« Les membres du Tea Party sont des terroristes ! »

tea-party

Loin de cette caricature de la gauche américaine, le Tea Party pourrait devenir une force durable de la vie politique aux États-Unis

La gauche américaine fustige les membres du Tea Party qu’elle compare à des terroristes. Pourtant, loin d’être des ennemis de l’Amérique, ces gens croient profondément au système représentatif et pourraient constituer une force durable de la vie politique des États-Unis.

Par John Samples (*), depuis Washington D.C., États-Unis
Article publié en collaboration avec le Cato Institute

Le contingent de Tea Party au Congrès a conduit les dirigeants républicains à négocier d’une façon plus âpre qu’ils ne l’auraient souhaitée lors du débat sur le plafond de la dette, il y a quelques jours. Les gauchistes en ont conclu à juste titre que le Tea Party a modifié le dénouement politique. Leur réplique a été de comparer les membres du Tea Party à des terroristes.

Le Vice-Président Joe Biden a récemment déclaré aux démocrates de la Chambre des représentants que les républicains du Tea Party avaient « agi comme des terroristes. » Et un chroniqueur du New York Times a affirmé que « les républicains du Tea Party ont mené un djihad contre le peuple américain. » Beaucoup de gens de la gauche vont sans aucun doute être inspirés par ces mots du Vice-Président et du Times, ainsi devrions-nous nous attendre au recours fréquent d’une telle rhétorique venimeuse fustigeant le mouvement comme ennemi de l’Amérique.

Ironiquement, le mouvement dépeint de cette façon prend son nom d’un événement emblématique de l’histoire américaine. Le Boston Tea Party de 1773 a aidé à établir le principe selon lequel un territoire non représenté ne peut pas être taxé (no taxation without representation). Et les membres de l’actuel mouvement Tea Party croient fermement au système américain de gouvernement représentatif. Ils ont contribué à renouveler le Congrès à travers l’élection de 2010, et dorénavant ils attendent que leurs efforts portent leurs fruits avec la mise en place de nouvelles politiques.

L’expression « Patriotes du Tea Party » – du nom de l’un des groupes du mouvement (Tea Party Patriots) – est beaucoup plus proche de la réalité. Loin d’être des ennemis de l’Amérique, ces gens croient profondément dans l’histoire de la nation, le serment et la Constitution.

Des visions divergentes

Dans un sens, la colère gauchiste envers le Tea Party se justifie. La vision de l’Amérique du mouvement Tea Party diverge de la réalité de l’État-providence que le pays a construit depuis 1936. On comprend donc qu’un Tea Party puissant soit inquiétant pour les gens de gauche – même si leur récente campagne de dénigrement est condamnable.

Mais le mouvement Tea Party est-il vraiment si puissant? Après tout, l’accord sur le budget a à peine freiné la croissance des dépenses de l’année prochaine, alors que l’État fédéral aura toujours un déficit de plus de 1000 milliards de dollars. Même avec la restriction prévue sur le long terme par l’accord de la semaine passée, l’État fédéral pourra toujours dépenser 4.250 milliards de dollars par an. Si l’accord a permis de réduire les dépenses fédérales, il est clair qu’il n’accouche pas d’un État nettement plus petit.

Cependant, la rage évidente chez les gauchistes a certainement plus à voir avec les batailles à venir qu’avec celles qu’ils viennent de perdre (ou de gagner). Nous sommes au début d’une longue lutte. Pour les prochaines années – et peut-être davantage – notre vie politique sera occupée par ce même genre de combat sur les dépenses, les déficits et les impôts.

Ces batailles seront plus qu’une simple question d’argent. Elles reflètent deux idées différentes de ce que devrait être le gouvernement américain. D’un côté, la vision du Tea Party. De l’autre, celle de l’État-Providence de Franklin Roosevelt, de Lyndon Johnson ou du président Obama, pour qui il faut toujours plus d’impôts et de dépenses en faveur de la sécurité et de l’équité des citoyens.

Jusqu’en 2008, la vision d’un big-government semblait l’emporter. Puis est arrivée la mobilisation du Tea Party en 2009, qui s’est concrétisée lors des élections de 2010.

Là pour durer

Cette victoire a été remarquable, mais, en un sens, peu convaincante. Après tout, dans le passé, de tels mouvements de protestation ont déjà émergé, affecté des élections, puis disparu. Le Reform Party de Ross Perot me vient spontanément à l’esprit. L’année dernière, il était loin d’être certain que le Tea Party soit plus qu’un souvenir d’ici l’été 2011.

Avant même les élections de 2010, les leaders du Tea Party craignaient que l’élection au Congrès de membres concernés par les questions fiscales ne serait pas suffisante pour sauver la nation de la ruine financière. Ils savaient qu’ils devraient rester vigilants à la suite de leur victoire pour s’assurer que les nouveaux membres se rappellent bien qui les avaient élu et pourquoi. La pression sur le président de la Chambre, John Boehner, par les représentants du Tea Party reflète ce choix stratégique.

Les politologues nous disent que, pour apporter un changement fondamental à la nation, les mouvements politiques doivent devenir des organisations permanentes. Le mouvement des droits civiques avait accompli une telle transformation. Le Tea Party pourra-t-il devenir également une composante durable de notre politique?

Il est trop tôt pour le dire, bien sûr, mais l’accord sur le plafond de la dette suggère que la réponse peut être oui. En fait, le Parti républicain pourrait bien être cette organisation permanente pour le Tea Party.

Même si la colère des gauchistes est compréhensible, ils devraient avoir honte de leur rhétorique hystérique contre le Tea Party. Celui-ci pourrait devenir une force durable de la vie politique américaine – une force politique qui pourrait lentement mettre fin à cette longue période qui a débuté avec le New Deal. Bien que le Tea Party soit souvent critiqué pour être ancré dans le passé, il est peut-être le signe avant-coureur de l’avenir.

—-
(*) John Samples est directeur du Center for Representative Government du Cato Institute. Il est professeur à l’Université Johns Hopkins et auteur de The Struggle to Limit Government.

Article originellement publié sur le site du Cato Institute sous le titre « Liberal Rage Won’t Stop the Tea Party’s Rise ».
Traduction : Contrepoints.