R.I.P. Peter Falk – La dernière enquête du Lieutenant Columbo

L'inspecteur Columbo

Le suspect est un certain Friedrich Hayek, que ses amis appellent Freddie. Nationalité autrichienne.

En exclusivité pour Objectif Liberté, voici la dernière enquête du lieutenant Columbo, Alias Peter Falk, décédé ce 24 juin 2011. Reposez en paix, lieutenant.

Columbo, The last episode : « Eco Lumbo »
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Acte I, Scène 1
(vers 2015)

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Columbo – Sergent Wilson, qui est la victime ?

Wilson – Eh bien, lieutenant, c’est l’économie mondiale. Regardez moi ça, Lieutenant, un vrai bain de sang. Ceux qui ont fait ça sont des sauvages… Regardez comment cette bulle a éclaté. Il y a des tripes et des cadavres partout. Vous voulez voir les relevés médico légaux, Lieutenant ?

Columbo (au bord du vomissement) – Euh, non, occupez vous en, Wilson… Je lirai votre rapport. Y a-t-il un suspect ?

Wilson – Oui, l’enquête est trop facile. Le suspect est un certain Friedrich Hayek, que ses amis appellent Freddie. Nationalité autrichienne. Ses théories ont permis aux gouvernements de déréguler les marchés ! Euh, vous m’écoutez, lieutenant ?

Columbo (pensif) – Oui, Wilson, continuez à chercher de ce côté-là… Ah, un instant, Wilson, qu’est-ce que c’est que ce papier, à côté de la victime ?

Wilson – Euh… Attendez…

Columbo – On dirait un billet de mille dollars… A peine de quoi s’acheter un plein d’essence aujourd’hui… Bon, faites analyser, Wilson.

Wilson – OK, Lieutenant !

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Acte II, scène 1
Une riche maison d’une grande ville inconnue. On sonne

encore un petit détail qui ne colle pas...
Lord Keynes – Pardon, monsieur, mais je ne reçois pas les clochards.

(Il ferme la porte. On sonne à nouveau.)

Lord Keynes – Ecoutez, si vous insistez, je fais appeler la police.

Columbo (sortant sa carte) – Ce ne sera pas la peine, M’sieur Keynes… Elle est déjà là. Lieutenant Columbo, de la criminelle…

Keynes – Ah, pardon, c’est que vous n’avez pas l’air d’un policier… Comme quoi l’habit ne fait pas le moine !

Columbo – Ah, ça… C’est comme ma femme, tiens. Elle me dit toujours…

Keynes – Euh, oui, OK, Lieutenant, mais je suis pressé. Quel est l’objet de votre visite ?

Columbo – Ah oui, excusez-moi, M’sieur. Oui, c’est à cause de ce qui est arrivé à l’économie mondiale, je suis chargé de l’enquête.

Keynes – Ah oui, l’économie… Et ce pauvre Freddie Hayek, que tous les journaux désignent comme le coupable. Vous l’avez arrêté ?

Columbo – Euh, non, pas encore.

Keynes – Pas encore ? Sa culpabilité paraît pourtant évidente, non ? En prônant la dérégulation à outrance, il a permis aux banques de se lancer dans des montages financiers scabreux, non ?

Columbo – Ah oui, ça ne fait aucun doute, M’sieur Keynes… Mais pour procéder à une arrestation, M’sieur Keynes, il faut un dossier parfait dans les moindres détails. Et mes chefs me demandent de compléter mon rapport… Et j’ai pensé que vous pourriez m’aider.

Keynes – Moi ? Mais en quoi puis-je vous aider, Lieutenant ?

Columbo – Eh bien… Vous êtes, me dit-on, un des plus grands économistes de tous les temps, et moi, tous ces trucs, l’inflation, la monnaie, le crédit, je n’y comprends rien, à tous ces trucs. Mon beau frère, c’est différent, il est dans la finance, chez Goldman Sachs, c’est un vrai mozart du trading, il se fait des milliards… Quoique bon, le milliard, c’est plus ce que ça a été. Tenez, ma femme est allé mettre de l’essence dans la 403 hier…

Keynes – Dans la quoi ?

Columbo – Oh, excusez moi, c’est ma voiture. Elle est vieille, mais j’arrive pas à m’en séparer. On m’a bien proposé une chevrolet volt, mais parfois, pour une enquête, je dois faire beaucoup de kilomètres, et les batteries se vident trop vite. Bon, enfin bref, ma femme, elle va faire le plein : 900 dollars ! C’était encore 20 dollars il y a deux ans, M’sieur Keynes, c’est fou, hein… C’est l’inflation, il paraît…

Keynes – Oui, oui, la cupidité des spéculateurs est sans limites, c’est ce que ce pauvre Freddie n’avait pas compris !

Columbo – Vous dites « ce pauvre Freddie »… Mais pourtant, il se dit que vous vous êtes souvent opposés. De vous à moi, nous l’avons interrogé, et, vous savez quoi ? Vous allez rire..

Keynes – Je parie qu’il affirme que c’est moi, le coupable, hein ?

Columbo – Ah ben ça alors ! Vous lisez dans mes pensées, vous ! Ma femme avait raison, tiens. Il faut dire qu’elle a lu tous vos bouquins, notamment un truc, « théorie générale de… », euh…

Keynes – « Théorie Générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie » – Mon plus grand succès ! Votre femme l’a lu ?

Columbo – Pour ça oui, M’sieur. Et elle est vachement calée en économie, ma femme. ça doit être de famille, avec mon Beau-Frère. Mais où en étais-je ? Ah oui, nous parlions de M. Hayek. Il affirme, vous allez rire, que c’est vous le coupable, que ce sont vos théories interventionnistes qui ont provoqué le désastre ! C’est drôle, hein ?

Keynes – Drôle, Lieutenant, non… Mais dites-moi, Lieutenant, la brigade criminelle chez moi, cela voudrait-il dire que vous accordez quelque crédit aux allégations de Freddie ?

Columbo – Non, M’sieur. Ses déclarations sont trop… décalées, si vous voyez ce que je veux dire. Mais bon, souvent, les coupables essaient de faire porter le chapeau à quelqu’un d’autre. Ils n’assument pas toujours leur responsabilité… Mais dîtes-moi, pourquoi avez-vous dit « ce pauvre Freddie » ?

Keynes – Eh bien… J’ai de la compassion pour lui. D’ailleurs, mes théories économiques sont compassionnelles, vous savez ? Je réconcilie l’humanité et la prospérité, le capitalisme avec la fraternité, grâce à l’intervention étatique ! Saviez-vous que lorsqu’il a dû fuir l’Autriche, je l’ai hébergé, chez moi, à Londres. Et voilà comment il me remercie. En m’accusant, moi, qui ai failli sauver l’économie mondiale…

Columbo – Oui, oui, on m’avait dit, pour Londres. C’est pour ça que je suis venu vous voir. Je me suis dit que vous pourriez m’éclairer sur la personnalité de M. Hayek. Si vous pouviez m’aider, voyez-vous, je pourrais certainement boucler très vite mon rapport, et procéder à l’arrestation. C’est qu’il ne faut pas laisser trainer l’affaire, voyez-vous. Au bout de quelques semaines, la mémoire des témoins se fait moins précise, les scènes de crime doivent être rendues à la vie civile…

Keynes – Je comprends, Lieutenant. Mais là tout de suite, j’ai un rendez-vous très important, avec M. Bernanke, de la Banque centrale. On doit mettre au point le Quantitative Easing numéro VI.

Columbo – Leeeeuh quoi ?

Keynes – Quantitative Easing n°6, je vais vous expliquer…

Columbo – Euh, non. Ce ne sera pas nécessaire, je vais lire votre théorie générale, je ne vais pas prendre plus votre temps aujourd’hui. Je reviendrai demain…

Keynes – Avec plaisir, Lieutenant.

Acte II, Scène 2

(Columbo sort – Le téléphone sonne)

Keynes – Allô ? Ah, c’est toi, Ben. Oui, j’arrive tout à l’heure, comme prévu. Comment ? Oui, un policier est venu. Mais rassure-toi, Ben, il marche à fond dans la combine Hayek, et il n’a pas l’air trop malin. Oui, c’est ça, benichou, à tout à l’heure, ma poule.

(on sonne)

RIP Columbo

Acte II, Scène 3

Hayek-vs-keynes
Hayek Vs Keynes – Le duel en vidéo
Keynes – Encore vous, lieutenant ?

Columbo – Oui, j’allais oublier, juste un petit détail… C’est à propos de ce billet de mille dollars que nous avons retrouvé auprès du cadavre de l’économie.

Keynes – Oui, eh bien ?

Columbo – Eh bien voilà, M’sieur Keynes, il est possible que ce billet ait joué un rôle dans la mort de l’économie mondiale, enfin, c’est ce qu’on essaie de savoir. Mais je voulais vous demander… C’est bien ce M. Bernanke, avec qui vous avez rendez-vous, qui émet ces billets ?

Keynes – Oui, bien sûr… Pourquoi posez-vous cette question ?

Columbo – Oh, pour rien de précis… Mais avouez que c’est curieux, quand même…

Keynes – Curieux ?

Columbo – Eh bien oui… On dit que c’est une crise ultra libérale… Et pourtant, cette monnaie, elle est bien émise par un monopole octroyé par l’État fédéral ? Et aucune monnaie ne peut lui faire concurrence ?

Keynes – Oui, et alors ?

Columbo – Rien, je disais ça comme ça. C’est toujours pareil. Au moment de rédiger mon rapport, je bute toujours sur des petits détails qui ne collent pas. Et tant que je ne recolle pas les morceaux, pas question de transmettre le dossier au procureur… Si vous, M’sieur Keynes, pouviez m’aider à comprendre ?

Keynes – C’est très simple, Lieutenant. Les grands méchants spéculateurs mettent les banques en faillite, alors, pour éviter un risque systémique, vos comptes en banques gelés et tout le toutim, la banque centrale est obligée d’intervenir pour injecter de la liquidité dans le système, pour empêcher les prix de baisser !

Columbo – Les empêcher de monter, vous voulez dire ?

Keynes – Ha ha ha, lieutenant, vous êtes impayable. Mais non, il faut surtout empêcher les prix de baisser. Quand les prix baissent, c’est terrible ! Les gens se disent: « arrêtons de consommer, ce sera moins cher demain ». Plus une seule voiture ne se vend ! Plus un seul Ordinateur… Ah, non, c’est vrai, ils se vendent quand même. Mais bon, vous voyez le truc: plus de commerce. La fin du monde. Alors la banque centrale réinjecte de la monnaie ! C’est parce que la banque est centrale et monopolisitique qu’elle peut contrôler la quantité de monnaie qu’elle injecte dans le système

Columbo – Ah oui, je comprends… Je note: « Quand les prix baissent, c’est une catastrophe ». Merci M’sieur Keynes, vous avez sauvé mon rapport, là, je crois… Ah, mais, euh…

Keynes – Quoi encore, Columbo ?

Columbo – Mais tout de même, M’sieur Keynes, quand le plein d’essence passe de 20 à 900 dollars, vous croyez pas que le Q/E a un peu trop bien marché ?

Keynes – Ce n’est pas grave. Votre salaire a augmenté aussi.

Columbo – Oh, oui, pour ça pas de problème, je suis fonctionnaire, quoique ces derniers temps, je suis payé en IOUs… Mon Beauf, celui de Goldman Sachs, lui aussi, ça va bien. Il se fait des couilles en étalon or, si vous voyez ce que je veux dire. Par contre, mon neveu, qui est dans la mécanique, lui, c’est la cata. Son revenu n’a pas suivi l’inflation… Son patron a dû baisser les salaires de moitié dans sa boite, et a aussi licencié la moitié du personnel.

Keynes – Eh oui, la cupidité du capitaliste livré à lui-même et aux seules forces du marché est sans limite : il baisse les salaires pour maximiser son profit ! Mais c’est du court termisme. Grâce à moi, l’État fédéral a réglementé ces pratiques douteuses.

Columbo – Mais le patron de mon neveu, lui, il dit que les taxes sont trop élevées, qu’il y a trop de réglementations, et que ça l’empêche de rester dans le business contre les chinois. Enfin bon, j’y comprends rien, de toutes façon…

Keynes – Bon, Lieutenant, on continuera la leçon demain. Je dois vraiment y aller, à ce rendez-vous.

Columbo – Ah oui, avec M. Bernanke !

Keynes – C’est cela. Avec M. Bernanke. Au revoir, Lieutenant

Columbo – Au r’voir, M’sieur.

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Acte III, Scène I
(devant une grande banque)

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Columbo – Ah, M’sieur Keynes, c’est vous ! Je vous cherchais !

Keynes – Quel bon vent vous amène, Columbo ?

Columbo – Oh, trois fois rien… Mais l’enquête piétine. Notre dossier est plein d’incohérences. Si on ne met pas les bouchées doubles, Hayek pourrait s’en tirer avec un non lieu.

Keynes – Vous n’êtes pas sérieux, tout de même ?

Columbo – Hélas si, M’sieur Keynes. Je suis comme vous, je n’aime pas quand un salopard réussi à échapper à nos griffes. Mais il se défend bien, le bestiau.

Keynes – Pour sûr, il est intelligent. Très intelligent, même.

Columbo – Ah, oui, ça, il nous donne du fil à retordre. Et en plus, il a des comités de soutien dans le monde entier. Vous savez quoi ? Il a même un institut à son nom à Bruxelles !

Keynes – Bruxelles ? Vous voulez rire ? Chez les belges ? Ces gens qui n’ont pas de gouvernement ?

Columbo – Exactement. Mais figurez-vous qu’ils nous ont balancé deux noms, ces belges. Encore qu’il semblerait que le président soit français.

Keynes – Quoi ? Un français, président d’un institut Hayek ? Au pays de l’ENA, de François Mitterrand et Dominique Strauss Kahn ? Ah, Lieutenant, quel dommage que l’Europe soit assaillie par l’idéologie ultra libérale. Tout fout le camp…

Columbo – C’est sûr M’sieur Keynes. C’est ce que dit ma femme. Elle…

Keynes – Euh, oui, Lieutenant… Je suis sûr que votre femme est merveilleuse, mais venez en aux faits. Vous dites que Hayek et ses amis belges vous ont balancé deux noms ?

Columbo – Oui, un certain Freddie Mac et une certaine Fannie Mae…

Keynes – Oui, deux banques privées qui refinançaient le crédit, que l’État a dû sauver pour éviter la déconfiture du système, il y a sept ans, en 2008, je crois…

Columbo – Oui, évidemment, c’est ce qu’on voit, au premier abord… Mais il y a aussi ce qu’on ne voit pas. J’ai lu ça chez un autre économiste, un certain Bastiat. Vous connaissez ?

Keynes – Vaguement… Un pote à Freddie. Vieillot, Archaïque !

Columbo – Il n’empêche, sa façon de raisonner m’a aidé à comprendre plein de trucs. Bon, je reviens à Fannie et Freddie… Bon, qu’est-ce que j’ai fichu de ce calepin… Ah le voilà. Bon, vous savez ce qu’on a trouvé sur eux ?

Keynes – Non…

Columbo – Vous me surprenez, M’sieur Keynes, on dit que Fannie a été créée par un pote à vous, un certain, euh…. Roosevelt.

Keynes – Ah, oui… Ce bon Franklin Delano… Pas vu depuis un bail.

Columbo – Oui, et justement, l’ancien PDG de Fannie Mae, il se prénommait Franklin Delano, aussi ! Un certains Raines…

Keynes – Ha ha ha… Ca sonne presque comme Keynes, ça !

Columbo – Oui… Bon, enfin bref, on a trouvé des trucs bizarres sur Fannie et Freddie. Ils avaient un statut spécial ! Ils avaient une garantie de l’État sur leurs prêts ! Ils avaient des privilèges comptables octroyés par l’État fédéral, qui assurait leur tutelle, qui leur a permis d’avoir un ratio de capitaux propres sur le total des engagements de 80 à 1 ! Il n’en faut pas plus pour que certains les accusent d’avoir pu emprunter moins cher que des organismes privés équivalents, distordant la concurrence, et permettant de fourguer aux investisseurs du papier MBS à des taux plus bas que si la garantie de l’État n’avait pas été apposée sur ce papier.

Keynes (bouche bée) – Eh bien, Lieutenant, pour quelqu’un qui n’y panne que dalle à l’économie, vous m’en bouchez un sacré coin.

Columbo – Merci, M’sieur. Venant de vous, je suis très touché par le compliment. Mais dans mon métier, il faut apprendre vite…

Keynes – Mais je ne vois pas le rapport avec la crise. Fannie Mae et Freddie Mac ont été des victimes de requins privés comme ce Mozilo, de Countrywide, ils ne sont pas responsables de la crise.

Columbo – Avouez que c’est troublant, quand même… Fannie et Freddie refinançaient tout de même 42% des prêts hypothécaires, ce n’est pas rien. Et leur faillite va coûter plus de 300 milliards. Or, sans un accès à de l’argent moins cher car garanti par l’État, ils n’auraient pas pu se gaver des prêts de ce M. Mozilo, non ?

Keynes – Ha ha ha ha ha ! Columbo, vous êtes impayable !

Columbo – Qu’y a-t-il ? Qu’est-ce que j’ai dit ?

Keynes – Columbo… Vous venez me voir, l’air de rien, vous prétendez ne rien comprendre à l’économie, vous procédez par petite touches… Mais en fait, vous savez très bien où vous voulez aller. Parfois, j’ai l’impression que vous me soupçonnez.

Columbo –
Moi… Vous soupçon… Ah ça non, monsieur, non, pas du tout, et je suis désolé si j’ai pu vous laisser croire un seul instant que… Soupçonner le grand, l’immense John Maynard Keynes ? Allons, non, pas du tout M. Keynes… D’ailleurs, il se fait tard, et il faut que j’aille enquêter sur ce Mozilo, il me parait avoir des choses à raconter, lui aussi. Au revoir, M’sieur Keynes…

Keynes (visiblement agacé) – Au revoir, Columbo.

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Acte IV, Scène 1 –
Un bureau Ovale, Keynes, Bernanke.

Bernanke – Tu vois, je t’avais dit de te méfier de ce policier. Il nous soupçonne, maintenant, c’est sûr.

Keynes – Allons, bénichon, calme-toi. Je vais te l’embrouiller, le rond de cuir. N’oublie pas que je suis le grand Keynes, tout de même. J’ai enfariné les trois quarts de la classe politique mondiale, je te le rappelle.

Bernanke – Oui, OK, mais tout de même. S’il s’aperçoit que l’argent du QE sert en fait à permettre à nos amis banquiers pour se refaire la cerise pour combler leurs pertes dans le crédit hypothécaire et les CDS vendus aux grecs, au lieu de renflouer l’économie réelle, on est mal…

Keynes – T’en fais pas. Je l’ai aiguillé sans avoir l’air d’y toucher sur Mozilo. Il va tourner du côté de Countrywide et de bank of America, et après ça, ce sera tranquille, il coffrera Hayek pour de bon.

Bernanke – Je voudrais bien en être aussi sûr que toi… J’ai l’impression que ce flic se doute qu’il y a quelque chose qui cloche…

(regardant par la fenêtre)

Bernanke – Eh, il y a une espèce de clochard qui rôde autour de ma bagnole

Keynes (se précipite nerveusement vers la fenêtre) – C’est lui. Qu’est-ce qu’il peut bien venir renifler par ici ?

Bernanke – Tu vois… C’est sûr, il nous piste. Ah, zut, il vient par ici.

Keynes – Garde ton calme, Benny. Je contrôle la situation. Les experts contrôlent toujours la situation

Bernanke – Tu disais ça quand tu m’as conseillé de me lancer dans le QE 3, celui qui a propulsé l’inflation à 30% par an, puis le QE 4, qui a fait tripler les prix en 18 mois…

Keynes, passant les mains dans le dos de Bernanke – Allons, mon chéri, tu ne me fais plus confiance ? Tu n’aimes plus ton Johnny ?

Bernanke – Arrête, grande folle, pas maintenant, d’ailleurs, j’entends des pas dans l’escalier, c’est sûrement ce Columbo…

Acte IV, scène 2
Les mêmes, plus Columbo

Columbo – Bonjour Messieurs, j’espère que je ne vous dérange pas ?

Keynes –
Entrez donc, Columbo, c’est toujours un plaisir. Je vous présente M. Bernanke.

Columbo – C’est un grand honneur pour moi, M’sieur Bernanke. Mon beau-frère…

Keynes – Le lieutenant a un beau-frère chez Goldman

Columbo – Mon beau-frère vous adore, M’sieur Bernanke. Il ne jure que par vous. Il dit que depuis que vous êtes à la tête de la FED, les affaires n’ont jamais été aussi bonnes. Et les bonus, je vous dis pas…

Bernanke – Remerciez votre beau-frère de ma part, Lieutenant. Mais que pouvons-nous pour vous ?

Columbo – En fait, je voulais surtout remercier M’sieur Keynes de m’avoir branché sur Mozilo. Ah, ces financiers, aucune fierté. A peine vous les pressez un peu, à l’interrogatoire, et ils se mettent à table. Ah, ce Mozilo, il nous en a appris des vertes et des pas mures. Vous saviez qu’il avait pris une énorme part du marché de la titrisation du crédit ? Et qu’il mentait effrontément sur la qualité moyenne des prêts qu’il refourguait aux investisseurs ?

Keynes – Cupidité, cupidité, vous dis-je

Columbo – A première vue, c’est sensé. D’autant plus que mon beau-frère m’en a raconté de belles sur Goldman Sachs… Vous savez que ces gens pariaient contre les produits qu’ils vendaient à leurs investisseurs…

Bernanke – Une simple façon de se garantir contre un défaut de paiement…

Columbo – Non, justement. Ils vendaient des prêts de mauvaise qualité qu’ils faisaient figurer dans plusieurs CDO grâce à des montages financiers « gigogne », mais ils achetaient à côté des naked CDS pour parier contre ces CDO… et les CDS ne servaient pas à exercer une garantie pour les investisseurs, juste à toucher le pactole. Tout le monde marchait dans la combine. Même les agences de notation délivraient des notes AAA de complaisance à tout ce papier.

Bernanke – Fascinant. Ça me la coupe.

Keynes – Qu’est-ce que je vous disais, lieutenant… Dérégulation, cupidité. Vous pouvez coffrer M. Friedrich August Von Hayek, alias Freddie Hayek.

Columbo – Ben, justement, il y a un petit problème…

Keynes – Quoi ? Vous n’allez pas l’arrêter après un coup pareil ? Quel problème…

Columbo – Eh bien, savez-vous qui était le principal acheteur du papier « pourri » de M. Mozilo ? C’était Fannie Mae et Freddie Mac ! Tout ça hors bilan, grâce à leurs garanties publiques et à leurs privilèges accordés par l’État sur les ratios de fonds propres…

Keynes (accuse visiblement le coup) – Certes, mais vous voyez bien que Fannie et Freddie sont des victimes. Mozilo leur vendait de la mauvaise came, en leur faisant croire qu’elle était bonne, et ils se sont fait berner !

Columbo – Non, M’sieur. En fait, le dénommé Raines, dont nous parlions hier, eh bien, il truquait les comptes de Fannie Mae pour se distribuer des bonus. Toutes ces créances toxiques, M’sieur, ils les achetaient en pleine connaissance de cause, parce que tant que l’argent rentrait, ça générait de grosses commissions… Et lorsque le pot au rose a été découvert, Fannie et Freddie ont payé 170 millions de dollars de lobbying auprès du congrès pour que leurs règles de fonctionnement ne soient pas modifiées.

Keynes – Mais c’était stupide. Si ces créances étaient aussi mauvaises, Fannie et Freddie couraient droit à la faillite.

Columbo – Et ils le savaient. On a retrouvé l’ancien responsable de la gestion du risque de Freddie Mac. Eh bien lorsqu’il a voulu prévenir son patron, un certain Mudd, que les créances qu’il embarquait étaient trop risquées, Mudd l’a envoyé paître, M’sieur. Parfaitement. Il lui a dit, « on s’en fout, on est TBTF ». On a réussi à déchiffrer ce code curieux. Eh bien TBTF, cela veut dire « too big to fail ». Cela veut dire qu’ils étaient certains qu’en cas de problèmes, l’État fédéral ferait jouer leur garantie en leur faveur…

Bernanke – TBTF…Cette vieille légende ultra-libérale… Mais enfin, l’État ne pouvait pas renflouer à lui seul de telles faillites !

Columbo… – Justement, c’est là que vous intervenez, M’sieur Bernanke. Avec le Quantitative Easing, pour permettre à l’État fédéral d’émettre de la dette estampillée oncle Sam, pour racheter aux banques leurs créances pourries.

Bernanke – Est-ce à dire que vous m’accusez de… Complicité ?

Columbo – Oui, M. Bernanke. Et vous aussi, M. Keynes, je vous accuse d’avoir provoqué la crise, et d’avoir essayé de faire accuser M. Hayek.

Keynes – Les masques tombent, lieutenant. Mais vous n’avez aucune preuve. Et même si on a un peu forcé sur les sauvetages publics, vous ne pouvez pas nier que ce sont des boites privées qui, au départ, ont créé tous ces produits toxiques, et des agences de notation privées qui les ont abusivement notés AAA…

Columbo – Privées, certes, mais là encore, protégées par un oligopole législatif de fait, et placées grâce au législateur en position d’être payés non pas par les investisseurs, mais par les émetteurs de produit toxiques, ce qui les plaçait dans une situation de conflit d’intérêt très difficile à gérer !

Keynes – Et les fonds propres insuffisants des banques, hein, vous en faites quoi ?

Columbo – Ah, M’sieur Keynes, pas vous… Vous êtes trop malin pour tomber aussi bas. Vous savez que les fonds propres étaient réglementés par les règles de Bâle I puis II, que ces règles avaient été négociées avec les banques centrales (avant votre règne, M’sieur Bernanke, je vous le concède) par les grandes banques du monde, pour leur permettre de faire jouer un maximum d’effet de levier !

Keynes – Et vous disiez que vous étiez nul en économie… Mais vous ne prouvez pas que M. Hayek est innocent..

Columbo – Pas encore, M’sieur Keynes, pas encore. Messieurs, au revoir…

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Acte V
(Columbo arrive chez Keynes avec le sergent Wilson et quelques agents en uniforme)

Keynes – Cela suffit, Columbo, je refuse de vous ouvrir et de subir une fois de plus vos persécutions.

Columbo – Ah, M’sieur, désolé de vous enquiquiner, mais j’ai un mandat… (il entre)

Keynes – Un Mandat ? Contre moi, Lord John Maynard Keynes ? Vous rigolez ?

Columbo – J’ai bien peur que non, M’sieur.

Keynes – Mais enfin, vous n’avez aucune preuve ! Aucune !

Columbo – Si monsieur. C’est vous qui avez provoqué l’essor des titrisations à tranche, M’sieur, et j’en ai la preuve.

Keynes – Mais enfin, ce sont bien des banques privées qui ont en majorité titrisé des crédits subprime et créé des obligations pourries en les mélangeant avec des prêts prime !

Columbo – Mais en temps normal, M’sieur Keynes, aucune banque ne prétait de l’argent à des emprunteurs pourris. Alors pourquoi ils l’ont fait cette fois-ci, M’sieur… ? Hein ?

Keynes – ……

Columbo – Eh bien c’est simple. D’une part, l’État, au motif qu’il n’y avait pas assez de pauvres propriétaires de leur logement, a dit à Fannie Mae et Freddie Mac que, désormais, ils devraient refinancer 40 puis 48 puis 52% de crédits fourgués à des personnes modestes. Alors chez Fannie et Freddie, ils ont dit à leur ministre de tutelle, un certain Cuomo, de leur laisser titriser ces daubasses, parce qu’aucune banque ne voudrait garder de telles cochonneries dans leurs comptes. Il fallait impérativement les revendre aux investisseurs… Et Fannie Mae et Freddie Mac atteignaient leurs quotas en rachetant du papier titrisé émis par Mozilo & co…

Keynes – Encore une de vos théories fumeuses que vous êtes allé chercher chez le président de l’institut Hayek de Bruxelles. J’en ris, de vos preuves, Columbo…

Columbo – Attendez, ce n’est pas fini. L’amendement permettant la titrisation a été rajouté en dernière minute à une autre loi interventionniste, le Community Reinvestment Act, renforcé en 1995… Cette évolution législative obligeait les banques à ne pas utiliser de critères de sélection des emprunteurs pouvant être discriminatoires contre les minorités ethniques. Or, comme une part plus importante de ces emprunteurs étaient plus pauvres que la moyenne, il a fallu éliminer les critères financiers trop sévères des moyens de filtrer les mauvais dossiers…

Keynes – Et alors ?

Columbo – Alors, les banques devaient prêter à des nazes de première pour ne pas subir de procès, alors elles ont forcé sur un modèle de financement du crédit leur permettant de fourguer ces prêts à des gogos. Et donc, ne supportant plus elles-mêmes le risque de pertes, elles ont forcé sur les prêts aux gros nazes, parce que ces prêts leur rapportaient des commissions plus élevées sans risque. Et derrière, Fannie Mae et Freddie Mac absorbaient, grâce à leur Back-Up étatique, une part suffisante des titres émis pour créer un faux marché, marché totalement distordu par des interventions étatiques, marché qui sans cela, n’aurait pas pu exister.

Keynes (hystérique)- Mais tout ça, c’est la faute à Hayek ! A Hayek, vous entendez ! A Hayek !

Columbo – Non, M’sieur keynes. M’sieur Hayek et ses amis, M’sieur Mises, M’sieur Ron Paul, M’sieur Schiff, ils n’ont pas encouragé ce mouvement, M’sieur, ils l’ont dénoncé, des années avant que la bulle n’éclate… C’est vous, M’sieur Keynes, vous seul, qui avez fourni les prétextes permettant aux gouvernements d’agir ainsi. La responsabilité des banques privées est réelle, mais leur comportement est l’enfant de vos lois, pas d’un marché libre où les mauvaises banques ne sont pas TBTF, et où des acteurs étatiques n’ont pas la possibilité de soutenir artificiellement des marchés pourris…

Après quoi, empêtré dans votre potage, vous avez, avec votre ami Bernanke, et quelques autres, transféré les pertes créées sur ces marchés sur les contribuables, puis, pour masquer les trous béants que vous avez créés, vous avez enchainé les « quantitative easing »…

… Et ce matin, j’ai payé 950 dollars le plein de la 403. 50 dollars d’augmentation en 2 jours…

Et l’inflation est un phénomène exclusivement monétaire, M’sieur Keynes, ce n’est pas à vous que je vais l’apprendre… Vous avez cru pouvoir maîtriser la situation, mais elle vous a échappé. « Fatal conceit », comme dirait M. Hayek.

Keynes – Je m’avoue vaincu, Lieutenant… Mais quand m’avez-vous soupçonné ?

Columbo – Dès le début, M’sieur.

Keynes – Dès le début ? Impossible !

Columbo – Si M’sieur… C’est quand j’ai vu ce billet de mille roulé en boule à côté du cadavre de la victime… En quelque sorte, la victime a essayé, dans son agonie, de nous désigner son meurtrier.

Keynes – Je vois. La monnaie fiduciaire a fait ma gloire, elle fera ma chute. Allez-vous me passer les menottes, lieutenant ?

Columbo – Non M’sieur. On ne passe pas les menottes au grand Keynes. Sergent Wilson, lisez-lui ses droits.

FIN
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Bye-bye-peter

Lire également :

La crise expliquée ? Retrouvez les sujets évoqués dans cette parabole, et quelques autres dans mon livre « Foreclosure Gate, les gangs de Wall Street contre l’État US ».

Dans la vraie vie, Ben Bernanke, Angelo Mozilo et Franklin Raines vivent heureux, à l’abri des tracasseries judiciaires.

Autres références : mon dossier crise financière / La catégorie « crises » de ce blog / Le Foreclosure Gate

Institut Hayek

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