Le sterling papier n’a t-il pas été avant 1914 la véritable monnaie internationale ?

Par Raoul Audouin

Qu’est-ce que l’homme ?Qu’est-ce que le Droit naturel ?La vie en société fonde-t-elle des droits innés ?Comment passe-t-on de la prédation à l’échange ?Quels sont les principes d’un droit humain ?Qu’est-ce qu’une économie de services mutuels ?L’économie n’est-elle pas le champ de bataille des intérêts ?L’homme est-il captif des phénomènes économiques ?L’économie au service de qui ?Peut-on déterminer un juste prix ?Comment des valeurs subjectives peuvent-elles se traduire en prix objectifs ?Peut-on donner un prix au travail comme à de simples marchandises ?Qui a le droit de battre la monnaie ?L’or n’est-il pas trop rare pour servir de monnaie universelle ?Le bimétallisme n’a t-il pas échoué historiquement ?Qui est souverain en matière de monnaie ?Quelle expérience avons-nous d’une monnaie internationale ?Comment en est-on venu à l’idée d’étalon monétaire ?Un État n’a t-il pas le droit d’édicter le cours forcé de son papier monnaie ?

Par Raoul Audouin

Le régime monétaire conforme au Droit naturel, que constituent la libre circulation et la libre inter-convertibilité de toutes les formes de moyens de paiement, réduit l’or au rôle de marchandise d’appoint et de test de solvabilité universel.

L’expérience de 1815 à 1914 montre que ce rôle était en pratique aussi restreint – et aussi utile – que celui du thermomètre en médecine. En fait, lorsque le crédit des particuliers et des banques est apuré au jour le jour par la procédure de la faillite, et lorsque le crédit de l’État est fondé sur son équilibre budgétaire, l’absence d’un volume important de mauvaises créances rend exceptionnel le recours aux paiements en or dans la vie des affaires.

Dans de telles conditions d’honorabilité de la gestion économique et politique, le papier-monnaie et la monnaie fiduciaire et scripturale sont plus pratiques et donc plus demandés que la monnaie métallique. C’est pourquoi avant 1914, les coupures de la Banque de France faisaient souvent prime sur l’or. On achetait 1.000 francs papier avec un peu plus de 50 louis, parce qu’il était moins encombrant de transporter des coupures que du métal, ou moins coûteux d’en assurer l’envoi.

À l’intérieur même du pays, les règlements commerciaux s’effectuaient par lettres de change. On appelait change de place la commission que les banques demandaient pour acheter, par exemple à des Parisiens leurs créances sur des Bordelais, et les revendre à Bordeaux à des négociants qui devaient régler une dette à Paris. Les chambres de compensation régionales permettaient ainsi aux banquiers de ne payer par transferts d’or que le solde de leurs opérations sur une place déterminée.

De même entre Londres et Paris, on effectuait la compensation des effets de commerce ou devises. Lorsque les créances anglaises sur des Français étaient plus abondantes que les créances françaises sur des Anglais, le change que des Français devaient payer pour acquérir de la devise anglaise montait. Lorsque ce change était plus élevé que le coût du transport et de l’assurance de sommes en or, les Français préféraient envoyer de l’or. C’est ainsi que ce coût déterminait l’écart entre les gold points, ou points d’entrée et de sortie de l’or d’un pays vers l’autre.

Plus le commerce extérieur d’un pays, et ses placements à l’étranger étaient importants, plus aussi il était facile de se procurer sa devise, c’est-à-dire des créances payables sur sa place financière. C’est pourquoi même des négociants de pays tiers avaient un intérêt à stipuler leurs paiements en livres sterling. Par exemple des Italiens et des Russes pouvaient régler leurs échanges à Londres au moyen de traites sur des Français et des Japonais.

La monnaie-papier internationale était ainsi composée de livres sterling, et dans une moindre mesure de francs, de marks, de dollars, de florins… par le simple fait qu’ils étaient tous librement convertibles, entre eux et avec l’or monnayé. Pas plus qu’à l’intérieur des pays, ce système monétaire international n’était gagé sur le stock d’or, exigu par rapport au volume des transactions ; mais constamment tenu en ordre par l’exigibilité en or du solde des transactions.

Le système était d’ailleurs autorégulateur : un pays qui vendait peu et achetait beaucoup de biens ou de services devait exporter de l’or ; celui-ci se raréfiant dans ses frontières y augmentait de prix, c’est-à-dire que celui des autres biens et services baissait. Le pays pouvait alors exporter davantage et sa balance des paiements se rééquilibrait d’elle-même.

(À suivre : Pourquoi l’or servait-il aux paiements particuliers ?)