Royaume-Uni : récession en double creux et gueule de bois

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Les récessions suivent les bulles de crédits aussi sûrement que les gueules de bois suivent les excès d’alcool

La triste réalité est que la Grande-Bretagne a vécu au-dessus de ses moyens et que les récessions suivent les bulles de crédits aussi sûrement que les gueules de bois suivent les excès d’alcool.

Par Daniel Hannan, depuis Oxford, Royaume-Uni

Il y a quelques jours, la une du Guardian titrait : « La peur d’une récession en double creux  conduit à l’évaporation de £49 Mds de la valeur des actions. » La confiance des ménages est au plus bas, nous apprenait le quotidien, et l’activité du secteur tertiaire s’essouffle. Le Guardian devait être en train de fêter cette nouvelle, non ? Après tout, il ne cesse de nous dire que nous consommons trop, que notre mode de vie est insoutenable, que les gouvernements devraient « dépasser leur obsession du PIB » ; et maintenant son vœu est exaucé. Nous sommes en définitive en train de nous appauvrir.

Étrangement, le Grauniad [1] ne semble pas particulièrement satisfait. Au contraire, il souhaite davantage de plans de relance afin de renforcer nos vieilles habitudes consuméristes. Au lieu de laisser la bulle se dégonfler, il presse le gouvernement de la regonfler une fois de plus en maintenant les taux d’intérêts exceptionnellement bas, en faisant du « quantitative easing » et en empruntant encore et toujours plus (ou, comme il préfère le dire, en « diminuant l’allure des coupes budgétaires »).

Une confusion similaire existe outre-Atlantique. Alors qu’il était candidat à la présidentielle, Barack Obama affirmait à ses concitoyens : « Nous ne pouvons pas continuer à conduire nos SUVs [2], manger ce que nous voulons, maintenir été comme hiver nos maisons à 22°C [3], que nous vivions au milieu de la toundra ou au sein d’un désert, et continuer à consommer 25% des ressources de la planète alors que nous ne représentons que 4% de la population mondiale. » Il est certain que Barack Obama a tenu sa parole : sous sa présidence, les Américains achètent des voitures plus modestes, mangent de la nourriture meilleur marché et réduisent leurs facture d’énergie. Pourtant, étonnamment, Obama semble bien décidé lui-aussi à « relancer » son économie.

Il y a cependant une différence. Alors que la Fed a finalement cessé d’imprimer de la monnaie, la Banque d’Angleterre s’apprête à faire un nouveau QE – en dépit du lamentable échec des précédents.

La dure vérité est que la Grande-Bretagne et les États-Unis, comme la plupart des pays occidentaux, vivaient au-dessus de leurs moyens, consommant sans produire l’équivalent de leur consommation et empruntant pour combler la différence. Les récessions suivent les bulles de crédits aussi sûrement que les gueules de bois suivent les excès d’alcool,  forçant une réallocation rationnelle du capital et permettant à la croissance de reprendre sur des bases sobres. Celles-ci ne sont jamais plaisantes : la plupart des gens verront leur niveau de vie diminuer. Mais on ne peut éviter éternellement la gueule de bois en restant ivre mort.

Comme le plus grand de tous les Anglais l’a dit :

Je ne sais aucun remède contre cette consomption de la bourse. Emprunter ne sert qu’à la faire traîner, et traîner jusqu’à la fin; mais le mal reste incurable.
(William Shakespeare, extrait de King Henry IV, Partie 2, Acte I, scène 2)

D’une façon ou d’une autre, le lobby anti-croissance finira par obtenir ce qu’il désire. Nous allons nous appauvrir en raison d’une chute à court terme des richesses produites et des salaires, d’une augmentation des impôts, ou d’un transfert de richesse des épargnants au profit de l’État, dû à l’inflation. Chacune de ces trois possibilités sera douloureuse, mais la première a au moins le mérite de corriger le mal-investissement de la décennie passée et ainsi nous permettre de prospérer à nouveau. Les deux autres options ne feront que prolonger notre agonie : la hausse de l’imposition parce qu’elle confisquera l’argent des forces vives de l’économie, et l’inflation parce qu’elle pénalisera le travail, découragera l’épargne et affaiblira notre compétitivité.

En l’absence de coupes budgétaires significatives, la Banque d’Angleterre semble privilégier l’inflation comme moyen de réduire notre dette nationale. Néanmoins, laissez-moi le dire encore une fois, même si c’est seulement pour la forme : cessez d’imprimer de la monnaie ! Commencez à augmenter les taux d’intérêts !

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Sur le web.
Traduction : MXI pour Contrepoints.

Notes de traduction :
[note][1] Surnom du Guardian. Cet anagramme fait référence aux nombreuses erreurs typographiques que contenait le journal.
[2] Sport Utility Vehicle : véhicule utilitaire sport.
[3] 72°F dans le texte original.[/note]