Réponse à Jean d’Ormesson par Patrick de Casanove

Crise : poser le bon diagnostic, étape nécessaire pour adopter le bon traitement. 

Par Patrick de Casanove
Article publié en collaboration avec l’Institut Coppet

Le 18 août, dans « Le Figaro »,  Jean d’Ormesson s’interroge : « le capitalisme est-il capable de se transformer pour survivre à la crise qu’il traverse ? » Nous pouvons répondre que le capitalisme n’a pas besoin d’être transformé parce qu’il n’est pas en crise. Au contraire, c’est de lui que viendra la solution de la crise. « Capitalisme » s’entend ici au sens que lui donne Mises. Bien qu’il ne se confonde pas strictement avec le Libéralisme, il en est relativement proche. Pour des raisons de commodité, et parce que leur différence n’est pas le sujet, nous utiliserons ici l’un ou l’autre.

L’économie de marché victorieuse a été saisie de la même folie qui animait le marxisme : une espèce d’ivresse très proche de cette fameuse ubris des Grecs qui frappait les hommes emportés par l’orgueil. 

L’économie de marché n’a pas été saisie d’une quelconque folie.  L’économie de marché n’est pas centralisée et ce n’est pas une personne. Ce sont les échanges et actions, simultanés, libres, de milliards de personnes qui font l’économie de marché. Il est difficilement imaginable que des milliards de personnes perdent la raison au même instant, et travaillent tout à coup contre leurs intérêts, issus de leurs libres choix. La défaillance de quelques individus, ou groupe d’individus, ne perturbe pas le système. C’est là sa grande souplesse. De ses défaillances il tire de l’expérience et en sort une amélioration.

Par contre il est concevable et avéré, que les quelques personnes dont les décisions influent sur l’ensemble de la population, parce qu’elles ont tous les pouvoirs, se trompent simultanément. Ces personnes sont d’un même modèle, ont le même schéma de fonctionnement, sont persuadés d’avoir raison, ne savent pas se remettre en cause, ont le même intérêt.

C’est comparer Internet, et ses milliards de connections qui le rendent très difficile à bloquer, à un système informatique hyper centralisé où la défaillance du « centre » entraîne des catastrophes.

Le marché c’est la concurrence et la concurrence c’est le libre choix. Or, souvent, ce libre choix n’existe plus. Pour la bonne raison que, dans beaucoup de pays, l’économie de marché a quasiment disparu. En effet, cela fait belle lurette que les États règlementent l’économie. Les mécanismes de régulation naturels, qui existent dans une économie de marché digne de ce nom sont : la responsabilité personnelle, la concurrence. Ils n’existaient plus, dans bien des secteurs de l’économie, quand la crise a éclaté. À la place on trouvait la réglementation arbitraire des hommes de l’État. Aucun secteur n’y échappe, ni les grands secteurs de l’économie comme, la finance, les banques, l’agriculture, l’industrie, le commerce extérieur ; ni la vie quotidienne des gens corsetée par des dizaines de codes.

Quant à l’orgueil, il n’est pas à chercher du côté des individus qui subissent, mais bien des politiciens. Parce qu’ils veulent plier le monde à des organisations artificielles, jaillies de leur imagination. Ils ont la vanité de les croire parfaites, contrairement à la nature qui est imparfaite.

Les crises aussi se poursuivent. Elles s’enchaînent de plus en plus vite. 

C’est exact mais les crises économiques ne sont pas inéluctables. Elles sont le fruit inévitable de l’intervention de l’État dans l’économie. On le sait depuis le début du XIX° siècle, il suffit de se reporter aux travaux de Charles Coquelin et de Frédéric Bastiat. La catastrophe originelle passe souvent inaperçue. C’est une des causes du drame. On reste dans le « ce qu’on voit » et personne n’anticipe le « ce qu’on ne voit pas ». Parce que les effets néfastes d’une décision peuvent apparaître plusieurs générations après. Il y a alors bien longtemps que tous ont oublié le fait générateur et se contentent de confondre les effets et les causes. Enfin, ce temps long, plusieurs dizaines d’années parfois, ne correspond pas au calendrier du politique qui est dans l’instant. Ce qui l’intéresse c’est comment rester au pouvoir aujourd’hui. Dans une social-démocratie cet horizon se limite à la prochaine élection. Les conséquences lointaines lui importent peu. Il ne sera plus là. Ce temps long ne correspond pas non plus au temps du citoyen de base. Il est noyé sous un flot d’informations immédiates, multiples, où la passion et les sentiments ont remplacé la réflexion et la raison.

Un peu à la façon des répliques des tremblements de terre. Avec cette différence que les répliques des séismes se font de moins en moins fortes après la catastrophe originelle. Alors que la répétition des crises économiques fait craindre dans l’avenir un krach décisif et final.

Le krach final est à craindre, il arrivera si la catastrophe originelle n’est pas identifiée. Ou pire si une cause erronée est mise en avant.

On ne s’étendra pas ici sur les causes de ces crises. (…) On se contentera de remarquer que la répartition des responsabilités s’est sérieusement modifiée.

Mais c’est identifier les causes qui est capital ! Si l’on n’identifie pas les causes des crises, on prend de mauvaises décisions. On ne peut pas remarquer que « la responsabilité des crises s’est modifiée », si l’on n’identifie pas les causes. Il n’est pas possible de trouver où se situe la responsabilité d’un événement dont on ne connaît pas la cause. L’importance de l’intervention de l’État dans l’économie en fait le responsable. Cela ne s’est pas modifié. Son rôle ne peut être occulté. Il est néfaste. Refuser d’accepter cette vérité conduit à une suite de crises sans fin.

La crise du capitalisme est globale. Impossible dès lors d’échapper à la question qui rôde en silence dans les esprits : une vingtaine d’années après la chute du communisme, l’économie de marché est-elle menacée à son tour ?

Ce n’est pas la crise du capitalisme. Encore moins celle de l’économie de marché ; ni du libéralisme puisqu’il n’était pas appliqué avant. Ses solutions de sortie de crise ne sont jamais retenues après non plus.

C’est la crise de l’économie mixte, de la social-démocratie, de l’État providence, du volontarisme et de l’interventionnisme étatiste. Après la fin du communisme nous assistons à la fin de la social-démocratie. Elle a tenu plus longtemps parce que l’intervention de l’État y est moindre. Le dénominateur commun est l’intervention de l’État. La cause du décès est la même : l’extension sans fin de l’État. Plus l’intervention de l’État est forte, moins le régime est juste. Il finit par s’effondrer. La nature reprend ses droits : c’est la revanche des organisations naturelles sur les organisations artificielles.

C’est sur l’intervention de l’État qu’il faut revenir. Mais l’État n’est pas disposé à se laisser détruire d’où une fuite en avant, une course à l’interventionnisme. Nous passons imperceptiblement du totalitarisme mou en totalitarisme dur, du totalitarisme national au totalitarisme international. Pour se sauver, il faut que tous les États contrôlent tous les secteurs de la vie, pas seulement de l’économie. Le socialisme ne peut tolérer l’existence de terres de liberté refuges. D’où ce qui est vendu aux gens : « les harmonisations européennes » ou une « gouvernance mondiale ».

Ce qui frappe aujourd’hui, con­trairement à ce qui se passait au moment de la chute du mur de Berlin ou de l’écroulement du communisme, c’est l’absence de toute solution de rechange.

C’est faux, il y a des solutions de rechange cela s’appelle Liberté, Propriété, Personne, Responsabilité, Concurrence, en un mot « Libéralisme ».

Au combat entre marxisme et capitalisme qui s’est terminé par la défaite du marxisme et la victoire de l’économie de marché a succédé l’effondrement suicidaire d’un capitalisme sans rival. Si le capitalisme suit le communisme dans la tombe, vers quoi allons-nous ?

« (…) il semble bien qu’il n’y ait pas d’autre solution à la crise profonde du capitalisme qu’une réforme radicale de l’économie de marché. L’économie de marché est-elle capable, comme elle s’en est souvent vantée, de trouver les ressources nécessaires pour se transformer elle-même ?

Non le capitalisme ne suit pas le communisme dans la tombe. Il faut bien réaliser que le libéralisme n’a pas à être réformé, il a tout simplement à être appliqué.

L’économie de marché s’adapte instantanément. Parce qu’elle gère immédiatement, et simultanément des dizaines de milliards d’informations et que les acteurs sont des milliards d’individus. Ce qui n’a rien à voir avec l’inadaptation chronique des économies centralisées, où peu d’informations parviennent avec retard à très peu d’hommes. Ceux-ci ont malheureusement un orgueil trop démesuré, pour comprendre que leurs décisions monomorphes (taxer, imposer, réglementer), obsolètes avant d’être prises, sont intrinsèquement inutiles et dangereuses. De plus, quand elles redescendront au niveau des effecteurs, dans le monde réel, de l’eau aura coulé sous les ponts. Les situations où elles s’appliqueront ne seront pas celles pour lesquelles elles ont été pensées. Il ne peut en être autrement, le système centralisé est lourd et lent. Bien entendu, tant que l’intelligentsia restera prisonnière de ses idées fausses, elle sera incapable de se remettre en question, et la catastrophe prévisible arrivera.

La réforme ne peut être conduite que par les gouvernements en place (…) Réformer est toujours difficile. (…) Il y faut une volonté mêlée d’imagination et de courage. C’est de cette volonté-là que nous avons besoin si nous voulons échapper aux malheurs qui nous guettent.

Il faudrait trouver un gouvernement, non pas suicidaire, mais touché par la grâce Il se chargera de liquider l’État omnipotent, pour le recentrer sur ses fonctions régaliennes. Il devra rendre aux individus leur liberté économique.

La volonté ne consiste pas en une « politique volontariste » qui soumet l’Homme à des organisations artificielles. La volonté, le courage, consistent à lui rendre sa liberté et laisser agir l’organisation spontanée. Grâce à cela, la société s’adapte à des changements non anticipés, parce que la connaissance, l’information, diffuse rapidement au sein du marché.

Pompidou a dit à un secrétaire d’État, qui eut par la suite une belle carrière : « Arrêtez d’emmerder les Français ! ». À l’heure de la mondialisation il faudrait qu’un politicien dise a ses collègues « arrêtez d’emmerder le monde !»


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