Lagarde au FMI ?

Christine Lagarde (Crédits International Monetary Fund, licence Creative Commons)

Elle est l’avocate en chef de l’assistance débridée de l’État, d’après le Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Les nouvelles s’étant nettement ralenties aujourd’hui, le gros des commentaires politiques et économiques s’est concentré sur le fait de savoir qui est le mieux placé pour prendre la relève de Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI. Tout le monde semble avoir une opinion sur cette question ; il y a des suggestions raisonnables, et d’autres complètement à côté de la plaque, comme Martin Kettle qui nous chante les louanges de Peter Mandelson.

Le gros du débat tourne autour de la question de savoir s’il doit s’agir d’un Européen, ou s’il est temps qu’une économie émergente prenne le relais, avec la Chine, la Turquie et le Brésil qui poussent tous pour que le chef du FMI ne soit pas un ressortissant de l’UE. Alister Heath avance un bon argument dans son édito sur City AM :

« Le FMI avec un Européen à sa tête était tout à fait content d’imposer des mesures beaucoup plus dures aux pays émergents. Mais ces derniers temps, ce sont les nations asiatiques et d’autres économies émergentes qui ont mis de l’ordre dans leur maison, et l’Europe et les USA qui continuent à dépenser l’argent qu’ils n’ont pas. »

Toutefois, comme nous le savons bien, l’Europe tend à préférer le statu quo (qu’il soit bon ou non), et le ministre de l’économie français Christine Lagarde a émergé comme claire favorite.

Mais est-elle la bonne personne pour le poste ?

Nous sommes sceptiques. Certes, elle parle un anglais policé, plus Oxford que l’épais accent français habituel des hommes d’État de son pays, ce qui, en combinaison avec son expérience des firmes financières américaines, lui donne une crédibilité terrain (ce qui suffit pour que la BBC l’adore). Elle a fait un relativement bon boulot pour préserver la stabilité de l’économie française. Ceci étant dit, elle épouse tout de même fermement les thèses de ce qu’on peut appeler « le consensus des sauvetages » et l’intervention étatique qui, comme nous l’avons maintes fois mentionné, est une impasse. Et il y a plein de monde qui semble être d’accord avec nous.

Keike Göbel, du Frankfurter Allgemeine Zeitung, s’attaque à la vision étatiste de Lagarde, et avance l’argument que l’Allemagne devrait apporter son soutien à une voix plus favorable au marché :

« Lagarde a ses racines dans la tradition française, qui veut qu’en cas de doute, on doit argumenter en faveur de plus de coordination plutôt qu’en faveur de plus de concurrence. Elle est l’avocate en chef de l’assistance débridée de l’État, et ne veut pas que des créditeurs privés participent au secours porté à des pays insolvables de la zone euro. »

Sean O’Grady de The Independent, va dans le même sens :

« Aussi impressionante qu’elle soit, le ministre français de l’économie est trop ancrée dans l’establishment de l’UE, et fait trop partie intégrante de l’élite française pour être capable d’abandonner l’euro comme article de foi. Pour un Singapourien, disons, qui garde les idées claires, et un regard dépassionné, la décision de recommander que la Grèce quitte l’euro serait une affaire bien moins traumatisante. Et même si tel n’était pas le cas, ça pourrait être mieux que quelqu’un à qui l’idée qu’elle est une obligée de Sarko ne viendrait jamais à l’esprit. Et donc, s’il est vrai que Mme Lagarde connait comme sa poche les drôles de petites manières de la zone euro, elle pourrait bien, de ce fait, être aveugle quant à ses manquements. »

En fait, le FMI gagnerait probablement à avoir quelqu’un de l’extérieur de l’élite politique de la zone euro. Une bonne raison, et pas des moindres, étant qu’une grande partie de ladite élite – comme nous l’avons documenté – a toujours échoué à saisir comment la monnaie unique fonctionne en pratique, et s’est toujours plantée dans son évaluation de la crise depuis son déclenchement.

Au bout du compte, que cette personne soit européenne ou non est d’une importance toute secondaire.

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