La fin de l’étalon-or : cinquante ans de folie monétaire

L’étalon-or impliquait une limite à la voracité monétaire et fiscale des administrations. Le fait d’y mettre fin a ouvert en grand les vannes de la croissance de l’endettement.

Par Daniel Lacalle.
Un article du Mises Institute

Cette année marque le cinquantième anniversaire de la décision de Nixon qui a mis fin à la convertibilité du dollar en or. Cet événement a ouvert l’ère d’une économie mondiale dopée à la dette et la monnaie fiat. Depuis cette date les crises sont plus fréquentes mais elles sont aussi plus courtes et toujours « résolues » en émettant davantage de dette et de monnaie.

Figure 1 : Evolution du ratio dette sur PIB de 12 pays.  1971 a été le catalyseur du super cycle dette/QE.

La fin de l’étalon-or a été le déclencheur d’une expansion massive du crédit dans le monde entier et a consolidé la position du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale, car il a de fait remplacé l’or dans les réserves des principales banques centrales.

Figure 2 : Fréquence des crises (probabilité annuelle en pourcentage).

Ainsi donc, depuis la fin de l’étalon-or, les crises sont plus fréquentes mais aussi plus courtes qu’auparavant.

Le montant des dettes au niveau mondial a crevé le plafond à plus de 350 % du PIB.  Ce qu’on appelle improprement « l’économie financiarisée », qui est en réalité une économie basée sur le crédit, s’est envolée.

Figure 3 : La dette mondiale à un niveau jamais atteint en 2020.

L’étalon-or impliquait une limite à la voracité monétaire et fiscale des administrations. Le fait d’y mettre fin a ouvert en grand les vannes de la croissance de l’endettement et la tentation sournoise des États qui reportent les déficits actuels sur les générations futures.

En remplaçant l’or par le dollar en tant que monnaie de réserve mondiale, les USA ont pu emprunter et émettre de la monnaie massivement sans déclencher d’hyper-inflation car ils exportent leur déséquilibre monétaire vers le reste du monde. Les autres monnaies suivent la même expansion monétaire sans la demande mondiale dont bénéficie le dollar. Les déséquilibres croissants finissent donc toujours par rendre ces monnaies plus faibles comparées au billet vert et les économies plus dépendantes du dollar.

Cette fuite en avant dans laquelle sont engagées la plupart des banques centrales a fait qu’il n’y a plus vraiment d’alternative au dollar américain comme monnaie de réserve car les autres pays ont abandonné l’orthodoxie monétaire et fiscale au même moment, affaiblissant ainsi leur capacité à constituer une réserve de valeur alternative.

Figure 4 : Bilan des banques centrales en pourcentage du PIB (données jusqu’en décembre 2020).

Dans les années soixante, n’importe laquelle des monnaies des principaux pays pouvait faire concurrence au dollar si ses réserves en or étaient suffisantes.  Aujourd’hui, aucune monnaie fiat ne peut concurrencer le dollar, ni en capacité financière ni en tant que réserve. L’exemple du yuan est emblématique. L’économie chinoise représente presque 17 % du PIB mondial et sa monnaie est utilisée dans moins de 4 % des transactions mondiales, selon la Banque des règlements internationaux.

Avec la fin de l’étalon-or, Nixon a consolidé et garanti pour longtemps l’hégémonie financière et monétaire des États-Unis, tout en lâchant la bride à une économie mondiale dopée au crédit où le risque financier dépasse l’économie réelle dans une mesure disproportionnée.

Les défenseurs de la fin de l’étalon-or mettent en avant le fait que les crises sont plus courtes et que l’économie mondiale s’est renforcée pendant cette période. Toutefois, il est plus que douteux que l’expansion massive du crédit soit la cause du progrès.  Les dettes improductives se sont envolées et la fiscalité s’est alourdie, alors que la gravité des crises s’est accrue elle aussi, crises qui sont à chaque fois « résolues » par plus de dettes et pus de prise de risques.

Une économie dopée au crédit et la création monétaire massive profitent de manière disproportionnée à ceux qui perçoivent les premiers l’argent et les crédits, c’est-à-dire les administrations et les riches. Cela aggrave les difficultés des classes moyennes et des plus pauvres qui tentent d’améliorer leur niveau de vie, étant donné que les prix des actifs sont artificiellement gonflés alors que les salaires réels croissent plus lentement que les dépenses essentielles comme le logement, la santé, l’énergie, cependant que les impôts augmentent.

Traduction Contrepoints.

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