité du dollar en or a finalement été supprimée le 18 août 1971 : fin du système !

Les monnaies locales ?

Les milieux altermondialistes ou proches des « indignés » voient le salut dans les monnaies créées par des particuliers ou des associations. En France le SEVE (système d’échange pour vitaliser l’économie) crée la « roue » dans le Vaucluse, les indignés créent l’allumette à Aix, le Nostra à Salon, l’Abeille à Villefranche-sur-Lot, la Mesure à Roman, l’Occitan à Pézenas, etc. Dans le monde entier on en dénombrerait quelque 5.000 monnaies « locales ».

Faut-il leur prêter quelque avenir ? Elles n’ont en fait que des communautés de paiement très restreintes. D’ailleurs elles sont inventées par des gens qui sont hostiles à l’échange marchand et encore plus à la mondialisation. Il s’agit de favoriser le seul commerce local. Produire, travailler et consommer au pays. Comme l’expliquent les initiateurs de ces monnaies locales, « on veut savoir où va l’argent », des « circuits courts » pour « éviter la spéculation ». On adopte une charte éthique, fondée par exemple sur « l’humain, la terre et le terroir ». C’est en fait un refus de la société ouverte.

De plus, ces monnaies locales sont en général fondantes : elles perdent leur valeur dans le temps, pour inciter à les dépenser tout de suite : pas question d’épargner, l’épargne, « c’est le mal capitaliste ». Toutes ces expériences reposent sur une aide des collectivités locales, qui les subventionnent. Comme toujours en France, ces initiatives ne sont souvent que les faux nez des communes qui les encouragent et tout se termine par des impôts payés…en euros.

Du  « fiat monnaie » à la privatisation ?

Pourtant, il y a peut-être avec ces monnaies locales une réaction contre ce que l’on appelle le « fiat monnaie », contre la vieille idée que c’est au pouvoir politique de décréter ce qu’est la monnaie et, d’un coup de baguette magique, l’imposer aux peuples pour leurs échanges. On rejoint un thème libéral, développé notamment par Hayek : la privatisation de la monnaie, les monnaies concurrentielles. Mais cette fois, ce serait une véritable procédure de liberté, reposant sur des banques libres, produisant librement des monnaies concurrentielles, sous leur responsabilité (personnelle ou partagée dans des réseaux labellisés). Voilà des monnaies sans frontières, qui seraient acceptées partout où l’on a confiance en elles. Utopie ? Cela a existé dans l’histoire, et l’utopie consiste plutôt à  faire confiance aux hommes de l’Etat, qui se sont toujours révélés incapables de gérer correctement la monnaie. La liberté produit de meilleurs résultats que l’étatisme. Pourquoi la monnaie échapperait-elle à cette règle ?

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