Les cochons et les indignés

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Le fonctionnement des mouvements « Occupy » fait drôlement penser à « La ferme des animaux » d’Orwell

Le fonctionnement des mouvements « Occupy » fait drôlement penser à « La ferme des animaux » d’Orwell.

Par David Descôteaux, depuis Montréal, Québec

Je viens de relire La ferme des animaux, de George Orwell. Un bijou. Qui me fait drôlement penser aux divers mouvements « Occupy », que ce soit à Montréal ou Wall Street.

Sur la ferme, les animaux se révoltent. Menés par les cochons — animaux les plus intelligents du groupe —, ils chassent le fermier. Une fois la révolution faite, les animaux s’entraident pour faire fonctionner la ferme. Mais au fil du temps, des clans se forment. Certains animaux assoiffés de pouvoir — les cochons — prennent le contrôle. Les cochons usent de propagande, de mensonges (ils collaborent même avec les fermiers voisins!) Le sort des animaux de la ferme se dégrade peu à peu. Pendant que les chevaux, canards et autres crèvent de faim, les cochons se bourrent la face. Et dorment au chaud dans la maison du fermier…

Un des commandements de la nouvelle ferme se lisait au départ : Tous les animaux sont égaux. À la fin, il se lit : « Tous les animaux sont égaux, mais certains le sont plus que d’autres ». Par cette fable, Orwell voulait critiquer les travers de la Révolution russe.

Le parc Zuccotti

J’ai pensé à La ferme des animaux en visionnant un segment de l’émission The Daily Show, de Jon Stewart. On y voit une journaliste se promener parmi les « indignés » à Zuccotti Park, New York. Le mouvement Occupy Wall Street, dit-elle, était en train de devenir ce qu’il dénonçait lui-même : une société non pas égalitaire, mais où s’opposent des classes sociales.

« Plus les gens deviennent nombreux, plus ils ont tendance à former des groupes », dit l’un des manifestants. Le parc se divise en deux classes, ajoute-t-il. D’un côté du parc, l’« élite ». Avec ses librairies de fortune, ses machines à café espresso et ses ordinateurs Apple dernier cri. De l’autre, le « ghetto ». Des manifestants plus pauvres, des tambours et des casseroles, des installations plus rudimentaires. « Ils (les “élites”) prennent les décisions sans le consentement de tout le parc », se plaint un indigné du ghetto.

Quand la journaliste demande à un manifestant s’il veut partager sa tablette électronique iPad avec un membre du ghetto, celui-ci répond : non. C’est à moi. Je suis contre la propriété privée, mais pas contre la propriété personnelle…

Comble de l’ironie : pour discuter et voter des propositions, les « élites » se rencontrent, bien au chaud… dans le lobby de l’immeuble de la Deutsch Bank, sur Wall Street!

Les beaux idéaux

Évidemment, le Daily Show fait dans l’humour. (Et non, je ne crois pas qu’Occupy Wall Street aurait fini en sanglante dictature des fans d’Apple!) Mais le parallèle avec Orwell est tentant (d’autres l’ont d’ailleurs fait avant moi). Les mouvements « occupy » sont légitimes et dénoncent avec raison un système tout croche. Mais si on pouvait vraiment repartir à zéro, est-ce qu’on accoucherait d’une société bien différente? Les plus belles idées font souvent fi de la nature des hommes, dont une partie cherchera toujours le pouvoir et le contrôle. Ou jugeront qu’ils le méritent parce qu’ils mettent plus d’efforts à la cause.

Cela vaut aussi pour les rêveurs les plus à droite. Vous souhaitez voir le gouvernement disparaître? Ça ne prendrait pas deux minutes qu’un autre prendrait le relais, peut-être en pire.

Peu importe les grands désirs de changement, l’histoire tend à se répéter. On a tous scandé « à bas le système » un jour ou l’autre. Avec raison. Mais comme Churchill dirait, le capitalisme est le pire de tous les systèmes économiques… à l’exception de tous les autres que l’on a essayé.

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