L’immigration libre, ennemie du socialisme

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La liberté d’immigration est une valeur du socialisme, nous rabâche-t-on

Notre premier article sur l’immigration (Vincent Bénard) ayant suscité des réactions nombreuses, nous proposons à nos lecteurs un autre article sur la liberté de circulation et le socialisme. Bonne lecture!

La liberté d’immigration est une valeur du socialisme, nous rabâche-t-on. Pour preuve apparente, dès qu’un nouveau parti voit le jour en Communauté Fr… pardon, Fédération Wallonie-Bruxelles et qu’il possède une analyse économique un rien libérale, il se fait immanquablement noyauter par les extrémistes et autres islamophobes de tous bords.

Nous mêmes, nous avons pu constater que quelques-uns de nos soutiens s’étaient engagés dans cet absurde combat anti-libéral qu’est l’immigration « choisie ».

Pourtant, l’immigration libre qui est, pour le militant de gauche, un label à poser entre « éco-conscient » et « commerce équitable » n’est rien d’autre qu’une idée turbo-libérale, ultra-capitaliste et, très probablement, mangeuse d’enfants.

De Karl Marx qui voyait, en l’immigration, « L’armée de réserve du capitalisme », ainsi que Georges Marchais qui y voyait l’ennemi du prolétariat jusqu’au tandem PS-cdH qui y voit un bon-électorat-mais-faut-pas-trop-en-réguler-quand-même, la liberté d’immigration n’a jamais été appréciée de la gauche politicienne à tel point qu’on se demande comment les libéraux, qui ne sont ni de droite ni de gauche, ont-ils pu perdre leur légitimité dans ce domaine?

La raison principale est, tout comme pour le cannabis, que les libéraux politiques se sont faits phagocyter idéologiquement au point d’en oublier d’être… libéral. En rentrant dans cette caricature qui est véhiculée comme un lieu commun et admise par trop de personnes y compris ceux qui s’en réclament; le libéral est un méchant patron liberticide qui n’aime que l’argent et lui-même.

Il n’y a pourtant rien de plus purement libéral que la liberté d’immigrer. Bastiat affirmait que toute théorie bonne pour un pays est bonne pour un village. Combien de temps donneriez-vous à un village où les gens peuvent partir mais ne peuvent pas rentrer, à l’instar de l’Europe? A contrario, pensez-vous que si la main d’œuvre affluait et que l’immigration amenait le savoir-faire des hommes, ce village ne prospèrerait pas? Et si l’immigration devait être régulée, quel critère objectif valoriserait un homme plutôt qu’un autre en assurant la diversité nécessaire à l’épanouissement d’une société?

Il n’y a pas de critère catégorique, pas de raison absolue, pas de moyen infaillible de définir les besoins d’une société en hommes si ce n’est en laissant chacun s’y expérimenter, y chercher sa place et la quitter s’il n’y trouve pas son bien-être.

On s’indigne à présent contre les politiques flamandes qui subordonnent la location d’un logement social à la réussite d’un examen de néerlandais y compris dans les communes de la périphérie bruxelloise où les francophones, pas moins belges qu’eux, sont parfois majoritaires. C’est pourtant assez logique.

Si vous laissez les politiciens mariner entre eux trop longtemps sans apport d’idées, il s’y développe une horrible moisissure nauséabonde. Pour bien faire, il faut touiller sans arrêt pour décoller les germes de « politique politicienne ». Le problème c’est que la moisissure se répand très vite et, à force d’admettre qu’on peut demander n’importe quoi à un étranger parce qu’il n’a pas la bonne nationalité, ils en viennent à coller en profondeur à cette idée. Plus moyen de ravoir le débat même en grattant. Elle s’est à présent étendue à des séparations fictives comme les frontières linguistiques et votre méchoui politique est bon pour la poubelle.

Les plus à dro… moins libér… plus conserv… Certains d’entre-vous me diront alors: « Oui mais les étrangers viennent pour voler le pain des belges en s’attaquant à notre sécu à l’aide de leurs 12 enfants et de leurs 5 femmes ». Ce n’est même plus du lieu commun, c’est admis par toute la classe politique et la survie de la sécu est la raison principale pour laquelle l’immigration trop importante est mal vue des quatre partis franco-socialeux. Combien de fois n’ai-je pas entendu des bons libéraux me dirent amèrement qu’ils ne verraient aucun problème à l’immigration libre le jour où la sécu chutera?!

C’est probablement qu’ils prennent le problème à rebrousse-poils. Si toute délivrance d’un montage étatiste à une situation de liberté est très douloureux alors que l’inverse est très facile par simple principe d’entropie, on ne sortira pas de la sécu sans y laisser quelques billets voire des faillites et des situations difficiles. Ce système intenable, colmaté sans arrêt et qui crée des drames sociaux au compte goutte mais sans aucune issue possible laissant ainsi les personnes précarisées s’accumuler entre le coût de ce système paralysant le marché de l’emploi et l’incapacité de ce système à pourvoir aux besoins de tous, comme entre la faucille et le marteau, devra s’effondrer tôt ou tard et, à l’image d’un sparadrap qu’on enlève, le plus subitement possible sera le moins indolore.

L’immigration se trouve alors être la solution à cette énorme épine dans la patte du libéral. Lui qui aspire tant au choix de sa sécurité sociale, à une concurrence mettant en place des offres adaptées et gérées sans impératif électoral, des coûts diminués par de laborieux ingénieurs de gestion et une multinationalisation réductrice de frais et facilitant l’accès à ces assurances. L’ouverture inconditionnelle des frontières le plus tôt possible sera l’arrachage de sparadrap nécessaire qui fera tomber notre système social par la pression de ces vagues de personnes à la recherche d’une vie meilleure. Une telle mesure serait l’opportunité rêvée de montrer aux politiques réticents l’insolvabilité d’un tel système en les mettant devant le fait accompli et de rendre le retour d’un système de collectivisation des masses très difficile par l’instabilité des cotisants. Ce qui fait de la liberté d’immigration une des idées les plus importantes à véhiculer pour obtenir et conserver une société libre et émancipée des justifications politiques pour de tels prélèvements.

Certes, l’afflux soudain d’immigrés demandant, dans leur bon droit, l’accès au CPAS et aux soins remboursés mettra très fortement en péril le gouvernement et la notation de la dette belge, mais peut-on vraiment venir à bout d’une montagne sans se prendre de caillasses? A côté, les gains seront sans commune mesure: le rassérènement de la présence de l’immigré sur le territoire belge fera tomber un des piliers du clientélisme particratique; l’afflux soudain des travailleurs qui resteront après la chute de la sécu sera autant de producteurs de biens et de services en plus pour répondre à l’énorme demande générée par leur présence et, les coûts de production diminuant, l’accès aux richesses sera plus aisé autant pour le belge que pour l’immigré; le brassage culturel et intellectuel qui en résultera sera tant de nouveaux produits et de nouvelles techniques que le belge découvrira sans qu’une entreprise ait à investir d’énormes coûts pour rechercher et développer ce savoir et il reste bien d’autres raisons utilitaristes de justifier l’immigration.

Après tout, les puissances industrielles du XIXe siècle où l’ascenseur social tournait à plein régime étaient les terres d’immigrations mais, la raison la plus chère au vrai libéral et au libertarien, est simplement qu’aucun homme n’a le droit de limiter le déplacement d’un autre sur une terre qui ne lui appartient pas.