Fédérales canadiennes 2011 (6)

Analyse post mortem et autopsie du cadavre

Dans le cadre des élections fédérales canadiennes qui auront lieu bientôt, j’analyse les programmes des quatre principaux partis politiques.

Fédérales canadiennes 2011 (1) – Parti libéral du Canada
Fédérales canadiennes 2011 (2) – Nouveau Parti Démocratique
Fédérales canadiennes 2011 (3) – Bloc Québécois
Fédérales canadiennes 2011 (4) – Parti conservateur du Canada
Fédérales canadiennes 2011 (5) – Conclusion

Quel résultat ahurissant ! Le NPD balaie le Québec et y retrouve maintenant 60% de ses députés élus, alors que le PCC fait des gains importants en Ontario lui permettant d’obtenir la majorité. Le PLC et le Bloc pratiquement rayés de la carte ; Ignatieff perd son siège, tout comme Duceppe qui démissionne, son parti ne recueillant que 4 sièges. L’Ontario et la Colombie-Britannique sont dominées par le PCC avec une certaine présence NDP, alors que les Maritimes sont menées par le PCC avec une certaine présence du PLC. L’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba sont dominées par le PCC.

Le taux de participation a été plus élevé que prévu, à 61,4% comparativement à 58,8% en 2008. C’est tout de même le troisième plus bas de l’histoire.

Je me réjouis certainement d’un gouvernement conservateur majoritaire, un gain important pour la droite, mais que s’est-il donc passé au Québec ? Il y a plusieurs explications :

– Ce sont le PLC et le Bloc qui ont déclenché cette élection par opportunisme et la population ne l’a pas apprécié. Ce sont donc ces partis qui ont payé le prix de cette exaspération populaire.
– Le Québec en a assez du satané débat constitutionnel qui nous tient immobilisé depuis si longtemps. Les élections se décideront dorénavant sur l’axe droite-gauche, une bonne chose dans un sens. Dans cette optique, le Bloc n’a plus sa raison d’être et disparaîtra vraisemblablement. Nous dirigerions-nous vers un système à deux partis comme aux États-Unis ? Une chose est sûre, il est plus sain pour la gauche de consolider son électorat auprès du NPD plutôt que de le diluer entre le NPD, le PLC et le Bloc.
– Selon Jean-Marc Léger, les Québécois ont procédé par élimination. Le « branding » du PLC a définitivement été endommagé suite au scandale des commandites (entre autres) ; plus question de voter libéral. De plus, les Québécois détestent presque unanimement Harper et les conservateurs, sauf pour la Beauce. Par ailleurs, en conséquence de l’explication mentionnée au point précédent, le Bloc est devenu un parti inutile. Il ne reste plus que le NPD !
– Les Québécois n’ont pas voté pour les candidats, ni pour les programmes, mais bien pour les chefs. Jack Layton est de loin le plus sympathique des chefs ; c’est aussi le plus populiste et il incarne le changement. Ses candidats sont de piètre qualité et son programme ne tient pas debout, mais il a su faire résonner les cordes des québécois.
– Au Québec, on pense que le gouvernement est la solution. Le Québec s’est clairement affiché comme une province socialiste, puisque le NPD se présente ouvertement comme tel. Je ne crois pas que les électeurs québécois saisissent pleinement les conséquences de cette dérive. Au Québec, lorsqu’il y a un problème, on pense que c’est au gouvernement de le régler, sans se rendre compte que le problème a d’abord été le résultat d’une intervention gouvernementale antérieure. Par ses interventions, le gouvernement ne fait qu’aggraver le problème, ce qui justifie encore plus d’interventions… et ainsi de suite. On crée ainsi de coûteux programmes qui sont supposés venir en aide aux gens affectés par le problème, mais l’argent est dilapidé en bureaucratie et en consultants, alors que bien peu d’argent est appliqué au problème en question ; du pur gaspillage. Tout ce à quoi le gouvernement touche tourne au vinaigre. Le gouvernement n’est pas la solution, c’est le problème; le socialisme est un système qui n’a jamais fonctionné, qui détruit de la richesse et qui ne peut que s’effondrer de lui-même. Voter pour le NPD est une négation de cette réalité.

Mais qu’obtiennent donc les Québécois en votant pour le NPD ? Une bande de néophytes qui n’ont agi qu’en prête-noms ont été élus, comme par exemple Ruth Ellen Brosseau, élue dans Berthier-Maskinongé, qui habite pourtant en Outaouais, baragouine lamentablement le français et n’a pas vraiment fait campagne, en voyage à Las Vegas durant celle-ci ! Le Québec sera sous-représenté au sein du gouvernement majoritaire conservateur. La bonne nouvelle est que Maxime Bernier retrouvera possiblement sont statut de ministre.

Pourquoi est-ce que les Québécois détestent tant Stephen Harper et les conservateurs ? Premièrement, M. Harper est perçu comme individu ennuyant et loin des intérêts du Québec. Les valeurs conservatrices telles que le militarisme et la religion ne résonnent certainement pas bien chez nous. D’autre part, le mouvement écologiste a pris particulièrement d’ampleur au Québec, alors que les conservateurs n’ont pas répondu aux attentes des environnementalistes. On associe Stephen Harper aux « vilaines » pétrolières polluantes qui nous vendent l’essence trop cher. Le jugement des Québécois est davantage basé sur les perceptions, influencées par la campagne de salissage orchestrée par les autres partis, plutôt que les actions tangibles de M. Harper. Finalement, le PCC propose de diminuer les dépenses pour baisser les impôts et remettre de l’argent dans les poches des contribuables ; un coup d’épée dans l’eau au Québec où 40% de la population ne paie pas d’impôts.

Finalement, dans une province où l’on croit que le gouvernement est la solution à tout, il est normal de crier à la catastrophe lorsqu’un parti propose de dépenser moins. Cela donne l’impression que le gouvernement ne fait rien pour nous ; un gouvernement « absent ». Pourtant, la situation actuelle en Belgique montre que les choses peuvent très bien fonctionner en absence de gouvernement. La Belgique n’a plus de gouvernement depuis le 22 avril 2010 (un record du monde), et pourtant tout se déroule normalement, on dit même que les choses vont mieux qu’avant ! « Le gouvernement belge démontre par son absence qu’il ne sert à rien, a déclaré un économiste français dans le quotidien La Tribune. Il n’y a ni projet, ni programme en cours d’application, et l’économie belge n’en subit aucune conséquence dans ses chiffres. »

Quant aux conséquences de cette élection pour l’avenir politique du Québec, cela fait plutôt peur. Le parti Québec-Solidaire fera certainement d’importants gains à la prochaine élection provinciale en affirmant entre autres que son programme s’apparente à celui du NPD. Ces gains se feront certes au détriment du Parti Québécois, dans la mesure où le résultat du Bloc aux fédérales 2011 signifie que l’option souverainiste ne convient plus, mais aussi auprès des libéraux, dont le chef est présentement détesté. L’Action Démocratique est en désuétude alors que le Réseau Liberté-Québec n’est encore qu’un projet. À suivre…