Bulle internet ?

L’éclatement d’une bulle techno, ou même un simple ralentissement du secteur, pourrait faire mal

Par David Descôteaux, de Montréal, Québec

Encore une histoire de bulle. On se demande chaque semaine si nous sommes dans une bulle immobilière, si le prix des maisons va se mettre à chuter. Mais depuis quelque temps, on parle de la possibilité d’une bulle technologique. Semblable à ce qu’on avait connu dans les années 2000.

Ça se comprend. L’évaluation financière des médias sociaux donne le vertige. Le site de réseautage professionnel LinkedIn vaudrait 4,5 Md$, tout en ayant généré des revenus de 243 millions l’an passé, selon l’agence Bloomberg. Facebook pourrait valoir 100 milliards dès l’an prochain selon le Wall Street Journal (ses revenus annuels avoisineraient les 2 milliards). Et Twitter, qui a acheté mardi l’application Tweetdeck pour 40 millions, vaudrait aussi quelques milliards.

Récemment, Microsoft a acheté Skype, une compagnie de téléphonie par internet dont l’usage est en grande partie gratuit, au coût de 8,5 milliards.

Je laisse aux analystes technos le soin de conclure si nous sommes dans une bulle technologique ou non. Quand je vois des étudiants de secondaire avec des téléphones intelligents, payés par la carte de crédit de papa, je me dis que oui. Mais ça, c’est une autre histoire.

Une chose est sûre, l’éclatement d’une bulle techno, ou même un simple ralentissement du secteur, pourrait faire mal. Une présentation mardi de la firme de recherche McKinsey au Forum G8, qui réunit les acteurs majeurs de l’Internet à Paris, a fait écarquiller bien des yeux. Les chiffres, rapportés par le site web Business Insider, montrent que l’Internet est devenu un moteur important de l’économie de plusieurs pays.

McKinsey s’est penché sur les pays du G8, ainsi que la Chine, l’Inde, le Brésil, la Suède et la Corée du Sud. Ses conclusions : l’Internet — allant du commerce en ligne à la consultation, en passant par la publicité et la communication IP — compte en moyenne pour 3,4 % du PIB de ces pays. C’est une contribution plus grande que le secteur de l’agriculture. C’est presque autant que le secteur du transport, et c’est plus de la moitié de la contribution du secteur des services financiers.

Surtout, l’Internet compte pour 21 % de la croissance économique des pays définis comme matures par McKinsey entre 2004 et 2009. Au Canada, cette contribution est de 10 %. Alors qu’en Suède, c’est le tiers de la croissance économique de 2004 à 2009 qui serait tributaire d’Internet. La part totale d’Internet dans le PIB mondial est supérieure au PIB du Canada, et croît plus vite que celui du Brésil, note McKinsey.

De plus en plus, nos économies — et un nombre croissant d’emplois — dépendent d’Internet. Si une bulle se pointe dans ce secteur, espérons qu’elle se dégonflera très, très doucement.