Pour des monnaies complémentaires

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Dans son dernier ouvrage intitulé « Repenser l’économie », Philippe Herlin ne se contente pas de nous donner les clefs pour comprendre l’économie

Philippe Herlin ne se contente pas seulement de nous donner les clefs pour comprendre l’économie. Il demande une grande réforme dans son dernier ouvrage intitulé Repenser l’économie (Eyrolles, 2012). Il a tout à fait raison.

Par Bogdan Calinescu, publié en collaboration avec l’aleps

Il faut le dire d’emblée. C’est un livre de théorie économique. Mais écrit avec clarté, pédagogie et – surtout – passion. L’auteur, chercheur en finances et chargé de cours au CNAM, est un admirateur de Mandelbrot, celui qui a découvert les fractales et qui est, malheureusement, trop peu connu en France. Ses travaux sur les marchés financiers ont même été boudés par les économistes universitaires réticents à l’idée d’« incertitude » en économie. Philippe Herlin rend justice à Mandelbrot et à sa théorie qui explique mieux que d’autres ce qui se passe depuis 2008.

« Notre économie est fractale », écrit l’auteur. Les variations de cours des actifs financiers répondent à des lois de puissance. Il faut en comprendre les conséquences sur l’activité économique aussi. Les fractales remettent en cause le concept d’efficience des marchés. Trop souvent on oublie de prendre en compte les anticipations qui sont multiples et peuvent changer régulièrement. Le marché est aléatoire, on ne peut pas vraiment prévoir.

Que faire ? Philippe Herlin n’hésite pas à proposer des solutions. Il faut se débarrasser de la vision gaussienne de l’économie et prendre conscience des lois de puissance. « Si je suis élu Président de la République, je m’engage à développer les monnaies complémentaires en France », c’est l’appel lancé par Philippe Herlin aux candidats à l’élection présidentielle à travers cet ouvrage.

On sait très bien que la crise n’est pas finie. On sait moins comment en sortir. L’auteur ne se contente donc pas de rappeler les principales causes de l’effondrement du système, il donne aussi des pistes pour le remplacer. Il vaut mieux penser déjà à l’après euro, cette monnaie politique et étatique, à « cours forcé », et favoriser la concurrence monétaire grâce aux monnaies complémentaires. Elles pourraient faciliter des transactions et créeraient de la richesse économique.

La plus ancienne monnaie complémentaire en service date de 1934, il s’agit du wir en Suisse. Elle a été lancée au moment où les banques diminuaient les crédits à cause de la crise économique de l’entre deux-guerres. Seize entrepreneurs se sont réunis pour voir comment ils pouvaient sauver leurs sociétés. Ils ont compris que ce qui leur manquait c’était l’argent pour payer les fournisseurs. Aux États-Unis, en 1933-1934, quatorze villes adoptent des monnaies locales et connaissent un redressement spectaculaire jusqu’à ce que le New Deal interdise cette expérience.

Mandelbrot, Pareto, cygne noir, monnaie complémentaire : les nouveaux concepts pour sortir de la crise. Voici un essai rafraîchissant face à un discours économique ambiant complètement déphasé.

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