L’Honneur d’un Officier

Goulag Laos

Un article d’opinion de notre dessinateur, René Le Honzec.

Un article d’opinion de notre dessinateur, René Le Honzec.

Le 27 octobre 2011, le colonel en retraite Robert Jambon, 86 ans, a garé sa voiture, est allé s’assoir sous la petite pagode-mémorial de Dinan (Côtes d’Armor) érigée en mémoire des morts d’Indochine et s’est tiré une balle dans la tête. Ce fut le dernier acte de guerre d’un soldat marqué par ses combats en Indochine, aux cotés des volontaires Hmongs qui lui sauvèrent la vie à deux reprises. Qui se souvient, se soucie, des guerres d’Indochine puis du Viet-Nam qui opposèrent pendant trente ans (1945-1975) Français puis Américains aux nationaux-communistes Nord-Vietnamiens ? Pour mémoire, les Nord-Vietnamiens l’emportèrent en envahissant le Sud-Vietnam, mettant fin à des siècles de conflits nord-sud. Au passage, il y eut des dommages collatéraux, comme le génocide perpétré au Cambodge par les Khmers Rouges, d’obédience maoïste. Il y a eu d’autres guerres dans les guerres : celle, millénaire, opposant les Han chinois aux Viets, originaires de Chine (Guandong) et repoussés vers le sud pour arriver au « Viet-Nam ». Celles, séculaires, opposants les ethnies primitives condamnées à se réfugier dans les montagnes, aux conquérants Viets. Les unes, comme les autres, ne sont pas finies.

Français et Américains surent utiliser les qualités de ces ethnies farouchement hostiles aux occupants Viets en les formant en maquis, d’une redoutable efficacité. Dien Bien Phu aurait, peut-être, pu être sauvé par ces maquis Méos (Hmongs) menés par une poignée d’officiers et sous-officiers atypiques comme Déodat Dupuy-Montbrun (lisez ses polars!). La République du Viet-Nam disparue, des maquis montagnards subsistèrent, abandonnés de tous. Plus de 100.000 purent s’enfuir aux États-Unis, 10.000 en France. En décembre 2007, une dépêche annonçait la déportation de 4000 survivants Hmongs, réfugiés-internés en Thaïlande, vers l’État communiste du Laos, constant dans sa politique génocidaire à leur égard. La « Communauté Internationale s’est déclarée indignée », poil au nez. BHL n’y était pas.

C’est pour combattre une dernière fois pour ses camarades Hmongs que le colonel Jambon a tiré sa dernière cartouche. Le 28 novembre 2011, le commandant Elie Denoix de Saint-Marc, 89 ans, ex-résistant, ex-officier légionnaire au Tonkin, ex-commandant du 1er REP putchiste en 1962, ex-condamné de la Vème République, a été fait Grand Officier de la Légion d’Honneur par Nicolas Sarkozy, Président de la République Française. Ce Héros n’avait pu accepter l’abandon des Harkis après celui de ses partisans Tho en 1950. Au moment où un ancien Président est condamné pour de basses magouilles mercantiles, ces deux hommes illustrent une notion perdue par la plupart de nos élites et du peuple : la vertu de l’Honneur. Il n’y a pas que l’économie, la politique, la retraite, les conditions de travail, Koh Lanta, les vacances, etc.

Il y a la Vertu, il y a l’Honneur, indignez-vous ! Indignez-vous !