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Grand Prix du Canada

Publié le 12 juin 2011
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Par David Descôteaux, de Montréal, Québec

Dimanche, c’est la course de Formule 1. Comme chaque été, une partie de la ville va faire le party. Tant mieux. Mais ce serait bien si, pour une fois, on assumait cette dépense collective. Au lieu de se conter des pipes sur ses « retombées économiques ».

Le Grand Prix coûte aux contribuables près de 15 M$ par année. Le ministre des Finances dit qu’il génère des retombées fiscales d’environ 18 M$. Voyons cela. Selon les chiffres de Sylvain Lefebvre et Lynda Binhas, professeurs à l’UQAM, bon an mal an 75 % des spectateurs au Grand Prix proviennent du Québec. (10 % vient du reste du Canada, ce qui laisse 15 % de touristes internationaux). Sans Grand Prix, ces Québécois dépenseraient leur argent ailleurs – théâtre, restaurants, achats divers, etc. Et cela créeraient autant de retombées économiques et de recettes fiscales. C’est ce qui s’est passé en 2009, quand le Grand Prix n’a pas eu lieu.

Donc 75 % des retombées se produiraient sans Grand Prix. Et sans subvention!

Oui, des touristes internationaux viennent boire de la bière, gueuler et tripoter nos danseuses. Mais ils ne nous offrent pas leurs dollars ou leurs euros gratuitement. Ils les échangent contre nourriture, services hôteliers, transport, etc. Or pour produire ces biens et services, nos entreprises doivent sacrifier des ressources et de la main-d’œuvre qui pourraient servir à produire autre chose — de plus utile comme des professeurs, des procureurs ou des infirmières? Et qui généreraient aussi de l’impôt.

Oui, de l’argent neuf « rentre » quand des touristes dépensent. Mais des ressources d’ici « sortent ». Ça demeure un échange.

Bon pour la rue Crescent

Le Grand Prix permet aux restaurateurs de la rue Crescent et aux hôteliers de faire des affaires d’or. Tant mieux. Mais aider l’industrie touristique, c’est simplement aider des entreprises exportatrices (comme Bombardier qui vend un jet à un étranger). La subvention de 15 M$ devient un transfert des contribuables vers cette industrie.

Bref, il y a des retombées, mais bien moindres que ce qu’on veut nous faire croire.

Au-delà de l’aspect comptable, la visibilité internationale du Grand Prix peut attirer des investisseurs ici. Nous procurer une certaine fierté. Le Grand Prix fait partie de l’été montréalais. Je ne suis pas un fan, mais je suis content que l’événement ait lieu. Même si ça me coûte quelques dollars d’impôts.

Mais justement. Si, à nos yeux, la tenue d’un Grand Prix est souhaitable, peut-on simplement dire : OK, on va débourser un peu, mais ça vaut la peine pour avoir un peu de fun? Pourquoi se faire croire que, par magie, on fait de l’argent en donnant des millions pour des autos de course?

Le Colisée de la zizanie

Comme vous probablement, je suis tanné d’entendre parler du Colisée. Je me suis déjà prononcé contre ce projet. Contre le fait qu’il soit entièrement payé par les contribuables.

Mais plaçons les choses en contexte. C’est une dépense de 400 millions. Avez-vous vu la vitesse à laquelle tourne le compteur de notre dette? En deux semaines, il grimpe de 435 millions $! On s’obstine 14 jours sur le Colisée, on vient d’ajouter l’équivalent sur la carte de crédit.

Et pensez-vous que ces dépenses sont toutes justifiées? Qu’il n’y a aucun cadeau à des groupes particuliers? Que la démocratie n’est jamais contournée lors du processus?

Dans le dossier du Colisée, plusieurs s’y opposent par principe. C’est louable. Mais plusieurs, aussi, se sont découvert une préoccupation soudaine pour nos finances publiques… J’espère au moins que cela va durer.

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