Fédérales canadiennes 2011 (3)

Publié Par Le Minarchiste, le dans Canada

Dans le cadre des élections fédérales canadiennes qui auront lieu bientôt, j’analyse les programmes des quatre principaux partis politiques.

Fédérales canadiennes 2011 (1) – Parti libéral du Canada
Fédérales canadiennes 2011 (2) – Nouveau Parti Démocratique

Le Bloc présente son « énoncé politique » dans un document de 28 pages, mais celui-ci manque de détails. Pour vraiment comprendre le programme du Bloc, il faut se taper un document de 195 pages assorti d’un cadre budgétaire de 10 pages. Ce document contient beaucoup de bla-bla inutile. M. Duceppe n’hésite pas à s’auto-proclamer comme défenseur des intérêts et des valeurs québécoises. Pourtant, il ne détient pas la majorité au Québec et, même s’il l’avait, les « valeurs québécoises n’existent pas ». Chaque Québécois a des valeurs différentes. Comme vous pouvez vous en douter, le Bloc utilise son programme pour faire la promotion de la souveraineté, mais il lance aussi un appel aux « progressistes », c’est-à-dire les socialistes. Est-ce une bonne stratégie si on considère que le PLC et le NPD tentent aussi de courtiser l’électorat de gauche ? Il semble que non puisque selon un sondage récent, le NPD aurait devancé le Bloc au Québec. En fait, il n’y a aucune raison valable de voter pour le Bloc si ce n’est que pour appuyer la souveraineté du Québec, mais encore là, les souverainistes plus à droite (Facal/Legault) pourraient être fort déçus par ce programme gauchiste.

Tout comme le PCC, le NPD et le PLC, le Bloc instaurerait un crédit d’impôt pour aidants naturels ($250 million), il augmenterait le financement du logement abordable, bonifierait l’assurance-emploi ainsi que le supplément de revenu garanti (NPD). À l’instar de ses homologues du PLC et du NPD, le Bloc voudrait empêcher le Premier Ministre de proroger le Parlement, établir l’équité-salariale au fédéral et rétablir la contestation judiciaire. La séduction des autochtones fait aussi partie du programme du Bloc, incluant un programme de $420 millions pour le soutien de leurs initiatives de développement. Cependant, le Bloc propose de s’attaquer à la contrebande de cigarettes, une activité importante pour les autochtones qui permettrait de récupérer $800 millions en taxes !

Dans un autre ordre d’idées, le Bloc soutient le registre des armes à feu ainsi que le retrait des troupes d’Afghanistan avant 2014. En revanche, il s’oppose à l’établissement d’une commission des valeurs mobilières pancanadienne (qui serait pourtant une bonne chose) ainsi qu’aux guerres préventives (là je suis pleinement d’accord). Finalement, le Bloc voudrait abolir le Sénat, les Lieutenants-Gouverneurs et le Gouverneur Général, ce avec quoi je suis entièrement d’accord. Au niveau de la criminalité, le Bloc voudrait abolir l’examen expéditif, qui permet aux condamnés de ne purger que le sixième de leur peine, et révoquer l’aspect automatique des libérations conditionnelles aux deux tiers de la peine.

L’un des fers de lance du programme du Bloc est le développement économique des régions québécoises. Par exemple, le Bloc propose un crédit d’impôt pour nouveau diplômé s’établissant en région. Cette mesure est absurde puisque ce qui attire les diplômé dans une région est la présence d’emplois bien rémunérés ; chose que ce crédit d’impôt n’affectera aucunement. Le Bloc voudrait développement les infrastructures des régions incluant les ports et les aéroports. Le Bloc voudrait finalement que le Fédéral finance la réfection du Pont de Québec et le nouvel amphithéâtre. Tout comme le PLC et le NPD, le Bloc souhaiterait l’expansion d’Internet haute-vitesse en régions.

L’autre façon par laquelle le Bloc entend aider les régions est en aidant les industries forestières, maritimes et des pêcheries ; du gaspillage de fonds public à mon avis. Il voudrait aussi soutenir le développement de l’industrie aérospatiale. Tout comme le PLC et le NPD, le Bloc voudrait qu’Investissement Canada soit plus sévère lorsqu’elle considère les prises de contrôle d’entreprises canadiennes par des intérêts étrangers. D’autre part, le Bloc voudrait financer davantage la recherche et développement dans les secteurs environnementaux et pharmaceutiques (très semblable au PLC, qui inclut aussi le numérique comme secteur clé).

Évidemment, le programme du Bloc comporte aussi un volet environnement. Le Bloc clame que le pétrole albertain appauvrit le Québec, un grossier mensonge véhiculé par les Jean-François Lisée de ce monde (voir ceci). Selon le Bloc, la méchante industrie de la production de pétrole ne devrait plus bénéficier de « cadeaux fiscaux ». Je n’ai pas de problème avec cela, mais pourquoi est-ce qu’il faudrait soutenir l’aérospatiale qui elle consomme le pétrole produit et génère la demande ? Réponse : parce que la production de pétrole a lieu dans l’Ouest alors que l’industrie aérospatiale est présente au Québec ! C’est à ce genre de confusion que vous vous exposez en votant pour le Bloc. À l’instar des deux autres parties gauchistes, le Bloc appuie l’établissement d’un système cap-and-trade pour les émissions de GES et financer les rénovations éco-énergétiques ($750 millions). Il bonifierait le programme Éco-Auto au coût de $3,5 à $7,0 milliards, mais cette somme n’apparaît nullement à son cadre budgétaire (un oubli ?) Le Bloc voudrait aussi investir dans le développement de la voiture électrique ($500 millions), de biocarburants cellulosiques et, comme le PLC et le NPD, dans l’énergie renouvelable ($750 millions) ; je m’oppose évidemment à ces politiques.

L’autre volet important du programme du Bloc est relié à la protection de la culture québécoise. Le Bloc voudrait soustraire le Québec des politiques multi-culturalistes canadiennes. Il voudrait imposer la loi 101 à la juridiction fédérale. M. Duceppe voudrait aussi soutirer des redevances des ventes de lecteurs mp3 et des fournisseurs Internet pour les verser aux artistes supposément lésés par le piratage, une politique absurde et liberticide. À l’instar du PLC et du NPD, le Bloc augmenterait le financement du Conseil des Arts ($120 millions). Il augmenterait aussi le financement de films de $110 millions. D’autre part, le Bloc abolirait la TPS sur les livres et augmenterait le financement de la Société Radio-Canada de $200 millions.

Le Bloc se déclare favorable au commerce international, il voudrait même établir un accord de libre-échange avec l’Union européenne. Cependant, il préconise le maintient du système de gestion de l’offre (comme le PCC), ce qui plaira aux agriculteurs, mais fait augmenter les coûts de la nourriture ce qui affecte les plus démunis. Il instaurerait aussi une politique d’achat local pour le gouvernement fédéral, chose que nos partenaires commerciaux n’apprécieront pas (aussi proposé par le NPD). Les agriculteurs représentent définitivement un électorat cible pour le Bloc, qui augmentera leur aide financière de $544 million au total. Tout comme Messieurs Layton et Ignatieff, M. Duceppe renforcirait l’étiquetage des aliments et augmenterait le budget de l’Agence Canadienne d’Inspection des Aliments. Finalement, le Bloc voudrait augmenter l’aide internationale au développement à 0,7% du PIB, chose à laquelle je m’oppose.

Dans son cadre budgétaire, le Bloc continue de se plaindre du déséquilibre fiscal et de l’injustice de la péréquation. Pourtant, selon Antagoniste.net, de 1998 à 2008 le Québec a payé $58.011 par habitant au Fédéral et a reçu l’équivalent de $65.262, pour un solde positif de $7.251. Le déséquilibre fiscal est donc un mythe, le Québec est un grand bénéficiaire du système actuel. Ceci étant dit, le Bloc s’engage à combattre l’ingérence du Fédéral dans les compétences provinciales, chose que j’appuie entièrement. Pourtant, certaines de ses propositions à l’égard des aidants naturels, du développement économique régional, de l’électricité renouvelable et de la culture vont à l’encontre de cet objectif. Le Bloc souhaiterait aussi que le Québec soit indemnisé pour l’harmonisation de sa taxe de vente, comme l’ont été les autres provinces. Le Parti Conservateur s’est d’ailleurs engagé à verser cette fameuse somme de $2,2 milliard s’il est réélu, ce qui fut appuyé par le NPD. Le Bloc réclame aussi $421 millions qui seraient dus au Québec en indemnisation pour la crise du verglas de 1998. Le Bloc réclame aussi $250 millions reliés au traitement équitable des revenus hydrauliques, $137 millions pour la stabilisation des revenus, $1,25 milliard suite au déplafonnement de la péréquation et $3,5 milliards en transferts sociaux additionnels.

Le Bloc s’engage à ne pas compresser les transferts aux provinces et à le ne pas hausser les impôts de la classe moyenne. Comment entend-il financer la hausse des dépenses découlant de son programme ? Le Bloc souhaite lutter contre les paradis fiscaux et ainsi récupérer $3,3 milliards. Il réduirait le « gaspillage bureaucratique », notamment en éliminant la sous-traitance, pour une économie de $3,5 milliards. L’élimination des « cadeaux fiscaux aux pétrolières » se chiffrerait à $4,1 milliards. Une surtaxe sur les revenus des plus riches permettrait d’amasser $4,8 milliards. Le maintien du taux d’imposition des grandes entreprises à 18% permettrait une économie fiscale de $4,6 milliards comparativement au budget des Conservateurs qui prévoit une baisse du taux d’imposition des entreprises à 15% en 2012. La fin de la mission en Afghanistan permettrait d’économiser $150 millions et le Bloc réduirait les achats de matériel militaire de $700 millions. Finalement, la lutte à la contrebande de tabac permettrait de récupérer $800 millions !

Ces estimations sont trop optimistes et sont très populistes, ce qui est normal pour un parti qui sait très bien qu’il ne prendra pas le pouvoir. La lutte aux paradis fiscaux coûtera cher en bureaucratie et ne permettra probablement pas de récupérer plus de $500 millions au final. L’élimination de la sous-traitance serait certainement souhaitable, mais je ne pense pas qu’on économiserait autant que le Bloc semble le croire. Pourquoi n’éliminer que les crédits d’impôts aux pétrolières ? Pourquoi ne pas éliminer l’ensemble des crédits d’impôts et subventions aux entreprises ? Le maintien d’un taux d’imposition aux entreprises plus élevés aura un impact à la hausse sur les prix et à la baisse sur les salaires, et pourrait faire fuir certaines entreprises, ce qui réduirait l’ampleur du gain. Je suis certainement en faveur d’une réduction des dépenses militaires. Quant à la lutte à la contrebande, c’est une bataille perdue d’avance ; le fédéral ne récupérera jamais $800 millions si on tient compte des dépenses qui seront encourues à cet égard. Ainsi, l’équilibre budgétaire miroité par M. Duceppe n’est qu’une illusion.

Ouf…quelle lecture indigeste ce programme ! Il ne me reste plus que le Parti Conservateur maintenant… à suivre !

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