Pourquoi l’État est incapable de créer des emplois durables

Les emplois utiles n’existent qu’au moment où les producteurs en trouvent l’utilité. Stimuler la demande peut, au mieux, faire revenir une économie au statu quo de la pré-crise.

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Pourquoi l’État est incapable de créer des emplois durables

Publié le 15 février 2012
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Les emplois utiles n’existent qu’au moment où les producteurs en trouvent l’utilité. Stimuler la demande peut, au mieux, faire revenir une économie au statu quo de la pré-crise.

Par Arnold M. Kling (*), depuis les États-Unis

On constate aujourd’hui une persistance élevée du chômage, bien plus sévère en Europe et aux États-Unis qu’à aucun autre moment de leur histoire depuis la Grande Dépression. Quelle solution peut-on envisager pour remédier à cette situation ?

Les keynésiens modernes expliquent que le problème vient du fait que les entreprises et les consommateurs ne jouent pas leur partition respective. Les keynésiens nous disent qu’emprunter et dépenser est une tâche difficile, mais que quelqu’un doit en assumer la responsabilité. Et ce quelqu’un, c’est l’État.

Malheureusement, ce point de vue peut se révéler incorrect. Je crois plutôt que le processus de création d’emplois ne s’explique pas par les théories de Keynes, mais plutôt par les théories d’Adam Smith et de David Ricardo. Smith est reconnu pour sa description des avantages de la spécialisation et de la division du travail. Ricardo a souligné que les gains tirés du commerce proviennent de la consommation de biens que d’autres produisent plus efficacement. Du point de vue de Smith et de Ricardo, les vrais emplois émergent dans un contexte de spécialisation et de commerce durables.

Malheureusement, les types de spécialisation et de commerce qui avaient émergé il y a cinq ans ne se sont pas révélés très durables. Beaucoup d’emplois dans la construction de l’habitat, dans la fabrication et la distribution de biens durables, et dans la finance hypothécaire étaient tributaires du marché de l’immobilier qui était lui-même soumis à une hausse constante des prix. Aux États-Unis et au Royaume Uni en particulier, le secteur de la finance s’est développé bien au-delà des possibilités de sa valeur économique réelle. Une fois que les bulles immobilières ont éclaté, il est devenu clair que les emplois qui y étaient attachés n’étaient pas viables. Au même moment, la destruction créatrice en cours portée par l’Internet et la mondialisation ont continué à permettre la substitution du capital et l’émergence de marchés du travail et de la main-d’œuvre pour les pays industrialisés, et ceci dans de nombreux secteurs. Ensemble, ces phénomènes ont provoqué une dislocation généralisée.

Davantage de dépenses publiques ne nous feront pas revenir aux jours où les soi-disant titres hypothécaires qualifiés de triple-A pouvaient être fabriqués à partir de prêts douteux accordés à des emprunteurs non qualifiés. Cela ne freinera pas les gains de productivité continus dans la production et le commerce de détail. Cela ne facilitera pas non plus les ajustements nécessaires dans l’éventail des compétences de la population active. Ces ajustements nécessaires ne peuvent être produits que par les efforts décentralisés des entrepreneurs.

Comment crée-t-on des emplois ?

Pour les keynésiens, la création d’emplois est simple. Les entrepreneurs savent quoi et comment produire. Tout ce dont on a besoin, c’est d’une demande forte, afin de les inciter à embaucher plus.

Peu de professions sont éternelles. Rappelez-vous les standardistes ? - Archives Holdings Inc. / Getty Images

En revanche, dans notre histoire ricardo-smithienne, savoir quoi et comment produire résulte d’un processus de découverte. Les entrepreneurs doivent trouver les façons efficientes d’utiliser les ressources qui répondent au mieux aux besoins des consommateurs. Les mécanismes de marché procèdent d’abord par essais et erreurs avant de créer les processus de production qui exploitent un avantage comparatif. Tant que les nouveaux modèles de spécialisation et de commerce durables ne sont pas trouvés, il n’y a pas de poche nouvelle d’emploi.

Expérimenter de nouveaux types de spécialisation et de commerce est relativement facile. Découvrir les nouveaux modèles de spécialisation et de commerce durables l’est beaucoup moins. Notre bien-être économique dépend de la capacité des entrepreneurs à trouver ces solutions durables.

Le mot « durable » dans l’expression « modèle de spécialisation et de commerce durables » (MSCD) réfère à la rentabilité. Seuls les projets économiques rentables peuvent se maintenir. En revanche, les configurations économiques qui ne sont pas rentables doivent au final s’arrêter. C’est bien le problème avec la structure des échanges créée par les emprunts et les dépenses publiques : ils ne sont pas durables, comme l’illustre aux États-Unis l’échec de la plupart des entreprises d’ « énergies vertes » soutenues par le plan de relance du président Obama. En outre, comme les décideurs politiques européens en ont fait l’expérience, il y a des limites à l’endettement public pour financer leurs expérimentations dans les domaines de la spécialisation et du commerce.

***

Les modèles modernes de spécialisation et de commerce sont devenus beaucoup plus complexes qu’ils ne l’étaient il y a quelques centaines d’années. Après des générations de complexité croissante, ces modèles sembleraient insondables pour les gens des époques anciennes. Supposons qu’un voyageur-du-temps débarque parmi nous de 1800. Imaginez que vous preniez un échantillon aléatoire d’une douzaine de personnes qui travaillent dans différents bureaux et que vous essayiez d’expliquer à notre voyageur-du-temps la façon dont ces personnes contribuent au processus de production. Essayez d’expliquer le rôle d’un programmeur sur internet, d’un graphiste, d’un analyste de données ou d’un spécialiste du marketing des médias sociaux. Essayez d’expliquer qu’aux États-Unis moins de 2% de la population active travaille dans la production agricole et que moins de 6% de la production est manufacturière.

Toute cette dynamique et toute cette effervescence sont absentes des histoires keynésiennes de la demande globale. Mais elles sont au cœur de l’histoire du MSCD. Dans l’histoire du MSCD, les récessions majeures ont lieu lorsque trop de modes de spécialisation et de commerce deviennent d’un seul coup insoutenables. Le mécanisme entrepreneurial d’ajustement est dépassé, et il faut plusieurs années à l’économie pour s’adapter.

Si l’histoire keynésienne de la demande n’est pas valable aujourd’hui, il se peut aussi qu’elle ne l’était pas non plus durant la Grande Dépression. Les années 1920 et 1930 étaient, comme aujourd’hui, une période durant laquelle des changements technologiques majeurs ont fait leur chemin au travers de l’économie. L’historien de l’économie Alexander Field a fait valoir que la décennie des années 1930 a vu plus de progrès technologiques que toute autre décennie dans l’histoire américaine.

L’interprétation MSCD de la Grande Dépression aux États-Unis serait que le moteur à combustion interne et le petit moteur électrique ont tous deux perturbé les modèles de spécialisation et de commerce. Par exemple, le tracteur a remplacé le travail humain dans l’agriculture, ce qui a conduit à une baisse spectaculaire de la main-d’œuvre agricole et du métayage.

En 1950, on a vu un changement de la composition de la force de travail aux États-Unis. Le taux d’éducation secondaire a atteint les 59%, alors qu’il n’était que de 29% seulement en 1931. La nature du travail a changé aussi. Avec les machines qui prenaient de plus en plus part aux activités industrielles, le travail humain est devenu plus administratif. Avec des coûts de fabrication et de transport plus faibles, la distribution de gros et au détail s’est développée pour accueillir des biens de consommation en abondance.

***

Notre époque a vu les ordinateurs et internet restructurer de façon spectaculaire l’activité économique. Les standardistes téléphoniques, une profession en plein essor il y a 50 ans, ont simplement disparu. Les industries telles que la presse et la distribution musicale ont été perturbées, ce qui a entraîné la chute de nombreuses entreprises et de leurs emplois. Les chaînes de distribution d’alimentation ont été affectées de façon spectaculaire, permettant aux magasins le stockage d’une plus grande variété de produits provenant de fournisseurs moins chers, un roulement de leurs stocks plus rapide, une réduction du niveau de stockage et une adaptation plus rapide aux changements de préférences des consommateurs.

La fable keynésienne nous conduirait à prévoir une reprise fondée sur le retour des travailleurs dans les emplois qu’ils occupaient avant la crise. Ce n’est pas ce qui s’est passé après la Grande Dépression. Et ce n’est pas ce qui s’est passé lors des plus récentes crises aux États-Unis, en particulier celle qui a pris fin en 2009. Rétablir le plein emploi nécessite une restructuration importante de l’économie, plutôt qu’un simple retour au statu quo de la pré-crise.

Les dépenses publiques supplémentaires pour soutenir l’emploi peuvent, au mieux, créer des emplois non durables sur le court terme. Sur le long terme, elles ne feront que déformer et entraver les ajustements nécessaires à la création de modèles de spécialisations et de commerces durables.

—-
Article titré originellement « Government Cannot Create Sustainable Jobs » et publié le 03.02.2012 dans le Wall Street Journal. Traduction : JATW pour Contrepoints.

(*) Arnold M. Kling est un économiste américain et l’auteur du dernier article de l’Adam Smith Institute, « Patterns of Sustainable Specialization and Trade. »

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  • L’État crée bien des emplois durables…qui ne durent que trop !

    🙂

  • Merci pour les corrections 😉 … et pour avoir relayé cet excellent article!

  • Il ne faut pas espérer grand-chose de la part des politiques depuis l’ère mitterand pour pouvoir créer des emplois. Puisque celui-ci à libérer les prix avec le patronat de l’époque et accélérer les délocalisations.

    On a cru que la délocalisation permettrait d’accroître la croissance, alors que çà était l’inverse. La situation se retourne contre eux ! Les salaires n’ont fait que de stagner et les produits bas n’ont pas permis d’accélérer la relance. En tout état de cause les licenciements n’ont qu’un effet multiplicateur d’une dégradation continuel du chômage tout partie politique confondu. Que ce soit de mitterand à la futur droite de 2017, rien ne changera, lorsqu’il ne sont plus au pouvoir, ils font campagne, ainsi on nourrit des rigolos payer de 14000 € à 20000 €, plus les avantages requis ! la prochaine campagne ne sera qu’un futur leurre !

    A une certaine époque de ses 32 ans d’économie politique, ils auraient dû stopper par tous les moyens la course efreiner des délocalisations. Ainsi cela aurait permis de préserver un minimum d’emploi sur tous le territoires ! le smic étant devenu un salaire de S.D.F.
    Mais maintenant c’est trop tard, on n’était à 1.998000 chômeur en 2008 pour finir à 2.987.100 emplois soit 1000.000 emplois en quatre ans ! D’ou 250.000 par an ou 25.000 par mois. Sarko a rien foutu, tout ce qu’ils savent faire c’est de tronquer ce chiffre en permanence.
    En conclusion aujourd’hui, c’est qu’on est incapable de créer de nouveaux emplois !
    Mais vous ne faites que de détourner le problème en posant cette question aux politiques, alors que c’est le patronat qui sont crèateur d’emplois ! Le partie politique ne sert à rien, à part pondre des taxes de toutes sortes !
    En tous état de cause l’état est incapable d’empêcher de partir une société sur tout le reste de la planète !

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