Anthologie d’idées reçues en économie

150 idées reçues sur l'économie (Crédits l'Expansion, tous droits réservés)

Revue de l’ouvrage « 150 idées reçues sur l’économie », de Franck Dedieu, Emmanuel Lechypre et François de Witt, journalistes à L’Expansion

Revue de l’ouvrage « 150 idées reçues sur l’économie » de Franck Dedieu, Emmanuel Lechypre et François de Witt, journalistes à L’Expansion.

Par Anton Wagner.

Franck Dedieu, Emmanuel Lechypre et François de Witt, tous du journal l’Expansion, viennent de publier 150 idées reçues sur l’économie. Avec pour slogan « Arrêtez de vous faire enfumer ! ».

Moi j’ajouterai : Arrêtez de nous rouler ! Car sur les 150 idées reçues, beaucoup (possiblement 101, je n’ai pas regardé dans le détail) ont déjà été publiées, par les mêmes, dans un ouvrage datant de 2007 : 101 idées reçues sur l’économie, cela ne s’invente pas…

De plus, aucune fiche n’est datée. Même si parfois, à la lecture, on peut déduire la date, c’est gênant.

Bref. Ce qui m’interpelle, ce sont les raisonnements parfois maladroits, ou bien maladroitement exposés. Voici deux exemples.

Exemple 1 : La mondialisation aide à sortir de la pauvreté (n°45)

Franck Dedieu conteste l’idée. La pauvreté, dit-il, se réduit surtout en Chine ; en Inde elle recule peu et augmente même en Afrique noire.

Pour l’expliquer, il cite le président du Cepii (Centre d’études prospectives et d’informations internationales), Michel Fouquin. Ce dernier dit que « Les gagnants de la mondialisation […] ont tous un point commun : ils exportent dans plusieurs secteurs ».

Moi je comprends : la mondialisation réduit bel et bien la pauvreté, à condition de s’y insérer suffisamment et de façon efficace. Ce n’est pas tout à fait la même chose, car on commence par croire que la mondialisation ne sert à rien. (On pourrait d’ailleurs objecter que le recul de la pauvreté, en Chine seule, est déjà un beau succès.)

Exemple 2 : La concurrence profite toujours aux consommateurs (n°147)

Voilà une réfutation qui interpelle n’importe quel libéral ! Mais la démonstration paraît bien tordue. En effet, la concurrence étant contraignante pour les entreprises, celles-ci peuvent s’entendre pour la limiter. Emmanuel Lechypre à l’inspiration de faire cette citation : « Nos concurrents sont nos amis, nos clients nos ennemis. » Voilà qui résume bien les buts d’un cartel.

Mais précisément, le cartel est le contraire de la concurrence. Les défauts qui sont les siens ne sont donc pas ceux de la concurrence… Ce qu’il aurait été plus juste de dire, c’est que le marché ne crée pas toujours les situations où la concurrence est la plus forte, réalité effectivement défavorable aux clients. Cela n’équivaut pas, toutefois, à dire que la concurrence elle-même ne profite pas toujours aux consommateurs…

Il y a une autre possibilité. Le titre est maladroit ; l’auteur ne voulait pas dire que la concurrence n’était pas toujours favorable aux consommateurs, mais bien qu’elle n’était pas parfaitement garantie par le marché. C’est quand même embêtant.

Néanmoins, il y a loin qu’il n’y ait que des mauvaises choses. Sont notamment intéressantes les notices – presque toutes nouvelles – concernant la crise actuelle.

Idées reçues sur la crise

Sept fiches s’attaquent à la crise (idées reçues n°26 à 32) ; voyons ce qu’elles racontent.

Il y a d’abord l’acquittement des faux coupables. Les hedge funds ne sont pas responsables de la crise. Mais ils sont parfaits dans ce rôle : ils investissent sur le marché des dérivés, ils jouent aussi bien à la baisse qu’à la hausse, ils s’installent dans des paradis fiscaux échappant aux régulateurs… Bref, de sales bêtes que nos politiciens ne peuvent que rêver de mettre au pas. Quand on veut tuer son chien, on l’accuse d’avoir la rage.

Il y a ensuite les faux diagnostics. Devant la débâcle ayant frappé certains pays, aussi bien importateurs qu’exportateurs, d’aucuns se réjouirent du modèle français, qui amortit si bien la crise. D’autres suggérèrent qu’il fallait fermer les frontières ! Sauf qu’agir ainsi, c’est ne pas profiter de la reprise économique.

Beaucoup ont jubilé du retour de l’État – parce que les crises entraînent toujours le retour de l’État/vengeur masqué, qui donne raison aux contempteurs du marché. Sauf que, comme le dit Jean-Paul Betbèze, « Il ne fallait pas croire au retour de la puissance publique. Le pouvoir appartient au créancier […], pas au débiteur qui est l’État, même s’il jouait au pompier encore la veille. » Et oui, à trop croire que l’endettement public n’est pas un problème…

Par ailleurs, réduire les salaires des salariés ne serait pas une bonne idée pour sortir de la crise. En effet, la consommation baisserait, ce qui aggraverait les choses. Cela reviendrait aussi à faire peser la crise sur les salariés, et non les actionnaires, alors que l’enrichissement de ces derniers se justifie par les risques financiers qu’ils prennent.

Enfin, il y a quelques menues corrections. Par exemple, les crises financières causent moins de tort à la croissance que les crises immobilières et les krachs monétaires ; les riches ne s’en sortent pas indemnes, leur patrimoine en prend un coup et le matraquage fiscal se dessine à l’horizon ; le déficit commercial n’est pas nécessairement signe de crise, tout dépend de son origine (on peut s’inquiéter si ce sont les exportations qui s’effondrent).

Bref, 150 idées reçues sur l’économie est une compilation intéressante qui permet d’avoir un petit aperçu de différentes questions.