La mondialisation a bon dos

L’économie n’est pas un jeu à somme nulle, ce n’est pas une guerre

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La mondialisation a bon dos

Publié le 11 mai 2011
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En quarante ans, le poids de l’industrie [1] dans le PIB français a reculé de onze points – de 22% du PIB en 1970 à 11% en 2010 – et le nombre d’emplois dans ce secteur est passé de 5,1 millions en 1970 à 2,9 millions en 2010 – soit 42% de moins. Ces deux faits, relayés par le discours politique et les gros titres de la presse qui fait ses choux gras de chaque fermeture d’usine, ont donné naissance dans l’imaginaire collectif à l’idée selon laquelle la France serait victime d’une « désindustrialisation » causée par la « concurrence déloyale » des pays à bas salaires.

C’est au mieux une analyse hâtive ; au pire une escroquerie pure et simple.

Ajustée de l’inflation, la production industrielle françaises (€900 milliards) était 114% plus élevée en 2010 qu’en 1970 et sur la même période, la valeur ajoutée – c’est-à-dire la richesse économique – générée par ce secteur (€215 milliards en 2010) a doublé [2]. Cette réduction du poids de l’industrie dans notre PIB ne traduit donc pas une réduction de notre production industrielle – elle n’a même jamais été aussi élevée que durant cette première décennie du 21e siècle – mais à une croissance plus rapide du reste de l’économie et en particulier des activités de service.

D’autre part, quand nous mesurons la production et la valeur ajoutée d’un secteur de notre économie, nous les mesurons en valeur – c’est-à-dire que nous tenons compte des quantités produites mais aussi de leur prix de vente. Or, il se trouve qu’au cours des quarante dernières années, la valeur réelle des produits industriels a considérablement baissé. Par exemple, en 1972, une Renault 5 coûtait 9.740 francs soit 2.265 heures de travail payées au Smic tandis qu’il est aujourd’hui possible d’acquérir une Twingo pour moins de €9.000 – c’est-à-dire moins de 1.000 heures de travail payées au Smic. De fait, alors que l’inflation contenue dans la croissance du PIB atteint 4,8% sur la période 1970-2010, celle de notre production industrielle n’est que de 3,5%. En tenant compte de ce phénomène, la part de la production industrielle passerait de 18% du PIB en 1970 à 14% en 2010 : ce ne sont plus 11 points que nous aurions perdu mais 4 [2].

Si la valeur réelle des produits industriels a baissé c’est que nos industries ont réalisé de gigantesques gains de productivité. Il suffit de comparer une chaine de montage des années 1970 avec son équivalent moderne pour s’en convaincre : les progrès technologiques réalisés en quarante ans ont complètement révolutionné l’organisation des usines et leur ont permis de produire beaucoup plus en utilisant beaucoup moins de ressources rares – et en premier lieu de travail humain. En 1970, un salarié de l’industrie française produisait l’équivalent de €73.959 par ans ; quarante ans plus tard, son fils produit €273.152 – soit 3,7 fois plus [2]. Si l’industrie – comme l’agriculture – emploie beaucoup moins de monde aujourd’hui qu’en 1970, ce n’est pas à cause de la mondialisation mais à cause du progrès technologique et c’est ce même progrès technologique qui, en compressant les coûts de production, nous permet de vivre dans un confort dont nos grands-parents à nos âges n’auraient même pas osé rêver.

Autre phénomène qui explique la baisse du poids de l’industrie et le recul des emplois industriels : l’externalisation. Au cours des dernières décennies, la plupart des entreprises ont cherché à se concentrer sur leurs métiers de base en externalisant la plupart des fonctions qui n’en font pas partie. Typiquement, le nettoyage des locaux d’une usine était autrefois assuré par ses propres salariés tandis qu’aujourd’hui, elle fait appel à une entreprise de propreté industrielle. En France, ce phénomène s’est traduit par une croissance fulgurante du secteur des services aux entreprises : en quarante ans, sa production a augmenté de 425%, sa valeur ajoutée est passée de 8,9% du PIB en 1970 à 15% en 2010 et il a créé 2,8 millions d’emplois. Une grande partie des emplois industriels n’ont, en réalité, pas été perdus mais se sont simplement déplacés dans les statistiques.

Bien sûr, ces gains de productivités et cette plus forte croissance des activités de services n’ont pas eu lieu qu’en France mais dans le monde entier : raison pour laquelle, à l’échelle planétaire, la part de l’industrie dans le Produit Mondial Brut est passée de près de 27% en 1970 à moins 17% de nos jours [3] – soit un recul de 10 points là où nous en avons perdu 11. Pour mémoire, chez nos voisins Allemands, dont on célèbre volontiers la « politique industrielle », la part de l’industrie passe de 32% du PIB en 1970 à 17% aujourd’hui – une baisse de 15 points. Comment cette désindustrialisation toute relative peut-elle être due à la concurrence d’autres pays si elle a lieu dans le monde entier ? Serions-nous victimes de la concurrence d’une économie extraterrestre à cause de la libéralisation du commerce interplanétaire [4] ?

Oui, nous avons « perdu » l’essentiel de notre industrie textile mais dans le même temps, des secteurs comme les cosmétiques ou les appareils électriques ont connu une croissance explosive et il se trouve justement que c’est dans des pays comme la Chine que L’Oréal ou Legrand se développent aujourd’hui. L’économie, c’est compliqué. L’ordinateur qui se trouve devant vous est un pur produit de la mondialisation ; sans elle vous n’auriez pas pu vous l’offrir et il n’aurait peut-être même pas existé. Qu’est-ce qui vous autorise à croire que l’ouvrier chinois qui l’a assemblé a « volé » un emploi ? Votre ordinateur n’aurait sans doute pas été produit si cet ouvrier chinois n’avait pas accepté de le monter pour un prix défiant toute concurrence. Et combien d’emplois d’ingénieur, d’informaticien, de transporteur, de vendeur, de dépanneur informatique (…) l’existence de votre ordinateur a-t-elle créé ? Sans compter qu’un jour pas si lointain que ça, l’ouvrier chinois pourra lui aussi s’offrir une bouteille de cognac français [5] pour fêter sa dernière augmentation.

(Dessin de presse : René Le Honzec)

L’économie n’est pas un jeu à somme nulle, ce n’est pas une guerre ; elle ne se pense pas en termes de « eux » contre « nous » : l’économie est un système de coopération entre individus où les frontières politiques – n’en déplaise aux politiciens – ne sont tout simplement pas pertinentes. L’économie française, l’industrie nationale et la balance commerciale n’ont aucune importance ; la seule chose qui importe c’est que nous – êtres humains, vivants, agissants, mus par nos espoirs, nos ambitions et nos propres conception du bonheur – soyons heureux. Le reste n’est que mauvaise littérature.

Notes :

[1] Au sens de l’Insee, c’est-à-dire les industries manufacturières, agro-alimentaire (IAA) et le secteur de l’énergie.
[2] Données de l’Insee.
[3] Données des Nations Unies.
[4] Copyright Don Boudreaux.
[5] L’exemple n’a pas été choisit au hasard…

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  • bon, là, présentez comme ça, je ne peux pas trop faire d’objections
    Une remarque quand même : manifestement es français ne sont pas heureux de la situation de l’économie française (et ils ont bien raison à mon avis). Or l’article fait un peu « tout va très bien, madame la marquise ».
    Si l’industrie textile avait été remplacée par autre chose, on ne ferait pas tant de bruit autour des « délocalisations », on ne serait pas en train de chercher des boucs émissaires comme le « plombier polonais ».

  • Très bonne analyse, complémentaire des précédents articles sur le sujet.

    La première note appelle un commentaire. L’auteur utilise des séries de production et de valeur ajoutée par branche qui couvrent le champ de l’industrie proprement dite. On peut être tenté de comparer ces séries à l’indice de la production industrielle (IPI). Mais on remarque rapidement que les résultats de l’IPI divergent de ceux issus des séries des branches industrielles. En effet, cet indice recouvre ce qu’on appelle le « secteur secondaire », notion plus large que la seule industrie, notamment parce qu’elle agrège la construction.

    Il faut garder en mémoire que la construction, branche fondamentalement protégée des effets supposés nocifs de la concurrence internationale et des délocalisations, est pourtant sinistrée par l’accumulation de taxes, de règlements et de détournement de fonds par l’Etat au cours des dernières décennies. D’ailleurs, l’atonie de l’offre (privée) dans ce secteur explique en grande partie pourquoi les prix de l’immobilier en France n’ont pas baissé significativement à l’occasion de la crise récente.

    Compte tenu de ces remarques, le recours à l’IPI pour mesurer l’activité industrielle française est moins pertinente que l’usage des séries relatives à l’industrie proprement dite.

    Définition de l’IPI : http://www.insee.fr/fr/indicateurs/indic_conj/donnees/method_idconj_10.pdf

  • D’après les estimations du Boston Consulting Group, à partir de 2015, l’industrie américaine sera de nouveau compétitive par rapport à l’industrie chinoise, d’où des relocalisations aux USA :
    http://www.bcg.com/media/pressreleasedetails.aspx?id=tcm:12-75973

    On a vu déjà ça avant avec le Japon, puis la Corée du Sud, dont les usines sur le continent américain, en Europe, en Australie… ont créé des millions de jobs. Encore la faute à la mondialisation.

  • Si les gouvernements français qui se sont succédés depuis des décennies n’avaient pas tous pris un malin plaisir à rendre aux entrepreneurs la vie impossible, les emplois disparus auraient très largement pu être compensés.
    Au lieu de ça, on en est arrivés au point où lors d’un contrôle fiscal, le vérificateur a déclaré à la collègue : « vous devez absolument faire un peu plus de black que ça, sinon vous n’allez jamais vous en sortir. »

  • Merci pour ces informations. A faire circuler largement.

  • Votre conclusion sur l’ indice  » bonheur des français  » est assez dans le ton  » Tout va trés bien Madame La Marquise « . Il reste que la croissance toutes branches confondues en France est anèmique depuis 1975 , sauf rares episodes de surchauffe dus a une injection de credit bancaire. Et l’ Allemagne qui est le benchmark habituel produit une bien plus forte croissance en sortie de crise , de meme que la Suede, le Danemark, la Hollande. Donc il y a en France des semelles de plomb dont on n’ arrive pas a se debarasser. A mon avis c’ est la quantitè de fonctionnaires – publics et para-publics ( secteur associatif, secteurs subventionnès,) comparèe au reste des actifs ainsi que leur statut exorbitant du droit commun ( congès retraites ) qui est une des semelles de plomb . La 2eme semelle est la faiblesse de l’ enseignement technique toujours releguè et meprisè par l’ enseignement secondaire et l’ aura du pseudo-baccalaureat . En Hollande l’ age de sortie de scolaritè est a 18 ans et vous devez avoir obtenu votre diplome sinon vous recommencez.

  • Je ne suis pas un économiste aussi érudit que vous, mais je pense que vous prenez vraiment les français pour des imbéciles.
    Vous faites des comparaisons entre 1970 et 2011 qui pour ma part sont complétement irrationnels et faux ( pourquoi pas du temps des hommes des cavernes à aujourd’hui ? ) savez vous combien de français vivent sous le seuil de pauvreté, le 15 du mois avec 0 euro, ça fait plus de 20 ans que les restos du coeur existent (heureusement), et j’en passent…
    Dans un grand pays asiatique qui s’est ouvert vers la mondialisation( pas fous les dirigeants,parce que nous serions ajourd’hui en guerre) nous pouvons remarquer trois ou quatre sytèmes
    Quelques millions qui vivent chichement,( cherchez lesquels ???) des centaines de millions qui vivent juste de quoi manger se loger et travaillent comme des diables dans des milliers d’usines et des millions qui vivent sous un sytème du temps passé…
    Tout gratuit mais 6 jours de travail et fermez là.
    C’est ça l’ouverture à la mondialisation? que vous définissez ?
    Je ne suis pas comme saint Thomas, mais comme un personnage qui regarde et analyse les réalités qui nous sautent aux yeux chaque jour et tous vos chiffres ne sont qu’illusions…

  • Oui je rejoins à 100% l’analyse de Philippe, j’ai vécu épisodiquement pendant des mois au Canada et plus particulièrement dans la province de Québec et je peux vous dire qu’il n’y a pas photo en matière d’enseignement ( ok le Canada n’a pas la démographie de la France mais quand même???) elle a d’autres objectifs et pas de moindres. Mais Philippe, combien d’habitants en Hollande, Norvège, Pays bas ?

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