À quoi ressemblent les ultra-riches?

La plupart d’entre eux sont devenus riches à la force de leur propres poignets

La plupart des ultra-riches le sont devenus à la force de leur propres poignets. C’est ce que montre l’analyse des résultats du classement des 400 américains les plus riches réalisé par Forbes.

Par Georges Kaplan

Ronald Perelman, 87e richesse selon le classement du Forbes 400


Bill Gates
et Steve Ballmer sont tous deux issus de familles aisées de notables de Seattle pour Gates et de Detroit pour Balmer. Ils se sont rencontrés à Harvard, là où Gates et Paul Allen, encore étudiants, fondent Microsoft en 1975. Ballmer rejoindra l’équipe en 1980.

Warren Buffett est le fils d’Howard Buffet, un politicien américain. Fort des enseignements de Ben Graham, il se lance dans une carrière d’investisseur qui lui permettra, de proche en proche, de racheter une petite entreprise textile au bord de la faillite, Berkshire Hattaway, qu’il transformera en un des plus gigantesques conglomérats de l’histoire.

Larry Ellison est né dans le Bronx d’une fille-mère de 19 ans et d’un pilote de l’US Air Force qu’il n’a jamais connu ; il fut adopté par son oncle et sa tante alors qu’il avait 9 mois. Brillant et passionné d’informatique, il travaille sur un projet de base de données pour la CIA, le projet « Oracle », qui deviendra le nom de sa future entreprise.

Diplômés du MIT, Charles et David Koch sont les petits fils d’un immigrant néerlandais et les fils d’un entrepreneur du Kansas ; en quelques années ils ont transformé Koch Industries, la petite entreprise paternelle, en un des plus grands conglomérats des États-Unis.

Christy Walton est la veuve et l’héritière de John T. Walton, le fils du fondateur de Wal-Mart. Elle , avec ses beaux-frères Jim et Rob, et sa belle-sœur Alice ont hérité de Wal-Mart, le géant de la distribution fondé par leur père et beau-père, Sam Walton [1].

Fils d’un écrivain juif-hongrois, Georges Soros survit à l’oppression nazi et à la bataille de Budapest avant d’émigrer pour faire ses études à la London School of Economics [3] ; sans un sou, il financera son éducation grâce à l’aide de son oncle et à plusieurs petits boulots. Une fois diplômé, il émigre aux États-Unis et y entame sa carrière qui fera de lui un des investisseurs les plus célèbres de tout les temps.

Presqu’autodidacte, Sheldon Adelson a accumulé les expériences professionnelles et a créé plusieurs petites entreprises avant de réussir son premier gros coup avec le COMDEX, la première exposition dédiée au monde de l’informatique, et de construire son immense fortune dans le monde des casinos.

Michael Bloomberg, l’actuel maire de New York, est né d’un père agent immobilier et lui-même fils d’immigrants. Il a payé ses études en garant des voitures dans un parking avant d’entamer une carrière dans la finance et d’utiliser ses indemnités de licenciement chez Salomon Brothers pour fonder l’entreprise qui porte son nom, aujourd’hui un des leaders mondiaux de l’information financière.

Jeff Bezos est le fils d’une fille de rancher texan remariée quand il avait 5 ans avec un immigrant cubain qui l’a adopté et lui a donné son nom. Passionné d’informatique, il passe quelques années à travailler sur les ordinateurs de Wall Street et, en 1994, fonde Amazon.com dans son garage.

On ne présente plus Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, fils d’une psychiatre et d’un dentiste de New York, le petit génie de l’informatique crée la première version du site qui va faire sa fortune dans sa chambre d’étudiant à Harvard.

Sergey Brin et Larry Page sont l’un et l’autre des fils de scientifiques ; les parents de Page étaient professeurs de sciences informatiques à l’université du Michigan et la famille Brin a émigré d’URSS pour fuir les politiques antisémites qui leur interdisaient l’accès aux meilleurs postes. Les deux compères se rencontrent à Stanford et y fondent leur petite entreprise en 1998. Google est né.

Issu de la bourgeoisie new-yorkaise et fils du directeur financier d’une firme de relations publiques, John Paulson est né et a grandi dans la grosse pomme. Il fait carrière dans les fusions & acquisitions et finit par fonder en 1994 son propre hedge fund, Paulson & Co, avec 2 millions de dollars et un employé.

Michael Dell est le fils d’une orthodontiste et d’un broker texan. En 1984, il créé sa petite entreprise alors qu’il est encore étudiant à l’université du Texas grâce à un investissement de 300 000 dollars de sa famille. Dès sa première année, la future Dell Corporation réalise une marge brute de $73 millions.

Forrest Mars Jr, comme son nom le suggère, est l’héritier de la dynastie Mars fondées par son grand père, Franklin Clarence Mars, en 1920. Outre les célèbres barres chocolatées, la famille a aussi à son actif les M&M’s et le lancement du riz Uncle Ben’s.

Ces gens sont, d’après le classement des 400 américains les plus riches réalisé par Forbes, les 20 américains les plus fortunés au dernier pointage. Si certains, comme Gates ou Zuckerberg, sont issus de milieux aisés, d’autres, comme Ellison ou Soros, ont démarré leurs carrières avec presque rien. Mais notez bien ceci : au total, nous n’avons là, à proprement parler, que cinq héritiers (Forrest Mars et les quatre Walton [2]) : les 15 autres – les trois quart du top 20 – ont construit leurs fortunes respectives de leurs propres mains. Bien sûr, me direz-vous, certains ont bénéficié d’un coup de main et d’autres ont repris une entreprise familiale ; c’est vrai mais leurs héritages, sauf pour les cinq cités plus haut, ne représentent qu’une goute d’eau dans l’océan de leurs fortunes. Le reste est le fruit de leur travail.

Et ce top 20 est un fidèle reflet du reste du classement. L’analyse des résultats montre que le Forbes 400 devient de plus en plus méritocratique puisque 70% des individus qui composent cette liste de super-riches ont construit leur fortune eux-mêmes contre 55% en 1997 ; c’est le résultat le plus élevé observé par Forbes depuis trois décennies que ce classement existe.

Par ailleurs, ces résultats sont confirmés par les données de l’IRS [4], le fisc étasunien. Sur les 17 années fiscales de 1992 à 2008, 3 672 citoyens des États-Unis ont eu l’insigne honneur d’appartenir au moins une fois au club des 400 américains qui ont payé le plus d’impôts (i.e. les plus gros revenus). Il ressort des données de l’IRS que 2 676 d’entre eux (72,88%) ne l’ont été qu’une seule et unique année, que pas plus de 439 personnes (11,96% du total) ont réussi à faire partie du club pendant 2 ans et que seuls 4 de ces 3 672 contribuables (0,11%) sont parvenus à rester membres du top 400 durant les 17 années.

Voilà donc à quoi ressemble ce groupe que l’on appelle « les riches » (ou même dans ce cas les ultra-riches) et dont on nous explique qu’ils sont de plus en plus riches tandis que, naturellement, les pauvres sont de plus en plus pauvres. La plupart d’entre eux sont devenus riches à la force de leur propres poignets ; à part quelques héritiers, ils ont, par leur travail, par leurs prises de risques et par leur intelligence construit leurs fortunes et mérité chaque cent qu’ils ont empoché. Ces gens, l’élite du fameux 1%, ont créé des centaines de milliards de dollars de richesse, des centaines de milliers d’emplois, ont contribué à améliorer les conditions d’existence de plusieurs milliards d’hommes et de femmes et plusieurs d’entre eux consacrent une part considérable de leur fortune à des œuvres caritatives.

Quelqu’un peut-il nommer ne serait-ce qu’un seul politicien qui puisse en dire autant ?

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Sur le web

Notes :
[note][1] Sam Walton était le fils d’un ancien fermier reconverti dans la vente de crédits hypothécaires et ruiné par la Grande Dépression.

[2] Avec un « W ».

[3] Il y fut notamment l’élève de Karl Popper.

[4] Voir The 400 Individual Income Tax Returns Reporting the Highest Adjusted Gross Incomes Each Year, 1992-2008, tableau 4.[/note]