Briser les banques géantes

La taille des banques géantes n’est pas un aspect du problème bancaire, elle est le problème bancaire

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Briser les banques géantes

Publié le 3 octobre 2011
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La taille des banques géantes n’est pas un aspect du problème bancaire, elle est le problème bancaire.

Par Drieu Godefridi
Un article de l’Institut Turgot

Lorsqu’une entreprise fait de mauvais choix, elle tombe en faillite et ses créanciers se partagent les miettes.

Idéalement, il devrait en aller de même dans le domaine bancaire. Toutefois, la banque n’est pas une entreprise comme les autres.

Sa faillite implique que, du jour au lendemain, il reste aux déposants ordinaires la monnaie qu’ils ont en poche. Raison pour laquelle les faillites de banques, même petites, se sont régulièrement accompagnées de mouvements de panique et autres comportement irrationnels. Ce qui amena le gouvernement américain, par exemple, à instituer la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) qui, d’une part, préside à la faillite ordonnée des banques et qui, d’autre part, garantit les dépôts jusqu’à 200.000 US $. La FDIC se finance de manière exclusivement privée par les primes d’assurance que lui paient les établissements bancaires et d’épargne.

Cependant la planète Banque n’est pas semée que de modestes bâtisses, elle est dominée par de massives et arrogantes tours pharaoniques qu’on nomme « too big to fail » (TBTF) pour dire qu’on ne peut pas les laisser tomber en faillite, car leur affaissement entraînerait, par contagion, celle d’autres banques, d’une multitude d’entreprises et bientôt de pans entiers d’économie nationales.

Dans son célèbre ouvrage consacré au stade ultime du capitalisme, Lénine décrivait la concentration progressive de la finance mondiale dans les mains de groupes dominants.

Depuis un siècle, la finance engendre des titans qui ne cessent d’enfler, jusqu’à ce que l’État les brise. Ainsi du Glass-Steagall Act par lequel le Président Roosevelt ramena, en 1933, les banques américaines à de plus raisonnables proportions.

Car lorsqu’une banque dépasse le seuil critique, elle accomplit, du fait même, un changement de nature (une mutation ontologique), en se plaçant de facto sous la protection langoureuse de l’État. Ce qui lui permet de redoubler d’ardeur dans la prise de risques, gonflant dans des proportions gargantuesques, et rivalisant d’ingéniosité dans l’invention de nouveaux produits financiers. Ainsi des fameux dérivés, et dérivés de produits dérivés bientôt couplés à des crédits hypothécaires douteux, dont le retour au réel — la valeur de la brique sous-jacente — est à l’origine de la crise financière de 2008- (le tiret pour indiquer que nous y sommes).

Il apparaît en effet que ces mêmes banques qui, dans l’intervalle, se sont concentrées davantage encore (en récupérant les dépouilles de leurs sœurs tombées en 2008), et qui ont déployé des légions de lobbyistes généreusement stipendiés pour empêcher le pouvoir politique de porter atteinte à leur majestueuse énormité, se sont massivement, et tout aussi inconsidérément, investies dans d’autres produits, à la réputation certes meilleure que celle des produits dérivés, mais qui se révèlent à la sortie tout aussi toxiques : les bons de l’État grec et d’autres États aux finances publiques désastreuses.

Actuellement, les bons de l’État grec ne valent guère mieux, en fait nettement moins, que de vulgaires junks bonds d’entreprises en capilotade. Et nos États — le serpent se mord la queue, ressort, se remord la queue — de se précipiter au chevet du berceau de la civilisation, whatever it costs, car la chute de la Grèce entraînerait celles de plusieurs banques TBTF. Il s’agit, en somme, de secourir la Grèce pour éviter de ressortir le carnet de chèques au bénéfice des TBTF, une démarche qui ne serait pas très porteuse sur le plan électoral.

Les analystes divergent à maints égards, mais concordent sur un point : l’heure de vérité budgétaire approche, car se multiplient les États qui n’ont plus les moyens de cracher au bassinet, que ce soit d’autres États, ou des insatiables titans aux pieds d’argile de la finance.

La taille des banques géantes n’est pas un aspect du problème bancaire, elle est le problème bancaire.

À défaut d’avoir pu en prévenir l’avènement, nous devons les briser. Si les États n’en prennent pas l’initiative, comme le fit Roosevelt en 1933, c’est l’économie mondiale que ces dieux de la finance emporteront dans leur apothéose morbide.

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  •  » … Glass-Steagall Act par lequel le Président Roosevelt ramena, en 1933, les banques américaines à de plus raisonnables proportions. »
     » … Si les États n’en prennent pas l’initiative, comme le fit Roosevelt en 1933, c’est l’économie mondiale que ces dieux de la finance emporteront dans leur apothéose morbide. »

    La réalité dépasse très souvent les têtes bien pensantes qui s’adonnent au plaisir de pondre des lois et des règlements économiques tout en ignorant le fonctionnement réel des agents l’économiques.
    Le Glass-Steagall Act rentre dans cette catégorie de idioties réglementaires. Cet Actl a instauré une incompatibilité entre les métiers de banque de dépôt et de banque d’investissement et introduit le plafonnement des taux d’intérêt sur les dépôts bancaires.
    Il a été abrogé en 1999, mais depuis longtemps que le Glass-Steagall Act était contourné par l’ensemble de la profession bancaire ; il a eu pour conséquence une sous-capitalisation chronique de nombreuses banques américaines. En plus, les banques américaines ont ouvert des filiales au Royaume-Uni afin de contourner le Glass-Steagall Act, ce qui est à l’origine de l’essor de la City de Londres.
    Le plafonnement des taux de rémunération des dépôts bancaires a provoqué des déséquilibres dans le système financier américain et a été à l’origine du marché de l’Eurodollar à Londres.

    Que les socialistes défendent la mise en place d’un nouveau Glass-Steagall Act est tout à fait compatible avec leur idéologie irréaliste, leur ignorance du comportement des agents économiques et leur volonté de contrôler toutes les activités humaines afin de vivre au crochet du travail des autres. Par contre j’ai un peu de mal à comprendre que un auteur qui se dit libéral puisse prescrire de telles solutions …

  • Avant de briser quoi que ce soit, il convient de se demander pour ça existe, plutôt qu’autre chose. Le gigantisme est favorisé par le TBTF et par le retour sur investissement politique : une plus grosse banque peut verser une plus grosse contribution de campagne électorale …

    • Et on peut rajouter le système de banque centrale et de réserve fractionnaire (*), qui est également une des causes principales de l’immense richesse indue (car provenant de privilèges accordés par l’État) et du TBTF des banques.

      Bref, je suis en désaccord assez franc avec cet article…

      (*) contrairement aux Rothbardiens je ne pense pas que le système de réserve fractionnaire soit mauvais dans le cadre du free banking, mais seulement dans le système de banque centrale avec monopole monétaire.

    • les banques sont grosses et forment un oligopole. pourquoi ne pas se pencher sur moins de lois et rétablir un seuil d’entrée pour le marché qui soit plus raisonnable. qui peut donner un exemple de banque nouvelle en France ces dernières années, à part La Poste?

      Encore une fois, sans concurrence, oligopole (ou monopole) avec effets néfastes, à l’instar des opérateurs de téléphonies mobiles en France.

      une loi de plus n’est pas la solution.

      bonne journée,

      Crucol

  • Qu’est ce qu’un article de désinformation pareil fait sur Contrepoints?

    Ce sont toutes les règlementations sur les banques aux USA qui ont entrainé la crise des suprimes!!

    L’interdiction initiale faite aux banques d’exercer dans plusieurs états a créé des problèmes de répartition géographique du risque, ce qui a entrainé la création par l’état des monstres Fannie Vaé et Freddy Mac, c’est ça qui a déconnecté les crédits des banques.

    Ce n’est pas parce qu’une banque est grosse qu’elle va prendre des risques.
    Elle va les prendre pour deux raisons:
    1. Avec le système de refinancement créé par l’état américain, elle n’est plus directement liée aux prêts qu’elle octroie, donc elle peut prêter n’importe comment.
    2. quand elle sait que l’état va l’empêcher de faire faillite, elle peut faire n’importe quoi, la faillite est nécessaire au libéralisme!

    De plus ce se sont pas les produits financiers qui ont créé la crise, mais bien un problème initial d’attribution de crédits, le fait que ça ait été masqué dans un produit financier complexe n’a rien changé!

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